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Aux origines de la pêche à la mouche.
Par Joan Miquel TOURON
(Libreria Catalana-Perpignan)

Avertissement !
Ceci est "une" histoire de la pêche à la mouche artificielle, je dis
bien "une", car l'Histoire ne peut avoir une seule écriture, elle
n'est jamais définitive. Elle doit être revisitée sans fin. J'ai, bien entendu
utilisé de nombreux documents et de nombreux livres sur la question. Ils sont
toujours cités. J'ai du lire à peu près tout les écrits cités à part quelques
incunables. J'ai provoqué volontairement quelques polémiques sur le forum pour
être confronté à diverses opinions, j'espère que l'on saura me pardonner. Le
fil conducteur, le point commun que j'ai peu à peu découvert au fil de mes recherches
et qui guide aujourd'hui cette lecture est l'esprit épicurien et un tantinet
libertaire du "pêcheur contemplatif"cher à Izaak Walton. Les pêcheurs
à la mouche, plus qu'en tout autre sport, sont disciples d'Épicure, mais pas
dans le sens erroné que l'usage a donné à ce mot en français. Mais des "épicuriens"
comme les vante le philosophe Michel Omfray: des amis de bonnes compagnie autour
d'un verre d'eau et quatre olives, et je rajouterai, après une partie de pêche
c'est la recette du bonheur. Le "Catch and release" ou la "gratiation"
étant le point culminant de cette recette. Certains trouveront que mon histoire
est trop "anglo-anglaise", à ceux-là je répondrais que les racines
de la pêche à la mouche telle que nous la pratiquons à ce jour, sont éminemment
anglaises, que j'ai cherché autant que j'ai pu des textes et des documents dans
d'autres pays , le plus souvent européens. Quelques livres* édités à ce jour
mentionnent des écrits médiévaux français sur notre sport. S'il en existe vraiment
, et aujourd'hui j'en doute, je n'ai pas su les trouver. Beaucoup d'amis m'ont
aidé dans ses recherches. Qu'ils en soient remerciés. Les meilleurs passages
sont de leur fait, les erreurs, fausses interprétations et omissions me sont
totalement imputables.
J'espère apporter avec ce récit une pierre de plus à l'édifice de la connaissance
de ce qui est pour nous plus qu'un simple hobby, une philosophie (épicurienne)
de la vie.
* notamment l'Histoire de la pêche à la mouche de John Waller Hills qui a été
cité et utilisé par de très nombreux écrivains-pêcheurs à ce jour, je n'ai trouvé
aucun des documents qu'il cite et doute de leur existence. Ce qui n'empêche
pas que Hills soit sans nul doute l'un des plus grand écrivain halieutique qu'il
m'est été donné de lire.
Introduction:
Charles Darwin
Nos ancêtres les poissons
A
la fin, toutes choses viennent se fondre en une seule, et au milieu coule une
rivière.
Norman Mac Lean "La rivière du sixième jour"
Nous
venons des étoiles, lorsque des morceaux de celles-ci chargés d'acides aminés
tombèrent dans l'eau de nos rivières et furent entraînés là ou les eaux saumâtres
et la terre se rencontrent, la vie unicellulaire est née. Pourquoi cette minuscule
cellule pratiquant l'amour toute seule, décida de se grouper à d'autres pour
former un corps complexe, autre mystère.
Si
au début de l'intelligence était le verbe, au début de la vie multicellulaire
l'arrivée de la vessie natatoire fut la véritable grande révolution. En gonflant
ou dégonflant cette poche de gaz, enfin des corps plus lourds que l'eau pouvaient
circuler librement dans toute les couches liquides. Alors nos ancêtres aquatiques
se mirent à grandir, à devenir de plus en plus complexes jusqu'a inventer la
reproduction sexuée. Puis, lorsque le premier poisson eu l'idée de s'essayer
au tourisme en venant se dorer sur la plage ou sur une racine, c'est encore
cette vessie natatoire qui lui servira de réserve d'oxygène, et qui se transformera
peu à peu en poumon. Le poumon constitué, après avoir colonisé les eaux pendant
des millions d'années, rien ne l'empêchera plus de conquérir le reste de la
planète. Aussi amis pêcheurs, quand vous nettoierez un de vos poissons, l'un
des rares que vous vous autorisez encore à manger, en faisant éclater entre
vos doigts cette petite poche blanchâtre, ayez, je vous en prie, une pensée
pour tout ce que nous lui devons.
Joan
Miquel
*******************
Pour initier une histoire de la pêche à la mouche, dans
les documents, il ne faut surtout pas oublier la Chine. Vaste territoire et
peuples ingénieux qui ont dû à peu près tout inventer avant tout le monde. Des
pâtes à la poudre à canon et pour ce qui nous intéresse, du bambou refendu à
la mouche artificielle.
L'Histoire avec un grand "H" commençant avec l'écriture, ce peuple
immense, ou plutôt ces peuples qui forment la Chine ont 6000 ans d'Histoire.
-
2600 et - 2400 a. J.C.
C'est l'âge des premiers hameçons référencés et exposés au musée de Bagdad.
Car la Mésopotamie est l'autre berceau culturel de l'humanité, nous lui devons
la roue, sans laquelle point de moulinet, l'astronomie et l'écriture sans laquelle
point de document sur la pêche ,....et bien sur l'hameçon que nous vénérons
tous.

Hameçons
musée de Bagdad
Ces
hameçons de bronze exposés sont approximativement du 4/0, si j'en crois l'érudit
espagnol Emilio Fernandez Romàn qui pense qu'ils devaient être destinés à des
palangres pour capturer les énormes barbeaux (barbus seich) du Tigre et de l'Euphrate.
Le
roi de Mésopotamie Gilgamesh 5eme de la première dynastie était surnommé "Le
pêcheur" (-2800 av.jc). Mais ce n'est qu'une anecdote sans lendemain.
J'ai
lu, mais sans aucune référence, que les dames de la cours de Perse, n'aimant
pas toucher les vers et les petits poissons morts, avaient trouvé une sorte
de pêche propre en entourant des fils de couleur sur des hameçons. Leurs gardes
les emmenaient alors pêcher des rivières de montagnes.
-
2000 avant JC.

Scène
de pêche à la ligne en Egypte, -2000 avant JC.
-
1400 ans av.JC
De
l'autre côté de la Méditerranée. A Thèbes, en Égypte, un bas relief représente
un pêcheur avec une canne à la main qui capture un gros poisson. Il s'agit,
d'après son habillement, d'un riche bourgeois. Il devait donc pêcher ni par
profession ni pour se nourrir, mais tout simplement par plaisir. A côté de lui
est dessinée une mouche papillon (une éphémère?). Les archéologues et Égyptologues,
spécialistes en représentation de l'ancienne Égypte en déduisirent que l'artiste
avait voulu dire que notre Égyptien pêchait avec des mouches. Ce serait la première
représentation d'une pêche à la mouche.

Bas relief égyptien représentant un riche bourgeois de Thèbes pêcheur à la ligne.
La plus vieille histoire de pêche
Plutarque nous conte sans doute la plus vieille histoire de pêche de loisir
référencée:
Cléopâtre et Marc Antoine aimaient aller à la pêche, tout deux comme des amoureux,
et surtout jouer a qui attraperait le plus gros poisson. Un jour de mauvais
augure, comme nous en avons tous connu, Marc Antoine n'attrapait rien. Il eu
l'idée, mais vous auriez fait pareil, de demander à un de ses serviteurs d'aller
lui attacher de beaux poissons à sa ligne.
Cléopâtre qui n'était pas née de la dernière pluie sur le Nil, avait tout vu,
et demanda de revenir le lendemain pour jouer la revanche.
Le
lendemain, elle ordonna à un de ses esclaves d'aller attacher un poisson salé,
ramassé sur le port, à la ligne de Marc Antoine. Le serviteur tire un petit
coup sur la ligne, et Marc Antoine remonte sa prise. Ha! fit il, magnanime,
je n'ai pas attrapé le plus gros, mais certainement le plus vieux!.
Histoire
reprise dans "Antoine et Cléopâtre" par Shakespeare (II.5.10-18).
-1300 à -1400 c'est l'âge approximatif de la Bible.
Le texte sacré des Juifs et des Chrétiens contient plusieurs références à la
pêche: Habakkuk se plaint de l'ascendance des Chaldéens sur son peuple "Ils
les attrapent tous avec une canne à pêche, les capturent dans leurs filets et
leurs nasses". Job demande " pouvez vous tenter votre adresse avec
un hameçon et son ardillon?". Quand à la Bible des seuls Chrétiens elle
regorge de référence à la pêche, puisque les disciples de Jésus sont presque
tous pêcheurs professionnels. Saint Pierre en pêchant le lac Tibériade avec
une canne à pêche attrapa un poisson qui transportait une pièce de monnaie.
"Les
Grecs ont tout pensé, les Romains ont tout fait et l'Homme moderne n'a été capable
que d'envoyer des boites de conserves dans la lune".
-
300 av. Jc Le
poète grec Théocrite mentionne dans un de ses poème " l'appât artificiel
(fallacieux) suspendu à la canne ", mouche ou leurre?

An 0 approximativement,
C'est la première référence, documentée, d'un hameçon destiné à pêcher à la
mouche. Sous la forme d'un simple vers, signé par le poète romain Marco Valerio
Martial:
"
Imitantar amos dona, namque qui nescit avidum vorata decipit mosca"
Ce
qui donnerait à peu près, et pardon pour les forts en thème:
"Les cadeaux sont des hameçons.
Qui
ignore que le vorace se laisse tromper par la mouche qu'il avale?"
Aucun doute à avoir, les hameçons de l'époque sont beaucoup trop gros et ne
peuvent être éschés avec une mouche naturelle. Il ne peut s'agir que d'une mouche
artificielle. La phrase étant présentée comme un proverbe, nous pouvons nous
permettre de croire que cette manière de tromper un poisson était relativement
connue.

Monnaie ibère 1er S AV JC (Musée des monnaies, musée Puig, Perpignan).
170 et 235
Ce
sont les dates approximatives de la naissance et de la mort de Claudius Alienus
Sophista "Aelien le sophiste", esclave affranchi et professeur qui
a rédigé d'abord en grec puis a été traduit ensuite en latin: "De animalium
natura" l'ancêtre de nos encyclopédies animales. Il consacre un chapitre
à une forme "étrange de capture d'un poisson moucheté":
"
J'ai entendu parler d'une méthode macédonienne pour attraper du poisson, la
voici: entre Borae et Thessalonique, coule une rivière appelée Astraeus: y vivent
des poissons à la peau tachetée; comment les natifs de cette région les appellent?
Vous ferez mieux de le demander aux Macédoniens. Ces poissons se nourrissent
d'une mouche particulière à cette région, qui vole sur la rivière. Elle ne ressemble
à aucune des mouches découvertes ailleurs, ne ressemble pas à une guêpe, n'a
pas décrite comme un moucheron, encore qu'elle ait quelque chose en commun avec
les deux. Elle ressemble à une mouche, et en taille vous pourriez l'appeler
moustique, ayant les couleurs de la guêpe et la silhouette d'une abeille. Habituellement
les natifs l'appellent Hippouros. Ces mouches recherchent leur nourriture sur
la rivière (sic), mais n'échappent pas à l'observation des poissons qui nagent
en dessous. Lorsque les poissons voient la mouche à la surface, ils nagent doucement
vers elle, sans agiter les eaux pour ne pas effrayer leur prise, puis s'en approchent
guidés par leur ombre (sic), ils ouvrent la gueule doucement et avalent la mouche,
comme un loup enlève un mouton d'un troupeau ou un aigle une oie d'une ferme,
ceci fait ils regagnent leur repaire.
Les
pêcheurs qui ont compris cela, n'utilisent pas ces mouches pour appâter (...),
si une main humaine les touche, elles perdent leurs couleurs naturelles, leurs
ailes et deviennent impropres comme nourriture du poisson. iIs ne pouvaient
les utiliser à cause de cette particularité, aussi ont-ils monté un stratagème
pour les tromper, réussi grâce à l'adresse des ces artisans pêcheurs:Ils enroulent
une laine rouge autour de l'hameçon et tournent autour deux plumes qui poussent
sur la barbe (caroncule) d'un coq, elles ont une couleur de cire (d'abeille).
Leur canne est de 1,80 mètre, leur ligne de même longueur. Ils lancent leur
leurre et le poisson excité par sa couleur s'approche et l'avale pensant faire
une bonne bouchée, quand tout à coup ouvrant sa bouche , il est pris par l'hameçon,
et amer repas, se retrouve captif."
La
mouche employée alors, il y a 2000 ans, est notre bonne vieille Red Palmer.
Quand à la mouche naturelle les couleurs de guêpe font songer à une Mouche de
Mai. A noter que l'artificielle décrite ne ressemble en rien à la mouche naturelle.
Cette pêche si particulière suivra sans doute les légions et les conquêtes romaines.


