Tony Burnand:En pêchant la truite
(1933)
(Delamain et Boutelleau)

Le livre: Le premier d'une très longue liste....

                                                       

 

L'auteur:Tony Burnand 1892-1969

                                                                               

*
né à Paris
de parents suisses, ses études de médecine lui valurent d'être médecin auxilliaire après qu'il se fut engagé pendant la guerre 14/18.
*Il devint en 1919 médecin conseil de Nestlé, se mit à la mouche artificielle et à l'écriture avec bonheur, et le succès de son premier titre "en pêchant la truite" chez Julliard en 1933 amena l'éditeur à l'inciter à créer une revue qui parut le 15 avril 1935 sous le titre "Au bord de l'eau" qui devint vite la première revue de pêche en Europe
*Cette revue parut même pendant la seconde guerre mondiale suite à laquelle Tony Burnand avec la complicité de Charles Ritz devint un véritable globe trotter de la pêche!
*Avec ses amis Léonce de Boisset, le Docteur Barbellion, Charles Ritz, Pierre Creusevaut et d'autres, il lutta et écrivit toute sa vie , dans une cinquantaine de livres sur la pêche, et également sur la chasse, contre les pollueurs, les règlementations piscicoles laxistes, les dégats aux rivières des ouvrages industriels et le désintérêt des pouvoirs publics!

Mon opinion:
    Un petit bijou de la littérature halieutique, de la même veine que les écrits de De Boisset, JL Pelletier, R Fallet, F Dupuys...qui savaient allier à une parfaite maitrise de l'écriture un sens inné de la communion avec la nature si poétiquement ressentie et exprimée à travers des anecdotes aussi simples que celles que nous avons tous vécues au bord de l'eau , qu'elles soient glorieuses ou véritables galères, et toujours avec un humour qui fait chaud au coeur et un réalisme et donc une modestie qui caractérise les vrais "grands"..Le charme du style de Burnand, l'ambiance très "bucolique " qu'il sait nous faire partager, tout comme les conseils, fruits d'une longue expérience, que très modestement il dispense de ci de là, font de son premier ouvrage, suivi de tant d'autres, un réel petit chef d'oeuvre comme en a témoigné son réel succès dès sa publication!!Ne vous en privez pas!!

 

Trois extraits:

Cet après-midi, j'irai somnoler un peu dans le bateau plat de l'étang, tandis que les carpes suceront de leur bouche en tuyau les vers du jardinier. Le crépuscule répandra sur la surface en feu le vol mystérieux dès chauves-souris. A petites secousses les tanches du fond appelleront mon flotteur vers leurs jardins de longues algues. Les grenouilles tâteront une à une le silence puis, mises en confiance, feront de leurs éructations combinées une tendre chanson sous la lune. Sur le lac d'or devenu d'argent, la nuit tendra sa housse ouatinée de brume. Chacun de mes mouvements dans le bateau sera annoncé par courtes ondes aux joncs du rivage. Un ver échappé de ma boîte cherchera du terreau sous le plancher du fond et pâlira à ne trouver que de l'eau sale. Il fera presque froid, et ce sera tout à fait la nuit........

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J'ai voulu voir pêcher Sentier, m'expliquer comment cet homme à l'outillage de débutant, ne sachant pas lancer, pouvait prendre autant de poissons. Je l'ai suivi, sans pêcher, et j'ai vu. Sa mouche désarmante, lancée à quatre ou cinq mètres au plus, retombait avec un naturel affolant sous le buisson d'en face, sous la racine, juste, au ras de la rive creuse, à l'endroit exact et imprévisible où était la grosse. Sans geste superf1u, sans épuisette, sans jamais s'accrocher, avec sa même mouche toujours, il sortait, à la cadence d'une par minute, dix, vingt, trente truites à la suite, pendant qu'avec mes lancers classiques, mes outils perfectionnés, mes notions théoriques sur les rivières de partout, je ne récoltais que ses restes, les sardines. De temps à autre, Sentier cessait de pêcher et partait à grands pas, remontait cent mètres, prenait trois truites, repartait à travers champs vers un tournant de la rivière. J'essayais alors de pêcher les endroits délaissés... Rien! Il le savait, le bougre, et allait à coup sûr. J'imagine que, le soir, ils devaient bien rigoler tous les deux après m'avoir affirmé "que je lançais comme un demi-dieu, qu'avant longtemps je prendrais toutes les truites sous leur nez"; un soir même Lefleury me donna, dernier affront, une douzaine de ses truites !..........
................Je ne pêcherai plus jamais aveç Sentier et Le Fleury, du moins pas chez eux.. Mais un jour, sournoisement, je les inviterai à venir pêcher une rivière que je connais bien, au jour que je choisirai, et ensuite je leur donnerai gentiment à chacun une douzaine de mes truites !

