Histoire de la rencontre de Nafnav l’Antisèche
et du Chevalier de
l’Archisèche
Il y a bien longtemps, vivaient dans notre monde quelques passionnés
passionnants de notre sport. Je m'en vais vous conter ici leur histoire......
On distinguait alors deux sortes d'aficionados de la pêche à la mouche :
--> Les chevaliers de l’archisèche (sorte de groupuscule extrémiste
de tout ce qui flotte) --> Les antisècheur ou "Nafnav "
(mouvance tournée vers une troisième dimension de la palm= nymphe à vue et nymphe
au fil) Eut lieu, en ces temps reculés, une rencontre ....
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Au bord d'une rivière, bien sûr, encore poissonneuse à
cette époque là, un chevalier s'escrimait à imiter le héron dans l'attente d'un
hypothétique gobage ! Sur ces entrefaites, arriva un Nafnav
antisècheur camouflé de pieds en cap. Cet adepte de la "nymphe " se
prit au jeu et scruta dans les moindres détails les faits et gestes de son prédécesseur
en se morfondant de ne pouvoir attaquer cette plage si prometteuse pour son Art.
  
Et comme faute de grive, on mangeait encore du merle dans ces
temps anciens (et surtout on était encore respectueux de son prochain), il s'assit
sur un rocher, bien caché par la végétation rivulaire.
************ Que d'abnégation dans le comportement de ce chevalier. Un cyclone
serait passé au-dessus de leurs têtes qu'il n'aurait pas bougé d'un iota.... Scrutant
toujours la surface de l'onde, ce dernier sembla esquisser un mouvement.........
Aurait-il décelé un mouvement anormal dans une veine d'eau ? Un poisson se
serait-il décalé pour prendre possession de son poste de chasse ?
Quelques éphémères commenceraient-ils à dériver dans les courants
et contre-courants ?
Toujours est-il qu'il sortit quelques mètres de soie, naturelle,
bien sur .... Et là, en plus de temps qu'il ne faut pour le dire, il allongea
son fil d'Ariane et posa l'imitation confectionnée par ses soins devant cette
pierre qui provoquait un amorti.
 A ce moment là, un museau vint percer la surface de l'onde pour
se saisir de l'assemblage de plumes et de poils qui flottait.............

Il s'en suivit un ferrage tout en douceur et une bagarre toute empreinte de
respect entre la truite et le chevalier.

Au terme de ce combat, la truite, remise à l'eau jura mais un peu tard qu'on ne
l'y prendrait plus..........
************************** Emoustillé par sa capture, le seigneur de la sèche regagna le
rivage et se rendit compte qu'il avait été épié. - "Holà du buisson",
dit-il d'un air posé. - "Bien le bonjour", lui répondit l'antisécheur.
- "Vous êtes ici depuis longtemps ?" s'enquit le sécheur
. - "Assez longtemps pour vous avoir vu combattre un bien
joli poisson" lui rétorqua le second.
- "A voir votre plumage, vous êtes sans nul doute un explorateur
de la troisième dimension lâcha le chevaleresque flottant.
- "Vous ne vous y trompez pas, Monsieur, je suis tombé amoureux
de la profondeur depuis quelques années...... »
« Mais je m'émeus toujours de votre opiniâtreté." dit le
chevalier. »J'avoue que nous avons tous deux le même dessein mais je ne vois
pas en quoi vous prenez du plaisir à leurrer des poissons que vous ne voyez pas
toujours » - "Suivez-moi Messire, je vous ferai bien découvrir ma façon
d'opérer" lui proposa l'antisécheur.
Puis, il continua : "Venez avec moi, je vais tenter de vous
faire connaître la face cachée de notre passion commune." Le preux
chevalier, certain de sa foi en la sèche se dit qu'il ne risquait rien à suivre
ce jeune pourfendeur de la surface.........
**************************** - "Comment, Monsieur, attaqueriez-vous
cette série de courants ?" demanda l'antisécheur
- "Avec un palmer, bien sur
Le jeune lui céda donc la place. Accrochant à sa pointe un palmer
tricolore monté sur un hameçon de 12
Atos (oui, je sais, c'est nul comme prénom mais ça change de chevalier...)
fit deux à trois faux lancers pour explorer les veines d'eau. Malheureusement
pour lui, les truites n'étaient pas d'humeur à mettre le museau dehors........
- "Voudriez-vous me laisser attaquer les mêmes courants ?"
Sur de lui, Atos aquiesça.
Son bas de ligne "Léonardo" dans les mains, l'adepte
des profondeurs noua un pheasant tail casquée à son dernier brin de nylon.
 Et
là, la mouche n'avait pas parcouru dix centimètres en une dérive parfaite
que son bas de ligne s'arrêta net. Un ferrage suivi ce mouvement anormal de la
ligne et la canne se plia (enfin, pas trop non plus car elle avait une action
de pointe...). Le combat avec la truite terminé, elle retrouva l'onde de sa jeunesse
dans les plus brefs délais (juste le temps d'immortaliser ce combat avec une empreinte
sur un film argentique.... Hé oui, c'était il y a longtemps).