Mais où peut bien se trouver la rivière des "origines"?
Si
la partie de pêche décrite par Alien le Sophiste ne peut être mis en doute tant
elle est proche des techniques que nous connaissons et, pour certains, qu'ils
ont vu pratiquer, tout le reste du témoignage est très difficile à utiliser
pour retrouver les lieux de cette première pêche à la mouche européenne référencée.
L'auteur lui-même n'est pas très fiable. Il a rédigé son encyclopédie animale
sans jamais sortir d'Italie, recueillant les témoignages que les voyageurs,
sans doute des légionnaires et des marchands, ont bien voulu lui rapporter.
Mais il peut décrire aussi bien la vie des éléphants que celle de dragons.
Le lieux même de la partie de pêche, la Macédoine, située dans les Balkans,
doit être la région d'Europe qui a le plus changé de frontières dans son histoire.
Annexée par Rome, peu de temps après la rédaction du texte d'Alien, elle est
aujourd'hui encore répartie entre la Bulgarie, la Grèce et une région de l'ex-Yougoslavie
devenue indépendante récemment. Il existe bien une rivière qui porte le nom
d'Astraeus, mais elle ne coule pas entre les ville de Berea et Thessalonique.
Bon nombres de géographes pêcheurs ou de géographes mis à contributions par
des pêcheurs fouineurs ont situés la rivière Astraeus comme étant l'actuelle
Arapitsas, située entre Edessa (Tesalònica) et Beroea (Berea) et qui est devenue,
depuis les travaux d'irrigation de la zone, un tributaire du canal qui se jette
dans la rivière Haliacmon (Aliàkmon).
James Prosek a accompli un tour du monde de la pêche à la truite. De son voyage
il a ramené dessins, croquis et aquarelles car il est autant artiste que pêcheur.
Deux livres sont nés de cette véritable aventure moderne, "Fly-fishing
the 41s. Arround the world on the 41s Parallel",
non traduit en français et le " Bel inventaire des truites" publié
par Aubanel et qui recueille toutes ses aquarelles de truites qu'il a péché
durant son périple.
Dans
"Flyfishing the 41s", il raconte qu'il est allé pêcher cette
fameuse rivière des origines. Il fit une réserve de mouches telles qu'elles
sont décrites par Alien. Malheureusement, cette rivière, Aliakmon, est actuellement
polluée à l'extrême par les déjections des élevages de moutons. Non seulement
James et son camarade de pêche n'ont pas vu un seul poisson, mais les effluves
pestilentielles ont rendu malade notre "globe pêcheur".
Son
camarade Johannes Schoffmann, autrichien, faisant une étude scientifique, captura
une truite à la main dans un petit affluent de l'Aliakmon.
Une
pêche à travers siècles et marées
Jusqu'aux
années soixante, deux pêcheurs professionnels alimentaient en truites les restaurants
le long du fleuve Sègre en Cerdagne espagnole. Pedro Sagal de Martinet et Santiago
Corporales de Bellver pêchaient tout deux pratiquement sous la canne avec, respectivement,
deux et trois mouches montées sur des hameçons à palettes directement attachés
sur les avançons du bas de ligne. Pedro Sagal a constamment pris des notes de
ses expériences de pêcheur accompagnées de la comptabilité de ses ventes. En
Capcir (Pyrénées Orientales), je fus invité en Juin 1985 à une partie de pêche
sur la rivière Aude, pratiquement à sa source, par Guy Buscail. Il pêchait avec
une canne de 4 mètres de bambou sauvage d'un seul tenant qu'il transportait
à l'extérieur de sa voiture en passant le bras par la fenêtre et conduisant
d'une seule main.
Une
cordelette était attachée directement au bout de la canne suivie d'un bout de
nylon supportant les trois mouches. Il pêchait de cette façon comme l'avait
fait avant lui sa famille de père en fils.
Ces
trois pêcheurs avec leur trois mouches qu'ils montaient et abaissaient lentement
au dessus de l'eau en surface et dans l'eau exploraient ainsi toutes les couches
de la rivière. C'était une pêche extrêmement productive. Depuis je n'ai jamais
plus vu ni entendu dire qu'il existait encore des pêcheurs oeuvrant ainsi. Cette
méthode décrite par Alien le Sophiste aura survécu jusqu'a nos jours, mais aura
succombé face aux nouveaux matériels et techniques de pêche encore plus performants.
G.
E. M Skues a pêché l'Europe pendant plus de 20 ans il raconte dans un des ses
livres comment il rencontra ( env. 1910) dans l'actuelle Bosnie et dans le nord
de l'Italie des pêcheurs à la mouche utilisant des cannes "archaïques"
et pêchant comme l'a décrit Alien dans son encyclopédie.
300 après JC:
Après vingt ans de carrière politique passés à administrer les conquêtes romaines
faites par ses prédécesseurs et avoir marqué l'Histoire par une farouche et
sanguinaire persécution des Chrétiens, l'empereur Dioclétien se retire dans
son magnifique palais à Aspalathos (actuelle Croatie) et s'adonne pacifiquement
à la pêche à la mouche artificielle sur ses rivières privées, l'heureux homme!
**************************
Nature, religion, et "Flyfissinge" au Moyen-âge
"My
father was very sure about certain matters pertaining to the universe. To him,
all good things - trout as well as eternal salvation - come by grace and grace
comes by art and art does not come easy."
Norman Maclean
(
mon père était absolument sûr que certaines choses étaient de l'ordre de l'universel.
Pour lui toutes bonnes choses, les truites comme le salut éternel, devaient
être obtenues dans l'effort).
Avant d'aborder les véritables éditions de pêche de l'époque médiévale,
il
y a deux ou trois petits détails sur lesquels j'aimerais revenir, même si j'ai
affaire à une docte assemblée de lecteurs, et même si les séries télé, les films
... et les livres nous ont donné une vision très proche de la réalité.
La
religion, présentée le plus souvent comme un instrument de répression et d'obscurantisme
- ce qui est loin d'être faux - est aussi le centre de la vie, de la culture,
de la science et de la morale (civisme). L'époque romane a une conception du
monde à travers Dieu. Les Hommes cultes d'alors observent beaucoup plus que
nous la nature, car c'est à travers elle que s'exprime Dieu et l'on se doit
de déchiffrer son message. Une belle fleur, un beau coucher de soleil, le vol
d'une magnifique éphémère, c'est l'accomplissement de la volonté divine.
"I
fish because I love to; because I love the environs where trout are found, which
are invariably beautiful... and, finally, not because I regard fishing as being
so terribly important, but because I suspect so many of the other concerns of
men are equally unimportant—and not nearly so much fun." ~John
Voelker, a.k.a. Robert Traver,
" Itinéraire d'un pêcheur à la mouche".
"je ne pêche pas parce que c'est terriblement important, mais parce que
je soupçonne le reste des activités humaines d'être tout aussi dérisoire .......
"
Aujourd'hui la morale est dictée par la science et surtout par la médecine:
nous ne mangeons plus un yaourt parce qu'il est bon, mais parce qu'il facilite
le transit intestinal. Certains, même, ne comprenant pas notre désir de pêche,
lui cherchent des bonnes raisons: s'aérer, se changer les idées, faire du sport.
Sachons leur répondre que nous allons à la pêche absolument pour rien, même
pas pour manger un poisson. Il faut savoir accomplir des choses inutiles qui
nous font plaisir. Au Moyen-âge, tous les écrivains qui se lancent dans le récit
ou la leçon de pêche, le font pour nous aider à nous laver l'esprit de tous
mauvais penchants afin de mieux être à l'écoute de Dieu. Laver son esprit des
souillures de la vie "moderne" conduit à la contemplation de la nature
et nous permet de décrypter le message du divin. La chasse excite les penchants
négatifs. Elle réveille chez l'Homme ses bas instincts animaux, et la bestialité
l'éloigne de Dieux qui l'a créé à son image. Pour cette même raison, toute excitation
est alors condamnable, quelle soit sexuelle ou quelle s'exprime dans toute autre
activité humaine. Le sexe réprimé est en fait un concept très récent. La pêche,
elle, ouvre l'esprit.
Le
poisson était très important dans l'alimentation, pour son apport calorique,
bien sur. Mais encore et toujours à cause de la religion. Le carême obligeait
à un jeune de quarante jours où la seule nourriture carnée autorisée était le
poisson. Plus on s'éloignait des côtes et plus il était difficile de se fournir
en poisson (à part l'anguille et la morue salée), il fallait alors manger du
poisson de rivière. Celui-ci était pêché le plus souvent au filet. Les villages
étaient obligés de fournir les couvents en poisson.
Les
Hommes chantaient énormément, le chant était le premier des loisirs et des plaisirs
populaires car il était gratuit: on chante au travail, dans les auberges, le
soir en prenant le frais. Les églises rédigent des édits condamnant le chant
"malhonnête" en pleine nuit. On dit que "quatre anglais c'est
une chanson" ou "que l'espagnol chante plus qu'il ne parle."
Impossible de reproduire une scène de la vie courante au Moyen-âge que ce soit
au théâtre ou au cinéma, si l'on ne place pas à chaque coin de rue et dans tous
les lieux publics des groupes de chanteurs spontanés. On chante un moment avec
eux, avant de vaquer à ses occupations, remplacé aussitôt par un autre manant.
Les rues sont terriblement bruyantes, chaque artisan travaillant devant sa porte.
On crie d'une fenêtre à l'autre, on hurle au marché, les charrettes aux roues
ferrées arrachant des crissements terribles aux pavés ou aux cailloux, les cochers
hurlant des chapelets de jurons. Rien de véritablement intime, et pour faciliter
la méditation il faut fuir les villes.
Aujourd'hui, le pêcheur est vu très souvent comme un pacifiste, un rêveur un
tantinet libertaire refusant de quitter sa rivière, son paradis ombilical pour
accomplir un devoir civique aussi important que le vote. Tous nos érudits et
savants médiévaux discourant sur la pêche en profitent pour écorner la société,
les possédants et même la noblesse, preuve d'une longue tradition qui ne doit
rien aux médias actuels.
Enfin le plagiat, le copiage et recopiage sans citer ses sources étaient chose
habituelle, la plupart des livres de "secrets" d'agriculture sont
recopiés par des religieux ou des érudits qui les signent de leurs noms sans
autre forme de procès. La propriété intellectuelle n'avait pas encore de statut
pour la protéger.
Les
premiers livres que nous trouvons en Europe (rien ne prouve qu'il n'y en ait
pas eu d'autres disparus depuis) sont surtout anglais et espagnols. Nous expliquerons
que
les liens entre ces deux pays étaient très importants à l'époque. En France,
la pêche est une activité de pauvres et ne laisse aucune véritable bibliographie
alors que la chasse, sport de la noblesse - seule activité masculine à laquelle
les femmes pouvaient participer - nous a légué des livres magnifiques aux enluminures
splendides qui atteignent des prix astronomiques dans les salles de vente du
monde entier. De nombreux livres de pêche français traitent de l'histoire de
la pêche à la mouche. Très souvent il est fait référence à un texte médiéval
écrit en vers et en latin, "De Vétula" (la vieille), tenu pour être
le premier texte décrivant la pêche à la mouche. Sauf erreur de ma part, c'est
un texte très métaphorique sur les vertus et folies des jeu de hasard et du
jeu de dés en particulier, mais je n'y ait pas trouvé de référence à la pêche
encore moins à la pêche à la mouche. Il fut traduit en vieux français au XIVème
siècle par Jean Lefèvre (1320-1380) procureur au parlement de paris qui l'a
faussement attribué à Richard de Fournival (1201-1260). Cette erreur se répète
dans plusieurs livres de pêche.
De
la même façon le livre "Les ruses innocentes" (1660) de François de
Fortin cité plusieurs fois comme un des premiers textes français sur la mouche
artificielle décrit plusieurs méthodes de capture du poisson mais jamais de
la façon qui nous intéresse.
1000
"En 1855 fut présenté à Arras, dans une réunion d'antiquaires, un manuscrit
sur la pêche à la ligne, qui aurait été trouvé dans ce qu'il restait de la très
riche bibliothèque de l'abbaye de Saint-Bertin à Saint-Omer. Écrit en vieux
français, dont le style permettait une datation autour de l'an mille, ce manuscrit
divisé en Vingt-deux chapitres présentait la plupart des poissons de rivières
ainsi que les procédés et les amorces à utiliser en fonction des saisons pour
les capturer. Contenait-il déjà une description des mouches artificielles pour
pêcher la truite? nous ne le saurons sans doute jamais".
Ce
texte a été écrit par Pierre Affre et relevé dans un article ayant pour titre
"Le Traité de Dame Juliana" publié dans Pêches Sportives N°5 Avril
Mai 1996.
1210:
Dans un roman allemand il est décrit une partie de pêche utilisant une "vederanglel"
que l'on pourrait traduire littéralement par "hameçon emplumé" . L'auteur,
Wolfram von Eschenbach, met son héros "Schionatulander", en scène
dans une rivière, pêchant pieds nus truites et ombres avec une mouche.
1310
d'autres textes allemands explique que la pêche à la mouche est une méthode
utilisée habituellement " par le peuple" sur un territoire
allant de la Suisse jusqu'a l'actuelle Syrie.

1400-1500 en Angleterre
On
compte environ une douzaine de manuscrits de thèmes divers qui font référence
à la pêche à la mouche, le plus souvent quelques lignes seulement; ce qui prouve
que c'était une pratique usuelle pour capturer des poissons.
1496 Dame Julyana Berners
Si
Dame Julyana Berners avait été un homme personne n'aurait mis en doute qu'il
soit l'auteur d'un traité de pêche. Mais voilà, notre Dame est née femme et
peut être bonne soeur, il n'en fallait pas moins pour remettre en question jusqu'a
son existence.
Les
deux manuscrits existants sont signés de son nom, orthographié de façon différentes,
ce qui était courant à une l'époque ou les règles orthographiques n'existaient
pas. Je ne peux imaginer que l'on ai pu signer les écrits d'un homme avec un
pseudonyme féminin. En ces temps très hiérarchisés et sexistes c'était plutôt
le contraire qui se pratiquait, c'est à dire qu'une femme signe avec un prénom
masculin, jamais l'inverse.
La
première édition du livre de Saint Alban (1486), ne traite que de chasse et
de héraldique, et est signée Dam Julyans Barnes. La seconde (1496), publiée
à Londres chez Winken Worde est signée "Dame Julyans Bernes".
Dame
Julyana Berners - nous garderons cette orthographe - s'est lancée dans la rédaction
d'un tel traité car elle tient en haute estime les loisirs de plein air. Elle
est persuadée qu'au contact de la nature et jouissant de toutes les beautés
créées par Dieu, l'Homme s'élèvera et renoncera à une vie de violence, de vice
et d'oisiveté. Son originalité a été non seulement de mettre la pêche au même
niveau que la chasse, mais surtout de traiter la pêche comme un sport de loisir.
La finalité n'étant pas de prendre du poisson à tout prix. Ce que presque cinq
siècles plus tard, nous considérerons comme une approche moderne de la pêche
sportive