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C'est curieux comme ce coup si facile du lancer peut être compliqué à trouver. Ma mouche de mai (nous étions en septembre mais je la trouvais jolie avec ses ailes jaunes pointillées de gris) volait en tous sens, s'affolant à suivre les zig-zags de ma soie; pour plus de sécurité elle finissait à tout coup par chercher asile dans les joncs derrière moi, ou entre mes deux omoplates, m'obligeant à enlever ma veste; et tout à coup elle partait, en un magnifique lancer, s'accrocher aux chicorées sauvages de l'autre rive, pendant que j'essayais de libérer mon jarret ficelé par la boucle de réserve. Ma ligne mouillée, sans mouche, revenait alors sous la puissante traction du ressort d'acier et s'enroulait autour de mes joues.Une sourde irritation commençait de m'envahir; j'essayais de rembobiner les vingt mètres imprudemment sortis, ma soie alors se faufilait entre tambour et monture de mon moulinet. Tant pis, je pêchais le bord, le mien, claquant la surface avec toutes mes mouches successivement, déchirant dans toute leur longueur les gros joncs creux pour casser juste à leur pointe noire. Ma provision de mouches diminuait de minute en minute, la dernière était partie dans la queue d'une génisse venue voir travailler un grand pêcheur. !

 

Tony Burnand- Charles Ritz :"A la mouche"
1939

(Librairie des champs Elysées)

Le livre

Sorti en 1939, co-écrit avec Charles Ritz il s'agit d'un ouvrage technique à travers lequel les deux compagnons s'appliquent à transmettre "du mieux possible" leur savoir......comme ils l'expliquent en début d'ouvrage..Ils y réussissent remarquablement

                                                                   

 

Les auteurs

*Tony Burnand 1892-1969                                                                                                    

*Charles César Ritz 1891-1976

Petit fils de paysans valoisiens devenu familier des grands de ce monde, il est envoyé en 1917 par son père, le célèbre fondateur du palace Ritz, au Ritz Carlton de New York pour y faire son apprentissage de l’industrie hôtelière ! Il restaure pour augmenter son revenu des cannes a pêche récupérées chez des brocanteurs…et revint à Paris en 1927 expert en cannes a pêche !

Il deviendra, sans cesser d’administrer le premier hôtel du monde, avec l’aide de Pierre Creusevaut, après la guerre au cours de laquelle il pêche avec Hemingway, le génial inventeur des cannes en bambou refendu, notamment de la série « parabolic », fabriquées par Pezon et Michel dont il fut le conseiller technique , envoyées dans le monde entier et dont il offre un exemplaire à Eisenhower, … les dernières sont vendues en 1970!

Cet infatigable voyageur a pêché partout, en France, mais également sur le continent américain, il a traqué le saumon Canadien atlantique et pacifique, la requin à Agadir, les truites de mer et les saumons de Norvège, les truites et ombres de la Traun en Autriche , ,la Salza au Tyrol, l’Ammer en Bavière… Sa réputation de pêcheur à la mouche a rejoint à travers le monde celle de son hôtel en raison de la trace qu’il a laissée en matière d’enseignement du lancer, de perfectionnement des matériels et des techniques !

Il laisse en héritage cet ouvrage co-écrit avec tony Burnand en 1938 « à la mouche » puis son bréviaire « pris sur le vif » sorti en 1953 en Français et édité depuis une dizaine de fois en anglais, allemand, italien et japonais !! Après avoir participé pendant 20 ans à la mise au point des célèbres cannes à mouche Parabolic avec la maison Pezon et Michel, Charles Ritz, aidé de quelques amis, fonde coup sur coup entre 1958 et 1960 la revue "Plaisirs de la Pêche", l'association de protection des eaux et des rivières " Truites Ombres Saumons" et un club réunissant jusqu'à 80 pécheurs rencontrés à travers le monde, l'International Fario Club.

La revue " Plaisirs de la Pêche" a cessé de paraître à ce jour... orientée vers la pêche à la mouche elle comptait plusieurs milliers de lecteurs tous les deux mois !