Le deuxième puis le troisième courant sanctionnèrent
encore le chevalier qui, décontenancé par l'adversité des poissons décida d'imiter
son compagnon. - "Il ne faut pas mourir idiot" dit-il. "Auriez-vous
l'amabilité de me prêter un de ces objet qui vous servent avec une canne à mouche
à leurrer les poisson comme au toc ?"
- "Messire, il ne faut jamais dire fontaine........... Je
ne vous prête pas, mais je vous offre ce présent" répondit Nafnav
Il lui tendit donc la même imitation que celle qui lui avait
valu ses trois derniers poissons sur les trois derniers courants. Le
chevalier, dépité mais convaincu que sous la surface se cachent les truites, fit
un noeud pour attacher ce qu'il avait du mal à nommer "imitation".
Après quelques conseils, il propulsa son bas de ligne dans le
courant plus amont et là encore, le fil se déplaça subrepticement vers la droite.
- "Ferrez preux chevalier, quelque chose de magique vient
de se produire dans votre dérive"
A ces mots, Atos s'exécuta. Quelle ne fût pas sa surprise quand
il sentit les coups de tête secouer le scion de son épée en carbonne. - "Ca
alors, j'en tiens une, et elle semble coquette......."
********************* L'après-midi touchant à sa fin, les deux
passionnés passionnants décidèrent de changer de tactique et d'attendre un de
ces moments magique que seul le pêcheur à la mouche connaît, le coup du soir......
- "C'est à mon tour de vous faire connaître Ma façon de
pêcher !" dit le chevalier. - "Je ne suis pas contre" lui répondit l'autre.
S'en suivit un féerique coup du soir où la surface de l'eau "bouillonnait"
de toute part. Des museaux perçaient la surface à un rythme effréné. Presque chaque
posé était synonyme de capture, toute la pellicule argentique fût utilisée..............

L'obscurité empêchait maintenant de distinguer quoi que ce soit et nos deux amis
regagnèrent la rive. ils partagèrent un saucisson, du jambon et du pain autour
d'un verre de Bordeaux millésimé, échangèrent leurs numéros de téléphone et se
promirent de se retrouver au plus vite afin d'explorer les techniques de chacun.............
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Cette histoire ne sera jamais finie, on ne pourra malheureusement plus se passer
de pêcher sous la surface car ces coup du soir magiques sont de plus en plus rares......
Mais on ne peut pas se passer non plus du plaisir de pêcher
en sèche car, il faut bien l'avouer, c'est quelque chose d'aussi magique de voir
un museau percer la pellicule de l'onde que de "sentir" une touche en
nymphe au fil...... Bonne soirée !


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