La Légende de Dame Julyana Berners
Pour
ajouter un peu plus au mystère des origines de Dame Julyana Berners, un antiquaire
a écrit une biographie sur ses origines familiales. Elle fut rédigées seulement
une cinquantaine d'années plus tard, c'est à dire à une époque ou son souvenir
pouvait subsister dans la mémoire de certains témoins directs ou indirects.
Il explique que Dame Julyana serait entrée au couvent des Bénédictines de Sopwell
(Hertdorshire) en 1415, à l'âge de 30 ans avant d'en devenir la mère supérieure.
Sa mère avait épousé en première noce Sir Roger Berners, conseiller du roi Richard
II, mais il sera décapité, soupçonné de conspiration. En seconde noce elle épousa
Sir Roger Clarendon, fils bâtard du Prince Noir* demi-frère de Richard II. Mais
cette riche filiation ne le sauvera pas de l'exécution capitale toujours pour
délit de conspiration. C'est peut être une des raisons qui incitera Dame Julyana
à choisir la vie monacale. Elle entre dans les ordres au couvent de Sopwell
dédié à Saint Alban, un martyr anglais de l'époque romaine.
Cette biographie est issue du livre " Lives of the most eminent inglish
writers " écrit en 1559 et signé par John Bale, un antiquaire anglais.
En
recherchant dans les archives du couvent de Sopwell, il n'a pas été trouvé trace
d'une carmélite du nom de Berners. Il n'a pas été trouvé, non plus, trace d'une
Dame Julyana en fouillant les archives de la noble famille des Berners.
*Le Prince Noir, c'est Eduard, Prince de galles et Prince d'Aquitaine. Tout
le monde en a entendu parler sans trop savoir qui il est. Surnommé ainsi pour
la couleur de son armure, il est connu et reconnu pour avoir été un combattant
redoutable qui n'hésitait pas à prendre le devant dans les nombreuses batailles
qu'il a commandé. Il était la terreur de Du Guesclin, car bien supérieur au
breton tant par son audace que ses ruses militaires. Avec 7000 hommes dont 2500
anglais et 4500 gascons, il vainquit 15000 cavaliers Français et captura le
roi de France (Rançon de 3 millions d'écus d'or). La magnabilité de l'arc anglais
très rapide, contre l'arbalète française lente à réarmer faisant la différence
sur les champs de bataille. La supériorité incontestable des Anglais sera renversée
fin du XIV siècle avec l'apparition de l'artillerie, dont l'armée française
s'est largement pourvue, soucieuse de se moderniser, contrairement aux anglais
trop sûrs de l'habileté de leurs archers. Sans cela, nous parlerions tous anglais.
Le Prince Noir est ensuite allé soutenir, en Espagne, une des branches de la
famille royale luttant pour récupérer le trône et la couronne du royaume de
Castille. Mais cette expédition ne fut pas à la gloire du vaillant Prince Noir.
Une
autre version donnée, elle, par des historiens spécialistes de cette époque
et désireux d'ajouter foi aux écrits de John Bale, supposent que Dame Julyana,
n'est peut être pas rentrer dans les ordres, ce qui expliquerait son absence
des archives très sérieuses du Prieuré. Elle aurait pu seulement y être hébergée.
Pratique courante si la famille pouvait se le permettre financièrement. Les
exécutions qui secouèrent sa famille peuvent expliquer que l'on ait voulu la
mettre à l'abris. Ce qui pourrait expliquer, aussi, qu'elle ait eu le temps
de pratiquer la pêche à la ligne. Si elle est réellement rentrée dans les ordres,
en étant de haute lignée, elle a dû le faire par vocation. Je m'avance peut
être: mais les fils et filles de nobles rentraient souvent dans les ordres parce
que le droit d'aînesse avait réservé tout l'héritage au premier fils. Les autres
n'ayant d'autres choix que l'armée pour les garçons, ou le couvent, car ces
deux activités assuraient au moins le couvert chaque jour.
1450
( et publié en 1496) The book of saint Alban o A treatyse of fisshinge wyth
an angle.
C'est le premier traité de pêche édité (1496),
il faudra attendre Izaak Walton et Charles Cotton pour retrouver un guide pêche
d'une aussi grande qualité. Il faut bien préciser que la première édition de
1486 est un traité de chasse, fauconnerie et héraldique. Le traité de pêche
n'apparaît que dans la seconde édition de 1496 sous la forme d'un chapitre ajouté
de 23 pages. Il n'existe aujourd'hui que deux copies originales conservées précieusement
dans la bibliothèque universitaire de Yale (Connecticut), et malheureusement
les deux sont incompletes.
Il
aura fallu attendre 36 ans et l'avènement de l'imprimerie pour qu'ils soient
enfin publiés par Wynkyn de Worde à Londres. Il y a fort à penser sans trahir
l'Histoire que la première écriture à été faite sur commande. Ce qui était fréquent
à l'époque ou peu de gens savaient écrire. Un noble passionné rêvait d'avoir
un livre traitant de son "hobby" et le commandait à un couvent peuplé
de lettrés. Le prix était alors exorbitant: on cite un livre qui coûta un troupeau
de moutons, une vrai fortune pour l'époque. La peau de tous ses animaux servant
de parchemin, la viande payant la rédaction et la fabrication. Une fois cette
première édition exécutée, Dame Julyana passionnée de pêche rajouta un chapitre
consacré au sport qu'elle vénére, le "fishing with an angle", sans
oublier d'égratigner au passage tous les autres sports de plein air.
Comment cette dame à t'elle pu écrire un livre de chasse puis attendre quelques
dix ans plus tard pour rajouter un châpitre faisant l'éloge de la pêche et dénigrant
les deux autres sports?
Vous
me permettrez de penser que c'est tout simplement sa passion qui lui fit défendre
la pêche que le client inicial du livre avait négligé dans sa commande. Mais
peut être que c'est cette même passion qui me pousse à de telles déductions
sans fondement documentaire.
"Ainsi
commence le Traité de pêche
Salomon en un de ses proverbes dit qu'un esprit heureux donne une vie efflorescente,
longue et agréable. Étant ainsi, je pose une question: quels moyens et causes
portent un homme a jouir d'un esprit bienheureux? En vérité et avec mon meilleur
jugement, je crois qu'il y a des sports et d'honnêtes jeux qui font que l'homme
peut trouver plaisir sans avoir à se repentir ensuite. De là je déduis que les
bons divertissements et honorable passe-temps entraînent une vieillesse agréable
et une longue vie.
Et
pour cette raison, j'ai choisi quatre bons sports, à savoir: la chasse, la fauconnerie,
la chasse au collet et aux pièges. Le meilleur à mon simple avis, est la pêche,
appelé pêche à la canne avec ligne et hameçon."
Vient ensuite une application de son bon jugement sur la pêche.
Elle cite qu'être bon chirurgien nécessite trois qualités " Si tibi deficiant
medici, medici tibi fiant: hac tria, mens laeta, labor et moderata dieta"
c'est à dire qu'il faut à un bon chirurgien voulant faire carrière:
"
d'heureux sentiments (ou pensées), travailler sans excès, ne pas manger outre
mesure". Alors
avec une alimentation saine et naturelle, la pêche lui apportera toutes les
autres qualités. Et nous croyons avoir tout inventé, même le bio!
Puis vient une longue description de tous les avantages de la pêche
sur la
chasse au chien courant: on finit par perdre ses chiens, on court, on se fatigue,
et on risque d'attraper froid et des maladies qui conduisent à la mort, des
pièges que l'on ne peut poser que l'hiver d'où risque de pieds mouillés et de
maladies, et on finit par perdre ses pièges, au faucon: on court, on crie, on
s'époumone en sifflant, on s'énerve car l'oiseau ne veut pas chasser, et on
finit par les perdre. Non, en tout honnêteté, notre Dame préférée ne voit que
la pêche comme sport pour fortifier une âme saine dans un corps sain et rendre
grâce à Dieu, ce qui nous promet une longue vie dans l'esprit du proverbe de
Salomon.
Mais
comme la Dame est honnête, elle prévoit que le poisson ne morde pas: "
si tel est le cas, notre pêcheur pourra en pleine tranquillité faire une promenade
salutaire et agréable, en s'imprégnant et respirant à pleins poumons le doux
parfum des distinctes plantes et fleurs qui lui ouvrira l'appétit et maintiendra
son corps en bonne condition. Il pourra, aussi, admirer les évolutions des cygnes,
canards, martinets blancs et de beaucoup d'autres oiseaux accompagnés de leur
petits" et s'ensuit une autre liste de comparaisons défavorables pour
les autres chasses.

Mouches de dame Julyana Berners. Col. Agustí Jausas Barcelona.
Dame
Julyana nous explique qu'il faudra se lever tôt car "la richesse appartient
à ceux qui se lèvent tôt". Pour cette raison " elle a rédigé ce
modeste traité dirigé à toutes les personnes vertueuses nobles et bien nées;
la pêche leur apportera une longue vie enrichissante en tout sens."
Puis
commence le traité par lui-même ou l'on apprendra à construire sa canne, en
noisetier ou bouleau, la redresser au feu, faire la poignée, elle était à emmanchement
avec viroles, les deux bouts été creusés avec des broches à gibier chauffer
au rouge. Enfin il fallait tresser la ligne à partir de crins de la queue d'un
cheval blanc (pas d'une jument car ses urines brûlent le fil). Les crins seront
teints suivant les eaux pêchées, description des teintures et comment les obtenir.

Illustration du treatyse. Les outils et les les hameçons. Col. privée Agutí
Jausas
Pour
la mouche, le crin doit être laissé à l'état naturel. Sans oublier les chaînettes
pour l'avançons des lignes à brochets.
Puis
vient ce qui, aux yeux de notre fée, est le plus difficile: la construction
de l'hameçon qui, vu le matériel et les matériaux employés, ne devait pas descendre
au dessous du numéro 10. Dessins et croquis accompagnent le tout, ainsi qu'un
croquis de tous les outils nécessaires à la construction de tout votre matériel.
Sans oublier le métier à tisser les crins de cheval.

Mêtier à tisser les crins de cheval. Illustration du "Treatryse"
Col. privée Agustí Jausas.
Maintenant que vous avez votre matériel au
point, vient toutes les descriptions des divers appâts à utiliser et tous les
poissons que l'on peut prendre et comment s'y prendre, suivi de la description
des vents, des températures des eaux et de leurs couleurs, et celles qui sont
néfastes ou prolifiques. Rien n'est laissé au hasard.
Pour
la capture des carpes, nouvellement introduites dans les eaux anglaises, elle
précise que les meilleurs appâts lui ont été conseillés par des personnes crédibles,
mais elle les a trouvé aussi dans des livres dignes de foi (credence). Preuve
que d'autres livres de pêche existaient à l'époque, mais qu'ils ont malheureusement
disparu.
Pour
la description des poissons
il est bien précisé que le saumon est le plus noble et pour cette raison, il
est cité le premier. Pour sa capture, la mouche peut être utilisée en surface
mais sa prise est très aléatoire.
Et
enfin tout le catalogue des mouches, avec leurs planches représentant les douze
imitations à monter. Elles sont décrites, et répertorient tous les matériaux
qu'il faut utiliser pour les faire, plumes et dubbing comme nous le faisons
encore aujourd'hui. Elles portent chacune un nom et pour chaque fiche, il est
indiqué le mois et où elle doit être utilisée. Il est bien précisé qu'il s'agit
d'une pêche en surface. Il faudra attendre plusieurs siècles pour trouver d'autres
mouches que celles de Dame Julyana. Celles-ci seront fidèlement copiées et reproduites
des siècles durant, notamment par Izaac Walton.

Illustration du Treatyse, col.privée Agustí Jausas, Barcelona.
Enfin, comme notre dame termine sur une page de morales et recommandations qui
pourraient être lues aujourd'hui dans nos revues de pêche.
"
Ne pas pêcher sur les eaux des pauvres, ne pas prendre les poissons pris dans
des nasses ou des filets car c'est du vol et indigne d'un gentilhomme. Bien
refermer les portes et portails que l'on a ouverts pour se rendre sur notre
lieu de pêche. " Ne pas pratiquer cet art avec cupidité ou pour augmenter
vos biens; aller à la pêche est un plaisir et une distraction, pour la santé
de votre corps et plus spécialement pour votre âme. Quand vous allez à la pêche
ne prenez personne avec vous, il vous distrairait. Vous pouvez servir Dieu en
récitant vos prières habituelles"
…..
" ne vous montrez pas non plus trop avide pour capturer vos poissons et
en attraper beaucoup en peu de temps, ce qui serait facile si vous suivez les
conseils de ce traité. Le résultat serait de détruire votre propre plaisir et
celui des autres. Lorsque vous avez un plat suffisant, il n'est pas nécessaire
de désirer plus. Vous aurez aussi pour obligation, dans la mesure de vos moyens,
de nourrir les poissons et de détruire les prédateurs. Tous ceux qui seront
en règle auront la bénédiction de Dieu et de saint Pierre".