L'association T.O.S se nomme désormais l'Association Nationale de Protection des Eaux et des Rivières, elle édite un bulletin quatre fois par an et se porte au chevet de toutes les eaux malades en France.

L'International Fario Club s'est réuni une fois par an à l'Automne au restaurant du Ritz un samedi soir, le dimanche matin étant dévolu aux essais des nouveautés des cannes, moulinets et soies au Tir aux Pigeons. Après le décès de Charles Ritz en juillet 1976, à 85 ans, aucun des membres du Fario Club n'a continué ces réunions amicales. C'est 20 ans plus tard que le club renaît sous l'impulsion de Madame Charles Ritz, et d’anciens membres Aujourd'hui le club organise tout les ans le Trophée Charles Ritz au Tir aux Pigeons, décerne le Prix Charles Ritz à une initiative en faveur de la protection de l'environnement, possède au siège une collection de matériels remarquables comme le moulinet rustique du Vicomte H.de France ou le prototype de la première canne Parabolic, ainsi qu'une . bibliothèque complète avec entre autres le n°1 du livre " Pris sur le Vif ". Après avoir longtemps fréquenté la Risle à Aclou, le club possède à présent son parcours de pêche accessible aux membres et à leurs invités sur les bords de la Charentonne

                                                                                                         

Mon opinion

Après l'avoir acquis sans le connaître et sur la simple garantie de la qualité des auteurs, je n'ai pas regretté cette acquisition car cet ouvrage technique, dont les parties relatives au matériel de l'époque sont forcément devenues obsolètes, est toujours d'une extrème actualité tant dans la description des différents lancers que dans celle du comportement des poissons et de ce que doit être en conséquence celui du pêcheur!

Le style en est remarquable, comme on pouvait s'y attendre, ce qui fait de sa lecture un réel plaisir accru par la sympathique camaraderie qui transparait dans les quelques dialogues entre les deux compères s'interrogeant sur la meilleure façon de transmettre leur savoir, la simplicité et le bon sens de leur façon de "comprendre" de "pratiquer" et "d'expliquer"!

J'ai ainsi réalisé à leur lecture que le "poser" qui doit être le plus délicat possible, "à la manière d'une fleur de pissenlit" (sic), ne correspond en fait à rien de réaliste puisque les "mouches" montent du fond pour éclore en surface et s'envoler et ne "tombent pas du ciel" à l'exception des terrestres, et si le poser se doit d'être délicat, ce n'est pas pour "imiter" un improbable amerrissage, mais simplement pour ne pas "effrayer" le poisson, d'où la nécessité de réaliser ce poser au delà de la fenètre de vision du poisson qui ne doit voir la mouche que lorsqu'elle dérive ensuite en surface......vous l'aviez réalisé?? Moi pas et pourtant j'ai lu bien des auteurs et bien des ouvrages techniques...alors....
si vous mettez la main dessus, n'hésitez pas......car il vaut bien les140 euros que j'ai versés à Lyon à la librairie Lucas (sur le quai de la pêcherie, ça ne s'invente pas) spécialisée dans les livres anciens....

 

Tony Burnand: Parlons mouche
1946

(Celta Paris)

Le livre

Comme l'explique l'auteur lui même dans l'avertissement ci dessous ce le livre est complémentaire de celui écrit 7 ans auparavant en collaboration avec son ami Charles Ritz, fruit de sa seule propre expérience de "pêcheur de grand enthousiasme" avec comme élément nouveau une étude approfondie de la technique à adopter pour prospecter les différents "genres d'eaux"...

 

                                                    

 

Mon opinion:

Ouvrage technique très complet , il s'agit d'une véritable "bible"...des années 40 donc inévitablement obsolète dans toute sa première partie traitant du matériel suivie très classiquement de la technique des différents lancers, des posers, du ferrage..etc.....du choix de la mouche et de l'adaptation des techniques à la nature des eaux , aux saisons et aux heures....fourni, certes, riche d'enseignements judicieux sans aucun doute, mais malheureusement d'abord assez ardu d'autant que la mise en page très "sévère est extrèmement dense, sans illustrations pour "aérer" un texte trop touffu et quelle que soit la qualité de l'auteur..l'ensemble est assez "rébarbatif".......surtout comparé à l'ouvrage précédent "à la mouche" écrit par les deux compères.....aussi aéré et instructif que distrayant.....et que j'ai de beaucoup préféré...