Et
le meilleur pour la fin:
[i][i]" Afin que le présent traité ne tombe en de mauvaises mains d'oisifs,
ce qui ce serait passé si je l'avais publié en petit opuscule, je l'ai introduit
dans une œuvre majeure dirigée aux nobles personnes (héraldique); de cette façon,
ces oisifs de qui je vous ai parlé auparavant ne pourront aller à la pêche et
ainsi la détruire".
L'élitisme était moins dissimulé à cette époque que de nos jours.
1450 - 1540 Fernando Basurto
Si
vous deviez vous rappeler d’un seul nom, d’un seul auteur parmi les précurseurs
qui donnèrent leurs lettres de noblesse à notre sport, j’aimerais que ce soit
celui-ci. En effet, tous les autres, de Dame Julyana à Izaak Walton, vous les
retrouverez cités dans des dizaines de livres ou d’articles différents, alors
que notre aragonais demeure ignoré ou négligé, ne méritant au mieux que quelques
lignes. Pourtant son manuscrit édité seulement un an avant la disparition de
son auteur est d’une incroyable qualité, nous obligeant à relativiser constamment
nos complexes de supériorité d’Hommes modernes.
Et
si tout avait déjà été pensé avant nous ?
Fernando Basurto est né à Jaca (Aragon), mais sa profession de militaire au
service du roi d’Espagne l’appellera à servir sous d’autres cieux. Il fut pêcheur
dans sa jeunesse, et confesse que lors de ses nombreux voyages à travers le
monde, la pêche lui apportait tranquillité de l’âme et repos du guerrier. D’après
lui, elle soignerait même des tracas amoureux. Dont acte.
Heureux comme Ulysse, après maintes traversées, c’est au pays de ses vertes
années, à Zaragoza, qu’il reviendra profiter de sa retraite. C’est là qu’un
groupe de pêcheurs aragonais viendront lui proposer de rédiger un traité de
pêche renfermant tous leurs secrets. Le livre se composera de deux parties,
toutes aussi intéressantes que différentes. Comme avant lui, Dame Julyana Berners,
il se lancera dans une défense de la pêche contre la chasse, et comme Isaac
Walton et William Samuel le feront après lui, cette défense sera rédigée sous
la forme d'un dialogue entre un pêcheur et un chasseur. D’ailleurs, le découvreur
de ce manuscrit l’appellera « Los dialogos », alors que le titre choisi
par son auteur est : « Dialogo que agora lo hacia ». La deuxième partie est
une description précise et minutieuse des techniques de pêche intitulée "El
tratadico de la pesca".
Alors Izaak Walton déjà accusé d’avoir plagié « The art of angling »
de Thomas Barker, aurait-il lu Fernando Basurto et s’en serait-il inspiré pour
ses propres dialogues ? Possible, mais pas sûr. En effet, les dialogues entre
profanes ou candides et leurs maîtres sont des genres littéraires extrêmement
courants à l’époque depuis Platon. Il faut préciser aussi que l’Espagne entretenait
alors d’étroites relations avec l’Angleterre. Shakespeare y cherchera l’inspiration
et ce contemporain de Walton écrira plusieurs pièces et non des moindres prenant
pour cadre le Royaume d’Aragon et ses démêlés avec le royaume de Castille :
« Beaucoup de bruit pour rien ». Enfin, Marie Tudor, qui prendra couronne
en 1553, était fille de Catalina d’Aragon et d’Henri VIII. Autre détail abondant
dans ce sens, une phrase tirée des pages de «The compleat angler» de
Walton. Il cite, sans en préciser les sources, un « ingenious spaniard »,
un ingénieux espagnol qui écrivit:
"les
rivières et leurs habitants aquatiques ont été créés pour que les sages les
contemplent et pour que les ignares passent au large sans leur donner la moindre
considération ".
Très
belle phrase extraite de « Las cientes diez considéraciones del senor Valdés
» écrite au XVIème siècle. Si Walton connaissait cet auteur espagnol, peut
être avait-il lu d’autres œuvres littéraires de la péninsule.
Il
serait attristant et dommageable pour notre art que l'oeuvre de Fernando Basurto,
d'une indéniable qualité, ne demeure dans l'ombre d'un Walton ou de Dame Berners.
Le
livre de Dame Juliana Berners a été écrit en 1486 et le chapitre de pêche sera
rajouté dix ans plus tard en 1496, mais ne sera imprimé que 36 ans plus tard,
le livre de Fernando Basurto verra le jour 40 ans après et il faudra attendre
encore 120 ans pour pouvoir lire Isaak Walton.
Emilio Fernandez Roman nous dit dans son livre "Los Orígenes de la pesca
con mosca y el camino de Santiago" (Madrid 1999) que le livre de Fernando
Basurto a disparu et qu'il n'en existe aucun exemplaire en Espagne. Edmond Ardaille
dans le sien "Des mouches et des hommes" (Nîmes 1994), écrit
qu'un exemplaire a été découvert dans les années 70 à la bibliothèque de l'arsenal
à Paris. Sans plus d'explication.
1539
Dialogo que agora le hacia
Dialogue qu'alors il lui faisait: destiné au très illustre senor Don Pedro Martinez
de l'Una Code Aborata: Senor de la casa de Hueca.
Un
pêcheur voit sa tranquillité perturbée et sa pêche compromise par l'agitation
des chiens de chasse d'un jeune noble. Le pêcheur âgé et de condition très modeste
engage la conversation. Malgré la différence d'âge, la différence de classe
est la plus forte, et le pêcheur plein de déférences vouvoie son interlocuteur.
En revanche le chasseur tutoie le pêcheur, mais écoute les vérités qui lui sont
assénées contre l'art de la chasse, sa passion. Nous retrouvons là l'esprit
de Dame Julyana Berners, la chasse n'est rien comparée à la pêche, que fatigue
et excitation qui sont ruines de l'âme, et dangereuses pour la santé. La pêche
apporte le salut et permet une meilleure communion avec les créations divines.
Arrivé chez lui, et ne pouvant oublier cette conversation avec le jeune noble,
notre pêcheur se lance dans la rédaction d'un traité de pêche, qui deviendra
le chapitre que nous allons voir ensemble, et qui vient s'ajouter au corps du
livre des "dialogos", il porte pour titre:
"El
Tratadico de la pesca" Le traité de pêche.

Permière page du Tratadico de pesca. Col. privée Agustí Jausas, Barcelona.
"Un
pêcheur se doit d'être patient surtout si les poissons ne veulent pas "accomplir
ses désirs". Exercice plein d'espérance, qui ne peut engendrer l'ennui
car les poissons peuvent ne pas être mordeurs pendant un moment, mais en d'autres
temps ils peuvent être autant goulus et manger tant qu'ils en perdent la vie.
Ainsi en est-il de certains hommes et souvent des femmes (no pocas veces), que
d'avoir trop à manger les entraîne vers leur perdition. Il convient de ne jamais
perdre espérance, car à un moment ou à un autre, ils se nourriront."
Toujours le message moraliste, nous verrons plus loin combien Basurto défend
une vision politique que n'aurait pas renié nos anciens hippies.
Il
explique qu'il ne faut pas pêcher quand soufflent les vents mauvais et que le
temps ne s'y prête pas. Mais qu'il faut profiter des matinées allègres et des
après-midi sereines afin que pêcheurs et poissons jouissent "una delectacion",
autrement (pêcher) c'est crier dans le désert. Il nous confie que tout ce qu'il
va nous apprendre, il le tient de grands pêcheurs, et l'a appliqué sur terre
et sur mer afin d'écarter les vices qui sont sépultures des Hommes et prisons
à perpétuité de leurs âmes.
Chapitre premier: commence une longue description d'appâts pour la pêche en
mer, qu'il a dû lui-même essayer, étant militaire, car je doute que les pêcheurs
aragonais aient été spécialistes de pêche en mer. Puis vient une longue litanie
de vers d'eau, de lombrics, de grillons pour la pêche en eau douce et à quels
poissons ils sont le plus destinés. La conservation de ces esches et leur préparation
s'il y a lieu.
Un
Canne jamais égalée.
Chasseur: "Bien, voyons, Je vous ai promis que nous irions pêcher sous
peu.
Pêcheur: et vous voudriez une canne si j'en ai une en plus?
Chasseur: Si je veux apprendre ne me pretterez vous pas une des votres?
Pêcheur: Que voulez vous dire par "préter"? Je vous ferez une confidence:
je ne vous préterais celle-ci encore que vous me donniez un trésor.
Chasseur: Pourquoi?
Pêcheur: Pour deux raisons: le première car je n'ai pas l'intention de m'arrêter
de pêcher, l'autre pour les vertues de ma canne.
Chasseur: Quelles vertues?
Pêcheur: Cet un baton que j'ai coupé dans l'arbre de Jessé* et le scion à été
fait à partir du coeur de la baleine qui avala Jonas le prophète, et la ligne
fut tissée à partir des blancs cheveux que Dalila coupa à Samson pour lui voler
sa force ... une canne ne peut être prétée à personne. Tout comme un chevalier
refuserait de préter ses armes...
Chasseur: Mon Dieu, vous tenez votre canne en grand estime"
Une
façon bien "cavalière" de s'adresser à un noble pour un roturier,
mais la fiction permet toutes les audaces, même les plus improbables.
*: pour ceux qui ont pratiqué le cathéchisme-buissonier, cette image est inspirée
de la prophétie d'Isaïe (Is. XI,1) prédisant que le patriarche Jessé donnerai
naissance à une tige et une fleur annonçant la venue du Christ.
Au
Chapitre IV, il décrit une mouche naturelle excellente pour la pêche qui intéresse
les barbeaux mais aussi la truite " quand ceux-ci se trouvent dans la zone
de vie de cette mouche". Une mouche qui ne sort que la nuit. Il conte qu'un
pêcheur avec un fanal et un drap de lit en récolta tant qu'on aurait dit de
la neige. Il fut plus content de cette récolte que de la capture du poisson
lui-même. D'après la description j'ai cru qu'il s'agissait de la Manne (Oligoneuriela
Rhenana). Mais au détour d'une phrase il mentionne un corps jaune, qui ne peut
être qu'une mouche de mai. Mais comme celle-ci sort aussi le jour, je me demande
s'il ne s'agit pas d'une erreur et de la description de deux mouches qui se
télescopent. Ou alors, ce qu'il décrit comme un corps jaune, n'est autre que
la poche d'oeufs orangés que la manne transporte avec elle, et que tout monteur
se doit d'imiter sur ses modèles, encore aujourd'hui.
Une
autre description très intéressante tient au dressage de la mouche artificielle,
car il utilise la soie comme fil de montage du début à la fin de l'opération,
remontant sur le corps pour dessiner les cerclages.
Une
façon typique de faire des aragonais que Louis Carrère décrira et dessinera
dans son livre sur la pêche à la mouche noyée, plusieurs siècles plus tard.
Puis
nous trouvons une minutieuse description du posé pour éviter le dragage et donner
une flottaison naturelle au fil de l'eau de l'artificielle, et surtout sans
couvrir le poisson avec le bas de ligne, qui rappelons-le était fait de crins
de cheval tressés et assez grossier.
Enfin, le noble chasseur séduit par le cadeau de ce livre, cadeau extrêmement
cher à l'époque, et par le bel argumentaire de l'humble pêcheur, convie celui-ci
à venir vivre chez-lui dans son hacienda.
Le
Chasseur: " Bien, pêcheur, j'ai vu d'abord ton intention avant que la
façon de me servir …. et je veux que mes remerciements sans fin restent en ta
mémoire, comme ton traité qui demeurera pour toujours.
Et
avec détermination, je ferai pour toi deux choses: une t'enlever à ce vice,
et l'autre te prendre dans mes appartements et te donner à manger tout le temps
de ta vie, plus tous les avantages, pour que tu sois heureux au maximum.
Le
pêcheur: Senor, je vous remercie pour vos grandes offres, mais m'enlever
de la rivière et ne plus pêcher, je n'y consens et c'est sans appel. Car si
je ne pêchais plus, la mort, elle, me pêcherait.
C:
Alors si tu le veux, que ce soit fait comme tu l'entends, prend tes biens
et viens dans mes appartements.
P:
Qu'entendez-vous par biens?
C:
Tes biens, tes meubles.
P:
Senor, ce que je possède, je l'ai sur moi.
C:
Et pour vivre n'as tu rien d'autre?
P:
Est-ce que je vous parais mécontent ou blasé, et qu'emporterais-je de plus
quand je devrai partir (dans l'autre monde)? Comme vous le savez, personne ne
s'en ira plus riche que moi, car tous laissent leur sac en ce monde, dans l'autre
c'est celui qui est le plus méritant qui aura le plus.
C:
Je crois volontiers ce que tu dis et je sais qu'en naissant et en mourant,
nous tous sommes égaux; et de ce siècle, nous n'emporterons que les biens que
l'on aura fait et les sacrifices que nous aurons offerts. Et sachant tout cela,
je désire payer en t'assurant la vie si tu le veux.
P:
Senor, ai-je l'air d'en avoir besoin, je ne dois rien à personne et je suis
sûr de posséder tout ce que j'ai.
C:
Je le vois bien ainsi, alors ne le laisse pas chez toi, et pour cette raison
je veux que tu viennes chez moi. Et si un jour tu désires aller à la pêche,
ce sera tout aussi possible.
P:
De cette façon, je suis très heureux de recevoir de vous ces offres, pour
lesquelles, Notre Seigneur vous reçoive bienheureux dans l'autre vie et vous
garde et conserve comme vous le désirez (dans celle-là).
Amen
A
Dios Gracias
Ainsi se termine l'œuvre de Fernando Basurto. Qui de nous ne désirerait pas
tomber un jour sur un tel "sponsor"?
1500
On cite pour cette période un manuscrit en Bavière,
propriété de l'abbaye de Tegernsee, recensant environ une quinzaine de modèles
de mouches ne portant aucun nom. Mais le plus intéressant, c'est la description
de mouches pour capturer les brochets ou les carpes, ce qui est présenté aujourd'hui
comme le top de la pêche moderne.
1530
environ, un texte anglais conservé
à la bibliothèque britannique de Harley (ref. 2389) décrit comment attraper
les " trowte " ... de juin à juillet et aout dans la partie
supérieur de l'eau (de la rivière) avec une mouche artificielle (artificiall,
ce doit être la première mention de cette dénomination) fabriquée sur votre
hameçon avec des soies de diverses couleurs comme les mouches (naturelles)..."
Enfin toujours en Angleterre et conservé à la bibliothèque Rawlinson de Bodleian
(ref. C506), un manuscrit où sont décrites des mouches destinées à la capture
de saumons et de truites.
"
... et si les poissons gobent, il faut habiller vos hameçons avec des plumes
de perdrix ou des duvets de canards sauvages et vous devez regardez les couleurs
de ces mouches (naturelles) et après vous devez mettre les mêmes couleurs de
plumes et la même couleur de soie qui habille votre hameçon."
[b]1577 William Samuel "The arte of angling".
J'ai
longtemps hésité à compter ce livre parmi les créations littéraires traitant
de pêche à la mouche. Parce que justement il ne possède aucune référence à la
pêche à la mouche. En revanche les studieux affirment que l'original possédait
diverses planches de mouches malheureusement perdues a ce jour. Mais ce livre
à fortement influencé l'œuvre de grands noms de la pêche comme Izaak Walton,
John Dennys et Gervase Markham
William Samuel ( ? - 1580)
Il
commença sa vie professionnelle comme vicaire de l'église St. Mary a Godmanchester.
Elle y existe encore, et se situe sur la rive droite de la rivière à truite
Ouse (Huntingdonshire). Il y officiera de 1549 à 1554, avant d'en être chassé
par la Queen Mary. L'Angleterre ne cesse alors d'être secouée par des luttes
religieuses entre partisans de Rome et protestants. La Queen Mary catholique
intransigeante oblige William Samuel, protestant, à fuir à Genève (Suisse).
Son église sera donnée aux sœurs bénédictines. Lorsque Elisabeth I, protestante,
succède à la reine Mary, décapitée, elle réinstalle notre vicaire dans son église
près de sa "home river" (1559). Il y restera jusqu'a sa mort.
1577 The arte of angling.
Ce
livre fut considéré comme perdu, jusqu'a ce qu'un bouquiniste de Birmingham
ne le redécouvre. Hélas, la copie, la seule connue à ce jour est en mauvais
état. Non seulement les divers propriétaire ont jugé bon d'écrire sur la plupart
des pages, mais il manque les premières feuilles. Ce fut impossible d'en connaître
l'auteur pendant des années, jusqu'a ce qu'un bibliophile du Texas le trouve
référencé dans un livre sur ... "l'Histoire des Serpents". D'après
les studieux, les planches de mouches perdues de William Samuel seraient originales
et non pas une copie de celles de Julyana Berners. Personnellement je ne vois
vraiment pas ce qui peut leur permettre une telle déduction. Walton qui s'est
inspiré de ce livre aurait, au moins, recopié une mouche originale de notre
vicaire, alors qu'il s'est contenté de transcrire textuellement les douze mouches
du Treatyse.

Première
page de "The Art of angling"
Le
livre est présenté comme un dialogue entre Viator et Piscator, ou le pêcheur
explique toute la différence qu'il y a entre la pêche pour se nourrir qui serait
plutôt un travail et la pêche de Gentleman pour se divertir. Ces deux personnages
seront repris par Walton, en revanche la femme de Piscator " Cisley ",
présente dans l'oeuvre de Samuel, une épouse particulièrement casse-pied, ne
sera pas reprise dans l'oeuvre de Walton.
A
noté une liste des treize qualités demandées à un pêcheur, patience, opiniatreté,
respect, etc...
Il
y a deux illustrations dans ce petit livre, la première représente une ligne
flottante faite d'un crin de cheval tressé avec deux hameçons. Du 16 si le croquis
est de grandeur réelle, difficile avec les moyens de l'époque de descendre aussi
bas. Le flotteur est formé de deux quills de plume de cygne. La seconde illustration
représente deux anneaux qui se chevauchent un peu comme un 8. Dans le plus petit,
deux anciens propriétaires du livre ont écrit leurs noms. A l'intérieur du plus
grand, on peut lire une phrase en grec. C'est le croquis d'un anneau qui aurait
été attaché aux ouïes d'un brochet le premier jour d'octobre 1230 et relaché
dans un lac proche de Haslepurn, la cité impériale de Suède. Le message écrit
par l'évêque de Worm, Johan von Dalberg était le suivant: " Je suis le
premier de tous les poissons, mis dans ce lac par Frédéric II, maître du monde
". Et Samuel d'expliquer que ce brochet fut à nouveau capturé en 1497,
soit 267 ans plus tard. " s'il n'avait pas été capturé il aurait pu
vivre encore plus longtemps " n'hésite pas à préciser Samuel. Cette
histoire vous avez pu la lire expliquer de différentes façons car elle est reprise
dans bon nombre de livres de pêche et notamment dans le "Nomenclator aquitilium
animantium" et recopié régulièrement depuis. Le plus fantastique c'est
que le squelette de ce brochet aurait été conservé dans la cathédrale de Mannheim,
et possédait un nombre assez prodigieux de vertèbres.
Ceci
nous éloigne certainement de notre pêche à la mouche, mais je pense que l'anecdote
était trop belle pour ne pas être racontée. Izaac Walton n'hésite d'ailleurs
pas à la recopier dans son livre.
Le merveilleux de cette époque était justement que le merveilleux et le fantastique
n'était jamais trés éloignés de l'Historique et du scientifique.
Les Cinq magnifiques
La période de la guerre civile (Civil War 1639-1651), outre son cortège de morts,
de tortures et d'éxils a provoquer l'apparition de cinq personnages qui écriront
de merveilleuses pages sur notre pêche à la mouche. Quel que soit le parti choisi,
il se sentiront bessés, trahis, et seront même parfois emprisonnés.
Ces
cinq personnages feront comme les grands mamifères marins qui un temps ont choisi
la vie terrestre avant de retourner, pour leur propre salut, vers les eaux salvatrices.
Ce fut le retour à la rivière pour Izaac Walton, Charles Cotton, Colonel Robert
Venables, Thomas Barker et Richard Franck. Je les ais appellé:
les Cinq magnifiques.
1659 Thomas Barker
Il
est né et a grandit dans le Shropshire. Il fut parlementaire, et bien sur pris
le parti du parlement contre son roi. Walton le citera dans son oeuvre monumentale,
ce qui à l'époque et surtout de la part de Walton, n'était pas très fréquent.
Il n'y a pratiquement rien de plus comme information sur la personne et la vie
de Thomas Barquer que le peu que lui même a révélé dans son livre.
1659 Les plaisirs de Barker ou l'art de la pêche.
Ou
sont découverts beaucoup de rares secrets pour apprendre tout les plaisirs du
loisir de prendre du poisson et de les préparer. (deuxième édition)
Ce
long titre, comme il était d'usage à cette époque, nous apprends deux choses:
la première que Thomas Barker est persuadé de connaître des secrets et qu'il
va nous les révéler. La seconde que ce sera aussi un livre de cuisine afin de
préparer ses prises. Il est imprimé par Humphrey Moseley à Londres et, comme
pour l'œuvre de Fernando Basurto, il est adressé à un personnage de noble lignée
Edouard Lord Montagne, général de la "Navy" lords commis au trésor.
La
présentation de l'œuvre est tout à fait originale car chaque chapitre est suivi
d'un résumé en vers. Même la lettre d'introduction à son noble ami est suivie
de son résumé versifié. Thomas nous apprends donc qu'il est vieux lorsqu'il
entreprends la révélation de ses secrets de pêche, "vieux tant pour
la pêche de jour que de nuit". Il nous assure qu'il a pris autant de
plaisir à monter son matériel et ses mouches que d'utiliser celui-ci à la pêche.
Barker ne connaît pas la modestie, non seulement sur la valeur de ses secrets
révélés, mais il nous précise aussi qu'il était capable de "fournir"
n'importe qu'elle table de Lords en poisson pour au moins 16 à 20 convives (plats).
Barker ne se contente pas de donner des conseils sur les différentes techniques
pour tromper toutes sortes de poissons avec toutes sortes d'appâts, il nous
livre aussi leurs recettes de cuisine accompagnée de leur résumer en vers.
Le premier moulinet
Il
est le premier à décrire l'ancêtre de nos moulinets et accompagne son texte
d'un croquis absolument incompréhensible. Il faut reconnaître que malgré la
polémique qui le sépare de Walton, pour qui il a eu des paroles très dures,
la philosophie de la pêche les fait encore coincider: "The gentlemen angler
that goeth to the river for his pleasure". Il pêche pour le plaisir et
non pour accumuler les prises.
Pour
tout ce qui nous interesse plus particulièrement, sa connaissance de la mouche,
il nous explique que "to angle with a flye, which is a delightfull sport",
c'est un sport délicieux. La canne doit être légère en un seul morceaux ou à
deux brins à emboîtements. La ligne doit être discrète et
se
terminer à deux ou trois crins de cheval. Il nous prévient quand même, et c'est
du vécu, que si l'on peut la terminer avec un seul crin, on pourra attraper
(to kill) beaucoup de poissons. Pour la pêche de nuit, il conseille une ligne
commençant par quatre brins, deux de soies mélés à deux crins de cheval et terminant
en trois brins, un de soie et deux crins.
Ayez
le vent dans le dos (méthode du dapping), afin de mesurer la longueur du lancer
et de s'assurer que la mouche arrive devant le poisson avant le bas de ligne
(ne pas couvrir le poisson). Le soleil tout comme la lune, car il pratiquait
beaucoup la nuit, doivent être en face, "ayez grand cure de celà".
Ce sont ces recommandations que l'on retrouve dans le livre de Walton.
Et
enfin la mouche:
y sont décrites toutes sortes de "palmers", palmer noir avec cerclage
de tinsel argent, palmer noir et corps orange, et la fameuse "Red Palmer"
qu'utilisaient déjà les Macédoniens d'Alien. Pour chaque mois nous avons droit
à quatre à cinq mouches décrites.
"
Il y a beaucoup de bonnes fourrures qui fournissent de bons corps: et maintenant
j'utilise beaucoup de la "laine" (bourre) de sanglier, je trouve qu'ainsi
elles flottent mieux et procure un meilleur sport".
C'est la magie de la sèche toujours recommencée ... mais en dapping. Sans peur
de se contredire, notre homme nous confie à la suite que la mouche naturelle
est plus prenante et donne plus de plaisir. Et il continue pour son Lord préféré,
une longue description des mouches naturelles et de leur capture.
Il
raconte par exemple la préparation d'un cadavre enterré avec deux ou trois jaunes
d'œuf qui ressemble à s'y méprendre à la préparation de l'italien Eugenio Raimonudi
Bresciano (1621) déjà cité. .
Un jeu d'un goût douteux
Thomas Barker nous gratifie d'un jeu qui l'a beaucoup amusé. Capturer un gros
brochet et l'attacher à un canard ou à une oie afin de les voir tirer chacun
de son côté pour se libérer "avec une panique aveugle". Heureusement
pour lui et malheureusement pour ces animaux, le cortège des défenseurs de la
nature était bien plus discret à cette époque que de nos jours.
Et
de préciser "un noble gentleman du Shorpshire le pratiquait pour amuser
ses amis".
Un secret révélé
Et
enfin dans le dernier paragraphe, l'auteur avoue un secret qu'il découvrit sur
le tard. Mais s'il l'avait découvert 20 ans plus tôt, il lui aurait fait gagner
des "centaine de livres". Un appât merveilleux, le meilleur pour la
capture des truites.
Mais
qu'est-ce donc vous dites-vous?
L'Oeuf de saumon -et oui- vraiment imbattable selon Thomas Barker, et aussi
pour nos instances de pêche qui l'on interdit partout.
1593- 1683 Isaac Walton
James Prosek, dans
son livre "The Complet Angler" raconte, comment lui, le yankee du
Connecticut, est allé en Angleterre faire un pèlerinage sur les pas de son maître,
Isaac Walton. Il écrit plusieurs fois que Walton est l'auteur d'un livre dont
tout le monde parle, mais que personne n'a lu. Je lis un autre ouvrage sur l'histoire
de la pêche à la mouche; cette fois, son auteur y affirme qu'Isaac Walton a
écrit un livre de pêche à la mouche. C'est totalement faux bien sûr car il ne
pêchait pas à la mouche.
Et
si Prosek, avec sa provocation toute américaine, avait raison?
Si
d'auteur le plus lu, Walton était devenu aujourd'hui: "celui dont tout
le monde parle, mais que personne n'a lu".

Isaac Walton naît à Stafford; Elisabeth 1ère est alors reine d'Angleterre et
Shakespeare est âgé de trente ans, il vient de publier Vénus et Adonis.
Il est impossible d'écrire quoique ce soit sur notre Walton sans
faire référence à l'histoire d'Angleterre et aux drames de la guerre civile
( 1639-1651) qui bouleverseront à jamais une petite vie bourgeoise (Yeomen en
anglais), qui pourtant, était toute tracée.
Isaac Walton est anglican,
la religion du roi. Malgré le schisme qui a séparé le christianisme anglais
de l'église de Rome, les anglicans conservent une liturgie et une pratique religieuse
toute empreinte du culte de Rome. Charles I désire l'imposer à tout le Royaume-Uni.
Les Écossais, presbytériens, refusent le dictat de Londres. Le roi demande alors
à son parlement de débloquer des fonds pour lever une armée et partir en guerre
contre l'Écosse. Le parlement refuse, et s'ensuit une vraie guerre entre le
roi et ses partisans d'un côté, et le parlement anglais allié aux Ecossais de
l'autre. En Irlande les catholiques se soulèvent aussi. Ce n'est pas un grande
guerre: les historiens comptent que chaque armée n'arrivera jamais à lever plus
de 13000 hommes. Le reste du pays préférant ignorer ces combats. Mais quand
les Écossais descendront de leurs Highlands et rentreront dans Londres, ils
décapiteront le roi. L'exécution du roi entraîne une vrai répression contre
les anglicans.
Isaac Walton est un bon bourgeois, drapier de profession[/b], que l'on pourrait
traduire plutôt par quincaillier aujourd'hui, car il vend de tout et son commerce
est florissant. C'est un intellectuel, il a déjà écrit une biographie en 1640,
"Life of Donne". C'est son premier livre. John Donne était pasteur,
poète et bien sûr anglican, très influent à son époque. Walton publiera dans
la foulée un recueil de ses sermons. Avoir écrit et publié un livre faisant
l'éloge d'un chantre de l'église anglicane pouvait coûter très cher en pleine
guerre civile. Isaac Walton, écœuré par ses contemporains qui continuent à s'entretuer,
désespéré par la mort de son roi, ferme boutique et s'exile dans le sud de l'Angleterre
demeuré plus calme. C'est le pays des Chalk-streams, autour de Winchester. C'est
là qu'il s'adonnera à l'art de la pêche à la ligne.
Libre de tout engagement familial, veuf par deux fois et ayant perdu tous ses
enfants en bas âge (7 pour son premier mariage), son commerce lui ayant permis
de mettre de côté un petit pécule, il ne vivra plus alors que pour la pêche
et pour donner libre cours à sa soif de culture.
Il fréquente les tavernes ou se réunissent pêcheurs et intellectuels,
non pas pour boire car c'est un ascète, mais pour chanter, ce qui se faisait
beaucoup à l'époque. Il publie des recueils de chanson et son Traité de pêche,
édité pour son 70ème anniversaire, est ponctué de chanson. Il rêve de réveiller
le goût de la pêche chez ses contemporains, car, tout comme ses prédécesseurs,
il est persuadé que c'est dans la contemplation de la nature et de l'œuvre de
Dieu que l'on atteint la plénitude d'esprit. Il publiera de nombreuses autres
biographies, notamment celle d'un autre grand poète, qu'il a connu et fréquenté:
Georges Herbert, grand musicien de surcroît.
Bien qu'il ait mis autant de cœur et de sérieux
dans la rédaction de son ouvrage de pêche que dans ses biographies, il
n'est pas sûr que Walton ait pu penser un seul instant que ce serait s
deux monumentales biographies de Paul Valéry et d'Aragon et qui soit reconnu
surtout comme étant l'auteur d'un traité de pêche.
Je
n'ai pas pu savoir, malgré de nombreuses recherches, si l'édition à cette époque
pouvait permettre une certaine aisance financière.
Gageons qu'Isaak Walton su gérer sa bonne fortune, ce
qui lui permis de vivre et pêcher une grande partie de sa vie. Il la quitte
un 25 décembre à 90 ans, un âge plus que respectable aujourd'hui, mais qui était
un véritable record à son époque.
Peut-être avait-il raison lorsqu'il prêchait qu'une vie saine de contemplation
et de pêche portait à l'éternité. Saura t'on être assez sage pour suivre son
exemple?

Vitrail
de la chapelle ou est entérré Izaac Walton a Winchester. Une aquarelle de James
Prosec tirée de son livre " The complete angler", publié avec l'aimable
autorisation de l'auteur.
1653
The Compleat angler or The contemplative man's recreation.
or the complative man's recreation:
being
a discourse of rivers, fishponds, fish, and fishing not unworthy the perusal
of most anglers
"
C'est la doctrine de l'art pour l'art, chanté par un classique pêcheur à la
ligne et si grand artiste qu'il chantait en un anglais le plus doux et le plus
musical qui soit".
Miguel Unamuno ( Essais 1904)

The
complete angler, première page, col. Agustí Jausas Barcelona.
1653
date de la première édition, puis sans cesse rééditée avec corrections et additifs,
jusqu'a l'édition du texte définitif en 1676, 300 ans plus tard on comptera
plus de 400 réeditions de ce livre.
La
pêche à la mouche n'apparaît que dans la cinquième édition, du vivant de Walton,
mais le chapitre est signé par son grand ami, Charles Cotton et a été réédigé
à la demande de Walton lui-même.
Le parfait pêcheur à la ligne ou le loisir de l'homme contemplatif.
Je
ne peux commencer ce texte sans préciser, comme l'ont déjà fait tous ceux qui
ont écris sur l'œuvre d'Isaac Walton, que c'est le livre qui a été le plus édité
et réédité au Royaume-Uni après la bible ... et ce qui est malheureusement toujours
oublié, après les oeuvres complètes de l'incomparable Shakespeare. Les pêcheurs
s'adonnent à un jeu puéril: la capture du poisson que les non-pêcheurs ont toujours
tendance à ridiculiser ou à minimiser. Ces multiples rééditions, dans un pays
aussi culte que le Royaume-Uni, donnent à notre passion de véritables lettres
de noblesses en même temps qu'elles soignent notre complexe de sportif non reconnu.
"Le
parfait pêcheur à la ligne ou le divertissement du contemplatif" est
une conversation entre un pêcheur passionné "piscator" (en fait Izaac
Walton lui-même) et celui qui deviendra son disciple "Venator" le
chasseur. Il le convertira au fil des pages non seulement à la pêche à la ligne,
noble sport, mais à la philosophie de cet art. Ce qui donne à cette œuvre de
divulgation et d'apprentissage toute sa fraîcheur et tout son attrait. Attrait
qui dépassera largement le seul cercle des amateurs de pêche à la ligne.

Illustations "The Complete angler" Troisième édition, deuxième partie
signée par Charles Cotton. Col. A. J. Barcelona.
D'autres personnages interviennent dans la conversation: Coridon, Arceps un
autre chasseur, Maudlin la laitière, une Hôtesse. Il existe un tel culte pour
cette oeuvre en Angleterre que des statuettes de tous ces personnages existent
pour décorer les bibliothèques. Mais Vénator le disciple (scholar), est le personnage
le plus important après Piscator. Comme l'aragonais Fernando Basurto et William
samuel qui ont utilisé ce style littéraire avant lui, le livre est présenté
sous la forme d'un dialogue d'abord entre Piscator, Venator et Auceps, le fauconnier.
On a voulu trouver dans l'œuvre de Walton, une copie ou pire un plagiat de ces
deux œuvres précédemment citées, je préfère dire qu'il s'en est inspiré sans
doute, car l'œuvre de Walton est tellement originale et complète quelle mérite
largement les éloges qu'elle a reçues au fil des siècles.
Piscator s'est dépêché pour rattraper ses deux acolytes sur la route de Ware.
Il veut les convaincre que l'art de la pêche est bien supérieur à leur deux
occupations princières. Mais ce sont ses deux amis qui ouvrent le feu:
Venator: … j'ai suivi bien des meutes pendant des milles et des milles: or
j'ai entendu beaucoup de joyeux chasseurs plaisanter et railler les pêcheurs
à la ligne.
Auceps: pour moi, je me proclame fauconnier et j'ai entendu nombre d'hommes
sérieux et graves assurer qu'ils les tenaient en pitié tant leur divertissement
est triste et méprisable.
Piscator: Il est facile, messieurs, vous le savez, de railler quelque art
ou divertissement que ce soit, il suffit, pour cela, d'un peu d'esprit mêlé
à quelque méchanceté, confiance en soi et perversité naturelle… que les railleurs
continuent de railler si bon leur semble; qu'ils persistent à s'inscrire parmi
les moqueurs; mais je les tiens alors pour ennemis et de ma personne et de tous
ceux qui aiment la vertu et la pêche à la ligne …. Monsieur, nous jouissons
d'un bonheur bien supérieur à celui auquel de pareils tempéraments peuvent atteindre".
D'autres personnages interviennent dans la conversation: Coridon, Arceps un
autre chasseur, Maudlin la laitière, une Hôtesse. Il existe un tel culte pour
cette oeuvre en Angleterre que des statuettes de tous ces personnages existent
pour décorer les bibliothèques. Mais Vénator le disciple (scholar), est le personnage
le plus important après Piscator. Comme l'aragonais Fernando Basurto et William
samuel qui ont utilisé ce style littéraire avant lui, le livre est présenté
sous la forme d'un dialogue d'abord entre Piscator, Venator et Auceps, le fauconnier.
On a voulu trouver dans l'œuvre de Walton, une copie ou pire un plagiat de ces
deux œuvres précédemment citées, je préfère dire qu'il s'en est inspiré sans
doute, car l'œuvre de Walton est tellement originale et complète quelle mérite
largement les éloges qu'elle a reçues au fil des siècles.
Piscator s'est dépêché pour rattraper ses deux acolytes sur la route de Ware.
Il veut les convaincre que l'art de la pêche est bien supérieur à leur deux
occupations princières. Mais ce sont ses deux amis qui ouvrent le feu:
Venator: … j'ai suivi bien des meutes pendant des milles et des milles: or
j'ai entendu beaucoup de joyeux chasseurs plaisanter et railler les pêcheurs
à la ligne.
Auceps: pour moi, je me proclame fauconnier et j'ai entendu nombre d'hommes
sérieux et graves assurer qu'ils les tenaient en pitié tant leur divertissement
est triste et méprisable.
Piscator: Il est facile, messieurs, vous le savez, de railler quelque art
ou divertissement que ce soit, il suffit, pour cela, d'un peu d'esprit mêlé
à quelque méchanceté, confiance en soi et perversité naturelle… que les railleurs
continuent de railler si bon leur semble; qu'ils persistent à s'inscrire parmi
les moqueurs; mais je les tiens alors pour ennemis et de ma personne et de tous
ceux qui aiment la vertu et la pêche à la ligne …. Monsieur, nous jouissons
d'un bonheur bien supérieur à celui auquel de pareils tempéraments peuvent atteindre".

Illustration du Compleat Angler Col. Privée Agustí Jausas
Il
explique toutes les techniques de pêche en cours à cette époque et présente
tous les poissons un par un, les appâts pour les prendre, et surtout leur mode
de vie, leurs goûts et trouve à tous des qualités et des vertus bien particulières.
Pour les insectes, les notions entomologiques de l'époque en surprendront plus
d'un. Mais si certaines éphémères ne naissent pas dans les gouttes de certaines
rosées du matin (citation de Pline) avouez que ces petites fées de nos ruisseaux
le mériteraient amplement.
Enfin, Walton est un épicurien, dans le sens noble de la parole, tel que Michel
Onfray les décrit; c'est-à-dire qu'ils savourent la vie, qu'un simple bout de
fromage ou une tranche de porc salé mangés en bonne compagnie au bord d'une
rivière après une partie de pêche, c'est la recette du bonheur. Il raille les
riches qui travaillent pour accumuler des richesses et ne savent pas profiter
des choses simples qu'offre la nature: "La terre n'est pas a ceux qui
la possèdent mais à ceux qui savent l'observer et l'aimer".
En
deux mots: aux contemplatifs.
Bibliographie:
THE
LIFE AND DEATH OF DR. DONNE, 1640 (revised and enlarged in 1658)
THE
LIFE OF SIR HENRY WOTTON, 1651
THE
COMPLEAT ANGLER, 1653 - Oivallinen onkimies
THE
LIFE OF MR. RICHARD HOOKER, 1665
THE
LIFE OF MR. GEORGE HERBERT, 1670
THE
COMPLETE WORKS, 1929
IZAAK WALTON: SELECTED WRITINGS, 1997
La mouche chez Izaac Walton

Une
des dernières éditions de 2005
Coachwip publications
Landisville, Pennsylvania
Quel
bonheur pour nous pêcheurs, que d'avoir Walton comme avocat. Le langage est
d'une fraîcheur et d'une modernité qui rend difficile le choix de textes.
Walton cite Montaigne, Salomon, Pline, la Bible… il recopie des poésies, conte
des légendes et des anecdotes à profusion, loue le souvenir de pêcheurs célèbres
et retranscrit les paroles de nombreuses chansons qu'il chante au bord de l'eau
pour son disciple. Walton adorait la chanson qu'il pratiquait avec ses amis
dans les tavernes et vouait une véritable passion pour la musique; il cite d'ailleurs
Mgr. Waller et son éloge de la musique. Walton est un érudit assoiffé de culture,
et toute cette érudition n'a qu'un but: louer les rivières et leurs habitants
et donner à tous le goût de la pêche.

Izaak
Walton
Venable: " Et, maintenant, mon bon maître, venez-en aux renseignements
que vous m'avez promis sur la fabrication et l'ordonnance des mouches artificielles".
Piscator: "remarquez qu'il existe douze sortes de mouches artificielles
avec lesquelles on peut pêcher à la surface de l'eau. Notez en passant que le
moment le mieux approprié à leur emploi est un jour orageux et venteux où les
eaux sont à ce point troubles que la mouche naturelle ne peut ni être vue ni
posée sur les ondes"
Izaac Walton n'était pas pêcheur à la mouche, aussi prend-il ses précautions
avec de traiter de ce thème et précise les noms des grands moucheurs du moment
qui l'on renseigné sur cette pratique. C'est grâce à eux qu'il a rédigé ce chapitre.
Mais
il tient l'art de la mouche en haute estime:
"Je l'avoue, il est impossible de donner des indications permettant à un
homme de faible intelligence la fabrication d'une mouche de belle allure".

Il
décrit douze mouches, en fait ce sont encore et toujours la copie conforme de
celles de Dame Julyana Berners. Il précise qu'elles suffisent pour prendre du
poisson toute l'année "bien qu'un gentleman ne peut attraper de truites
de noël jusqu'en mars".
Mais
il précise quand même :
"
... un intelligent pêcheur à la ligne pourra se promener sur le bord de la rivière
et repérer les sortes de mouches qui tombent sur la rivière ce jour-là, et qu'il
en attrape une s'il voit les truites foncer sur une mouche de cette catégorie.
Et puis il aura toujours sur lui des hameçons prêts et une gibecière contenant
des poils d'ours ou ceux d'une génisse brune ou de quelque couleur mélancolique
(sic), des plumes de coq ou de chapon, plusieurs écheveaux de soie colorée ou
des pelotes de laine pour fabriquer le corps des mouches, du plumage d'une tête
de canard, de la laine de mouton noir ou brun, de la laine de verrat .... etc."
"
.. et s'il parvient à fabriquer sa mouche en de bonnes conditions, et s'il a
la chance aussi de rencontrer une bande de truites par une journée obscure et
par un vent convenable, il en prendra de telles quantités que cela l'encouragera
à devenir de plus en plus amoureux de l'art de la fabrication des mouches".
Et
le disciple et fougueux Vénator de conclure: " ... alors j'exprime le
vœux de me rendre en Laponie pour y acheter un bon vent à une des honnêtes sorcières
qui vendent là-bas des vents et à si bon marché!". Remercions les,
car nous savons maintenant ce qu'il nous reste à faire si le temps ne se porte
pas à la pêche à la mouche .....

Illustration de "The Complete Angler" troisième éditon. Col. A. J.
Barcelona
Puis
viennent les conseils de présentation: ne pas faire draguer la mouche ou tisser
un bas de ligne en crin de cheval le plus fin possible afin qu'il ne soit pas
vu du poisson.
Conclusion
Walton, en glorifiant l'art de prendre du poisson, le transformera en "passe-temps
honorable" de la noblesse et de la haute bourgeoisie (qui tend toujours
à lui ressembler). Pour cette raison, les rivières du Royaume-Unis et leurs
habitants aquatiques seront toujours respectés et "contemplés" avec
d'autres yeux que sur le continent. Les merveilleux Chalk streams de l'Hampshire
seront ennoblis et surtout adorés comme de véritables joyaux.
L'emblématique Test river entre dans Southampton, ville immense, et ressort
aussi claire et pure qu'elle y est entrée. Ce qui est impensable chez nous.
En France, la pêche sera considérée pendant des siècles comme une simple cueillette
tout juste bonne à se nourrir gratuitement. Nos rivières seront, jusqu'à nos
jours, de simples voies gratuites et fortuites pour éloigner nos déchets et
nos souillures de notre devant-de-porte. En Espagne, et malgré une littérature
halieutique précoce, ce loisir considéré décadent y sera extrêmement mal vu,
au contraire de la chasse par exemple. Un vrai passe temps de fainéants. Les
rivières y seront désertes pendant des décennies ce qui sera un véritable bonheur
pour les Français qui auront su les découvrir à temps. Mais, aujourd'hui encore,
la plupart des villages espagnols et catalans déversent dans leurs cours d'eau
toutes leurs eaux usées. Pourtant les rivières du Léon ou le magnifique Sègre,
une fois propre, n'auraient rien à envier aux meilleurs Chalk-streams anglais.
Dans
les pays nordiques et en Autriche, on saura se réveiller à temps, mais dans
le seul soucis d'attirer un tourisme fortuné. En France, le tourisme-pêche ne
sera jamais pris au sérieux malgré un réseau hydraulique remarquable.
Tout
cela parce que nous n'aurons pas eu d'Isaac Walton, ou peut-être parce que nous
l'avons découvert beaucoup trop tard.

Références:
Le
parfait pêcheur à la ligne
Izaac Walton
Edition: Jerome Millon 134 chenin de l'étoile 38 330 Montbonnot-St-Martin
The
Complete angler
A
connecticut yankee follows in the footsteps of Walton
James Prosek
Edition: Harper Collins Publishers
The
compleat angler
Izaak Walton
Ed:
Jonquil Bevan 1993
Le
parfait pêcheurs à la la ligne
Miguel de Unamuno
Essais 1904
The
origins of angling: An inquiry into the early history of fly fishing with a
new printing of "The treatise of fishing with an angle".
John
Mc Donald
New
York: Lyons and Buford 1997
Charles Cotton (28 avril 1630 - février 1687)
Charles Cotton n'est qu'un adolescent lorsque éclate la guerre civile, et il
a 19 ans lorsque le roi sera décapité. Il le vivra comme une tragédie.
Contrairement à Izaak Walton qui est un grand intellectuel mais autodidacte,
Charles Cotton est né dans une famille de grands propriétaires terriens et fit
de grandes études dans les meilleures écoles anglaises. Il connaît l'italien
et le français aussi bien que les grands classiques.
Son
père fréquentait déjà les milieux littéraires de l'époque. A la mort de celui-ci,
il hérite de grandes propriétés a Bentley et Beresford. Cette dernière traversée
par la Dove river, une excellente rivière à truite et ombres. Il s'y essaiera
avec succès à l'art de la pêche à la mouche et à l'étude des " May Flies
" dans le sens que lui donne les anglo-saxons, c'est à dire les éphémères
en général.
Lorsque Cromwell meurt la monarchie est restaurée et Charles Cotton est appelé
à servir son nouveau roi. Il vit alors entre Londres et ses propriétés, mais
la pêche avec son ami Izaak Walton le passionne autrement.

Illustration "The Complete Angler Troisième édition, deuxième partie signée
par charles Cotton. Col. A. J. Barcelona.
Grand intellectuel, passionné par les Essais de Montaigne. Il leur consacrera
trois volumes d'études après les avoir traduits en anglais*. Mais son premier
livre publié est une satire érotique "Scarroniches" ou le Virgile
travesti qui lui valu autant de critiques négatives qu'il eut de succès. Jusqu'à
15 rééditions de son vivant.
Malheureusement, la pêche, la poésie ou il excelle et connaît un succès certain
et la pêche à la mouche, cela ne nourrit pas son homme. A la mort de sa première
femme qui le laisse avec huit enfants, il refait un "beau" mariage
qui le sauve de justesse de la banqueroute. Il publie ses poèmes "The wonders
of the people" ou l'on retrouve c'est amour épicurien de la vie, de la
nature et le plaisir de se retrouver entre amis. Un goût qu'il partage avec
Izaak Walton.

Charles
Cotton
Les
biographes de ses deux compagnons inséparables se demandent encore aujourd'hui
si leur amitié est née après une rencontre à la pêche sur la rivière Dove. Nous
pouvons être sur que malgré la différence d'âge, ces deux personnages hauts
en couleurs étaient fait pour se rencontrer comme Montaigne et La Boètie. Si
aujourd'hui la rencontre de pêcheurs capables de discourir des heures sur la
chute de cheval de Montaigne et son influence sur sa perception de la mort est
plus que rare, imaginez au dix septième siècle dans la campagne anglaise! Walton
et Cotton partageait aussi cette passion.
Tous
deux, ils bâtirent un temple de pêche sur les bords de la rivière Dove, à Beresford
Dale près de Hartington, ils le baptisèrent "Piscatorium Sacrum".

Le
Fishing temple d'Izaac Walton et Charles Cotton, une aquarelle de James Prosek
publiée dans son livre "The Complete angler". Avec l'aimable autorisation
de l'auteur.
Situé sur les terrains privés d'un propriétaire plutôt irascible,
agacé d'être constamment sollicité par des pêcheurs rêvant de voir de près ce
lieux de pèlerinage. Le bruit courrait que le "Fishing Temple" avait
été détruit. Il n'en est rien, l'écrivain James Prosek, lors du tournage d'un
film sur la vie d'Izaak Walton, a eu l'autorisation, de le filmer. On peut l'y
voir s'asseoir et méditer sur le même banc où Walton et Cotton le faisait il
y a plus de trois cents ans.
A
la demande de Walton, Charles Cotton rédigera le chapitre sur la pêche à la
mouche qui viendra enrichir la cinquième édition du "Perfect Angler".
Il a pour titre " Instructions pour la pêche de la truite ou de l'ombre
en eau claire " (1676). Sur la couverture les initiales des deux pêcheurs
reproduisent le sigle gravé au dessus de la porte du "Fishing Temple".

Les
iniciales du Y et W et des deux C mélés de Yzaak Walton et Charles Cotton
Malheureusement, le temps impartie à la pêche ne se transforme jamais en espèces
sonnantes et trébuchantes, et quelques 6 ans avant sa mort (à peu près au moment
de la disparition de Walton), Charles Cotton est obligé de vendre ses propriétés
du Staffordshire et surtout la Dove River, sa "Home River".
La
dilapidation de l'héritage familial lui aura permit de vivre exactement comme
il le désirait se partageant entre ses amis, la pêche à la mouche et la littérature.
Il
est enterré dans la St. Jame's church de Picadilly à Londres.
*
Une des dernières rééditions des Oeuvres de Montaigne par Charles Cotton
a été illustrée entièrement par Salvador Dali, autre grand amateur de notre
philosophe gascon.
1676: Instructions pour la pêche de la truite ou de l'ombre en eau claire.
En
Espagne, nous l'avons vu, les mouches ont connues une évolution et une transformation
constante jusqu'aux mouches excessivement compliquées du Manuscrit d'Astorga.
Étrangement en Angleterre elles ne connurent aucun changement pendant les 400
ans qui séparent le manuscrit de Dame Julyana et les écrits de Charles Cotton.
Cotton continue donc l'œuvre de Walton, dans le même style littéraire. Piscator
rencontre Viator sur son chemin, le premier qui n'est autre que Charles Cotton
lui-même confie au second qu'il connaît Walton et qu'il le tien pour la personne
la plus merveilleuse au monde. Du égard à son âge il l'appelle père. Viator,
en verve de confidence lui dit en retour qu'il n'est autre que le Vénator de
l'œuvre de Walton, le fameux disciple initié aux choses de la pêche. Ce clin
d'œil en chassé croisé entre personnage réel et fiction sera la seule entorse
humoristique que se permettra le très sérieux Charles Cotton. Il profite quand
même de l'aubaine d'être aussi attentivement écouté pour décrire le havre de
pêche qu'il a construit avec Walton. Preuve, s'il en fallait, de l'importance
qu'il donne à cette construction, alors qu'il possède sur ses terrains quantité
de dépendances.
Il
décrit les rivières de son territoire, car Viator est un pêcheur de rivières
Londoniennes. Il explique les mœurs de la truite et de l'ombre, mais avoue que
si Thimalus est excellent dans l'assiette, il le tient pour un poisson "au
cœur le plus inactif et inerte du monde". Car plus grand il est, plus facile
en est sa capture (il se fatigue vite au bout de la ligne). Jugement que nos
inconditionnels de la pêche de l'ombre n'apprécieront sans doute pas.
D'après lui, les eaux du Dove sont " les plus claires, et les plus propres
du royaume, et cette excessive transparence oblige à pêcher avec des appâts
(imitations) plus petits et à se tenir plus éloigné des berges que partout ailleurs.
Dans
sa longue description des mouches à utiliser pour chaque mois de l'année, le
lecteur découvre, pour la première fois, qu'il existait différents montages
et monteurs suivant les régions pêchées. Que les mouches vendues à Londres étaient
bien trop fournies aux goûts de Cotton. La Yelloxw Dun, Little Brown, Brigh
Brown, Dark Brown ont toutes été utilisées jusqu'a nos jours. Les matériaux
utilisés sont de plus en plus complexes aussi, de la soie d'oreille de porc
aux poils "violets" de chèvres angoras en passant par les poils de
chien, et bien sur tous les oiseaux possibles et imaginables.
Enfin, Viator apprends à pêcher, mais lorsque Cotton lui enseigne de rejeter
les truites trop petites celui-ci s'y refuse absolument. "Elles sont à
moi". Vieux dilemme!

Joseph Crawhall illustration in Izaak Walton: His Wallet Booke (London, 1885)
Et
comme jadis à fait un roi anglais, qui, au milieu d'un champ de bataille, offrit
son royaume pour un cheval, Viator casse sur une belle truite et jure qu'il
aurait donné sa couronne pour ce magnifique poisson. Clin d'œil à l'histoire
d'Angleterre ou à l'œuvre immortelle du contemporain Shakespeare?
Rappelons que la mouche montée et dressée directement sur un bas de ligne en
crin de cheval demandait au pêcheur une adresse et une patience à toute épreuve.
Piscator rassure son ami en lui disant qu'il lui donnera tout le matériel et
les explications nécessaires pour faire ses mouches lui-même, car "le plaisir
d'attraper un poisson sur une mouche faite soi-même et bien supérieur à celui
d'en capturer vingt avec la mouche d'un autre". Viator tombe en admiration
devant le matériel de pêche de Cotton-Piscator, "aucune boutique de
Londres ne peut en réunir autant".
Charles Cotton pêchait avec une canne de 10 à 12 mètres, un record à l'époque,
comme elle était de bois et à emmanchements, elle devait peser un poids considérables.
Il ne faut pas se laisser tromper par son portrait de noble en perruque. Il
devait être taillé comme un lutteur de foire.
Mais
il confie à Viator que la canne de ses rêve est fabriqué et vendue dans le Yorkshire,
elle est souple, légère, en huit brin de bois de pin. Le bois est huilé, et
peint comme le préconise, Walton dans ses écrits. Renforcée par de la soie et
maintenue dans un endroit sec, elle pouvait durer plusieurs parties de pêche.
Car les pêcheurs cassaient beaucoup de cannes. Quelquefois plusieurs dans la
même partie de pêche. La ligne doit toujours se terminée par deux crins de cheval
tressé, il faut rajouter un brin tout les trente centimètre et terminer par
sept brins. La ligne doit être de la même longueur que la canne sauf si le vent
est fort, il faut alors en profiter pour pêcher plus loin.
Mais
Charles Cotton n'est pas ami de Walton par hasard, il est tout comme lui un
disciple d'Épicure. Il laisse Viator continuer sa pêche et court cuisiner le
poisson déjà capturé. Et comme Viator lui jurera qu'il n'a jamais rien mangé
d'aussi bon que ses truites et ombres, Piscator en profite pour nous donner
toutes ces recettes. La pêche pour Walton et Cotton ne se conçoit que dans les
preuves de camaraderie, le partage du savoir et assis sur les berges d'une jolie
rivière en rompant le pain pour savourer un bout de fromage en toute amitié.
Autre comparaison que je ferais avec l'Espagne de l'époque, la noblesse anglaise
à l'air beaucoup moins prétentieuse et collet-montée, elle cuisine, elle discours
avec des roturiers pêcheurs presque d'égal à égal, et elle s'émerveille devant
les choses simples que nous offrent la vie. Rien à voir avec une noblesse castillane,
élitiste et hautaine qui oblige le petit peuple à s'adresser à elle avec déférence
et soumission. En tout cas dans notre petit monde de la pêche à la mouche.
1653: Instructions how to angle for a trout or a grayling in Clear Stream
1624
- 1690 (environ) Richard franck
Né
a cambridge, sous le règne de James VI. Il se différencie de ses contemporains
passionnés de pêche, Charles Cotton ou Izaac Walton, par sa très petite éducation.
Ses études ayant été interrompues par la Guerre Civile où il servira dans la
cavalerie au grade de capitaine.
A
la grande différence des autres auteurs halieutiques de son époque, il pratiquera
ce que l'on appelle aujourd'hui le voyage de pêche. Il écrit un premier livre
" Northern memoirs" dans lequel il raconte un voyage en Ecosse, ce
qui était à l'époque toute une expédition. Il fallait deux jours et demi pour
faire Londres-Birmingham. Richard Franck est un pêcheur de saumon à la mouche,
et décrira son art, ses techniques et ses parties de pêche avec force anecdotes.
Il partira aux Amériques à la mort de Cromwel et ce sera très certainement un
des premiers a y pratiquer la pêche sportive. Il y écrira deux autres livres.
Autre différence avec ses contemporains Charles Cotton et Izaac Walton, si le
retour de la monarchie au Royaume-Uni réjouira ces derniers, Richard Franck,
lui, déjà engagé auprés des troupes gouvernementales et tout empreint de culture
libérale américaine vivra cela comme une véritable tragédie. Il retournera quand
même finir sa vie en Angleterre pour y publier ses livres. Le premier ayant
était écrit près de trente ans auparavant.
1658 Northern Memoirs.
Richard Franck pratiquait la pêche du saumon à la mouche, et fut très certainement
un des premiers à en faire une spécialité. Il est en tout cas le premier à décrire
son art et à expliquer en détail ses techniques. Comme chacun le sait, le saumon
ne se nourrissant pas en eau douce, sa pêche est très complexe et aléatoire.
Comment provoquer son agressivité, sa curiosité ... ou réveiller chez lui ses
sens ataviques de nutrition? Richard Franck nous fait par de ses réflexions,
quelque fois très empiriques et raconte avec forces détails et anecdotes ses
parties de pêche. Imaginez un seul instant, qu'il fut très certainement le premier
à pêcher, seul, les rivières à saumon d'Amérique du nord. Ces rivières n'avaient
pratiquement pas changé depuis l'aube des temps. Même avec un matériel très
archaïque, ces parties de pêche devaient être homériques ce qu'il se plait à
nous raconter.
Il
pêchait avec une canne de noisetier, recouverte de cuir ou de parchemin peint.
Comme on le faisait en Angleterre à cette époque. Malgré le poids, c'était des
cannes à une main. La ligne était faite de crins de cheval tressés. Une des
techniques employée lorsque l'on piquait un gros saumon, et surtout si la morphologie
de la rivière s'y prétait, on jettait la canne à l'eau. Le saumon se fatiguait
à la tirer derrière lui, et lorsque le pêcheur jugeait qu'il était éreinté,
il lui suffisait de récupérer sa canne comme il pouvait. La ligne pouvait être
attachée directement à la canne, ou à une lanière de cuir souple. Cette dernière
reliant le bas de ligne à la pointe de la canne, c'était en fait l'ancêtre d'une
soie et d'une queue de rat dégressive. Il fallait alors pêcher avec le vent
dans le dos pour aider le posé. Mais, Richard Franck décrit aussi une autre
technique. La canne possédait alors un seul anneau de pointe ou circulait librement
la lanière de cuir, le pêcheur gardant en main un réserve qu'il lâchait ou récupérait
au moment du lancer, ou qu'il utilisait au moment du combat avec le poisson.
Il décrit aussi l'ancêtre de nos moulinets, s'apparentant plus à la pêche au
cadre, mais qui pouvait être fixer à n'importe quel point de la canne.

Croquis du moulinet par Richard Franck (Michigan University)
Manier un tel matériel seulement quelques heures devait être absolument épuisant,
Richard Franck raconte des journées entières de pêche, ce devait être un véritable
athlète.
Colonel
Robert Venables (1612/1613-1687)
T
H E
Experienced Angler:
O
R
ANGLING
IMPROVED.
B
E I N G
A
general Discourse of Angling;
Imparting many of the aptest wayes
and
choicest Experiments for the
taking of most sorts of Fish in
Pond
or River.
______________
L
O N D O N:
Printed for Richard Marriot, and are to be sold
at
his Shop in St. Dunstan's Church-yard,
Fleet-street. 1662.
______________
Jusqu'a son mariage et la naissance de ses huit enfants, il n'existe aucun document
sur Robert Venables. Il est parlementaire du gouvernement Anglais quand celui-ci
se soulèvera contre son roi pour sauver les institutions anglaises. Il fera
parti de la première vague des emprisonnés. Ce qui déclenchera les hostilités.
Jouissant d'un grand prestige il sera promu au rang de colonel et sera envoyé
en Irlande par Cromwell pour "pacifier" cette île qui avait profité,
une fois encore de la guerre civile, pour se révolter contre la Grande-Bretagne.
Il termine la guerre au rang de général et il est envoyé aux Indes. Mission:
mettre en pratique un plan d'attaque des troupes espagnoles et de colonisation
ensuite, préparé pas Cromwell lui-même. C'est un premier échec. Il attaque alors
Hispaniola (avril 55), nouvel échec. Il jette alors son dévolu sur la Jamaïque,
autre échec cuisant. Malade, il rentre en Angleterre, mais Cromwell est bien
décidé de lui faire payer ces échecs successifs. Le parlement l'accuse de désertion
et le fait emprisonné dans la fameuse Tour de Londres. Libéré quelques semaines
plus tard, il est dégradé (de général à colonel). Écœuré, il mets fin à sa carrière
militaire et politique. Il se retire définitivement à Cheshire ou il ne se consacrera
plus qu'a la pêche. Son expérience, ses déductions et ses pensées halieutiques
seront résumées dans un petit livre au très long titre: " The experience'd
angler:or angling improv'd. Being a general discourse of angling:imparty many
of the aptest wayes and choicest experiments for the taking of most sorts of
fish in pond or river" .
1662 The experience'd angler: or angling improv'd
Comme chez Berners, Walton et Basurto, qu'il aura sans doute lu, Robert Venables
note que le pêcheur est d'un naturel plus calme que les chasseurs ou les fauconniers.
Mais le corps du livre est destiné surtout à l'apprentissage de la pêche. Nous
ne sommes pas là pour philosopher .
Comment fabriquer son matériel, ligne, hameçons et canne. Liste des mouches
artificielles et leur description. Appâts divers et leur préparation et listes
des poissons auquel ils sont destinés.
Il
conseille d'imiter les couleurs de l'insecte naturel et précise qu'il faut respecter
les proportions de l'insecte. Avec les hameçons grossiers façonnés sur des aiguilles
de cordonniers ce ne devait pas être chose facile.

Frise
du livre de Venable avec un dessin de moulinet, le premier aussi net. (Michigan
University)
Il
nous fait part du résultat de ses heures d'observation au bord des rivières
pour nous étudier la vie et mœurs des différents poissons (ou insectes) qui
les habitent: saumon, truite, perche, gardon, brème, carpes, anguilles .etc..
Il est le premier à traiter de techniques de pêche en lac.
Au
détour d'une phrase, sans doute influencé par ses prédécesseurs il y va de sa
petite phrase moralisatrice, " il faut savoir être charitable avec les
malades et les indigents" mais c'est sans grande conviction. Il faut dire
que toute sa vie il aura été très négligeant avec ses propres enfant qui avaient
perdu leur mère en bas-âge. Il est étrange de ressentir à travers ces pages
la désillusion et le mal être dans lequel se débat son auteur.
Son
livre connaîtra six rééditions de son vivant, toutes remaniées légèrement.
Izaac Walton connaît l'œuvre de Robert Venables et la citera plusieurs fois,
mais il ne se rencontreront jamais, peut être à cause de leur position diamétralement
opposée pendant la guerre civile.
Ironie du sort et surtout de la mauvaise volonté des autochtones à se laisser
envahir, ce militaire engagé dans des guerres coloniales au bout du monde aura
laissé son nom dans l'Histoire uniquement pour ses écrits et la grâce de sa
passion pour la pêche.
1681 : Chetham "Angler vade-mecum",
première apparition d'une imitation de March Brown, appelée Moorish Brown, montée
avec un corps en laine d'oreille de mouton soie rouge et une aile en perdrix.
Une vingtaine de montage qui perdure encore aujourd'hui.
1724:
Jaumes Saunders "The compleat fisherman".
Il
explique avec envie que des Suisses et des Nords-Italiens pêchent avec un fil
très fort et très fin ayant la consistance d'un cheveux. Il serait constituait
du fil de vers à soie (tripe) et serait si fort qu'aucun fil dans la nature
ne pourait l'égaler en de si petit diamètre. Il a bien raison de préciser "dans
la nature" - encore que des araignées tissent une soie bien plus résistante
- car l'arrivée du nylon et ses incroyables propriétés fera tomber le "gut"
dans l'oublie.
1747::
Bowlker " Art of angling". Une trentaine d'artificielles, sa March
Brown est telle qu'elle est montée aujourd'hui, oreille de lièvre et annelure
en soie jaune, hackle de perdrix et aile en poule faisane.

"Art
of angling" de Bowlker
1753 Les ruses innocentes
dans
lesquelles se voit comment on prend les oiseaux passagers, et les non passagers,
et de plusieurs sortes de bestes à quatre pieds, avec les plus beaux secrets
de la pesche dans les rivières et dans les estangs et la manière de faire tous
les rets et filets ....
signé François Fortin ed: 1660, 1628, 1695, 1700.

Tout
d'abord publié à Amsterdam sous le titre de "Traitté de toute sorte de
chasse et pêche". C'est un livre extrèmement important pour tous les historiens
et chercheurs travaillant sur la France de cette époque. C'est un recueil de
conseils d'agriculture et de vie champêtre, il inclu le livre "Les ruses
innocentes" de (1660). Mais cette première édition ne comporte encore aucune
trace de pêche à la mouche. C'est ouvrage est recopié et publié à nouveau en
1709, puis réédité encore sous le titre: " Les Amusements de la campagne"
en 1753 et 1826 signé: F.F.F.R.D.G., dit le solitaire inventif.[/center](frère
François Paulin Desormeaux).

FFFRDG
[Pseud. för Francois Fortin]:Les ruses innocentes
C'est cette dernière édition revue, corrigée et amplifiée qui comporte alors
un paragraphe sur la mouche:
"
Il y a des mouches vives, dont on se sert aussi pour cela (capturer les poissons).
D'autres forment au mois d'Avril une certaine espèce de mouche artificielle,
dont le corps est comme garni de soie rouge, qui a la tête verte, et y mettent
les plumes d'une poule rousse. Dans le mois de Mai ils en font une couverte
aussi de soie, mais elle est de couleur rouge, et avec des filets (tinsel) tirant
sur l'or, la tête est noire, et on y joint les plumes rouges d'un chapon. La
mouche qu'ils inventent au mois de juin, a le corps couvert d'une soie bleue
et d'un jaune doré, la tête pâle, et les ailes faites de plumes qu'on trouve
sous les ailes des perdrix. Au mois de juillet le corps de cette mouche artificielle
est de soie verte et titrant sur l'or, la tête doit être bleue, et les ailes
faites de plumes de couleur pâle. cette mouche en août est composé des plus
longues plumes de paon, la tête en est jaune, et les ailes faites avec les plumes
qu'on trouve au milieu des ailes d'un faisans. On prétends, et gens qui l'ont
éprouvé, assurent qu'avec ces sortes d'appâts on pêchoit heureusement les truites
à l'hameçon, et que ces poissons attirés par ces différentes couleurs, selon
les différents temps, donnoient facilement à l'amorce. La truite mérite qu'on
éprouve ces secrets, dit l'auteur des "[i]Amusements de la pêche et de
la chasse, tome 2, page 239." [/i]
Beaucoup d'écrivains-pêcheurs français ont voulu voir dans ce livre le premier
livre de pêche à la mouche authentiquement français. Malheureusement c'est en
fait la copie conforme et dûment plagiée du livre écrit en 1621 par l'italien
Eugenio Raimondi Bresciano que nous citons plus haut. Les mouches sont exactement
les mêmes décrites dans le livre italien. Tout comme la recette pour obtenir
de beaux vers jaunes en enterrant une poule avec trois jaunes d'œufs dans le
ventre. Copier sans citer ses sources était pratique courante à cette époque.
1760
Le roi George V (Grande -Bretagne) était pêcheur à la mouche, il achetait son
matériel chez Ustonson à Londres. Une publicité incomparable pour le détaillant
mais aussi pour notre sport. Sur que l'on ne devait plus compter les courtisants
qui s'adonèrent à la mouche pour intesser leur Roi et au nombre de bourgeois
qui voulurent imiter la cour.
Le
grand pèlerinage des moucheurs
Emilio Fernandez Roman est l'auteur d'un livre extrêmement intéressant sur l'origine
de la pêche à la mouche et le pèlerinage à Santiago de Compostelle. Et bien
évidemment l'importance que joua cette immense manifestation de ferveur chrétienne
sur l'expansion et la popularité de notre sport

Le pèlerinage commença au
IXème siècle, lorsque l'église déclara qu'il avait été découvert au Finistère
(Galicia), la tombe de l'apôtre Jacques compagnon de Jésus Christ. Très certainement
sur les lieux d'un ancien culte païen. Presque aussitôt les pèlerins affluèrent
de toute la chrétienté. La fréquentation maximale fut atteinte au XVème siècle.
Il faut imaginer ce qu'était ce pèlerinage, des centaines de milliers de personnes
qui, de mars à septembre défilaient sans discontinuer. Des baraques de marchands
ambulants ou sédentaires, de plus en plus nombreux alors que l'on s'approche
des lieux saints. Ils proposaient de tout aux croyants, coquilles de Saint Jacques,
statuettes, cierges, nourriture. Ce fut, pendant des années, le plus grand lieu
de rencontre humaine d'Europe. Les historiens calculent qu'environ entre 200
000 et 500 000 pèlerins par an partaient à pied, à cheval en bateau, pour se
recueillir sur ces reliques. Et Emiliano Fernàndez de s'interroger: Combien,
parmi eux, pouvaient être pêcheurs? et de répondre, entre 800 et 2000.
Le problème majeur pour le pèlerin peu
fortuné, c'est à dire l'immense majorité, c'était de s'alimenter en chemin.
Les trois chemins principaux traversent ou longent, en Espagne, les meilleures
rivières à truites d'Europe, toutes comparables aux légendaires chalk stream
anglais. Ce sont encore aujourd'hui des "cotos" de pêche très courus
que seul les plus fortunés peuvent pratiquer. Mais Emiliano est aussi Espagnol,
et il veut absolument que les pèlerins anglais aient découvert la mouche en
touchant le sol de la péninsule ibérique. Agustin Jausas, lui est très anglophile
et grand bibliophile halieutique. Lors de son discours devant la docte assemblée
du club des bibliophiles de Catalogne. Il présenta un travail remarquable sur
la bibliophilie de pêche à la mouche. Dans son exposé il pencha plutôt pour
le contraire, et selon lui ce seraient les pèlerins anglais qui auraient apporté
leur technique pour pouvoir se nourrir sur place et les autochtones s'en seraient
inspirés.
Rappelons encore une fois que les pèlerins pendant le carême ne pouvaient s'alimenter
en viande ce qui faisait du poisson un aliment indispensable.
Les fleuves et rivières étaient lieux de communication,
et de vie … et quelquefois de mort, car les villes et villages jetaient directement
tous leurs déchets et eaux usées dans les rivières.
Au XIIème siècle,
un moine français, originaire du Poitou, Aymeric Picaud entreprit le pèlerinage,
il en devint son premier véritable chroniqueur. Il rédigea un guide à l'usage
des pèlerins, le Codex calixtinus" qui est devenu une véritable mine de
renseignements pour les géographes et les historiens. Il jouit d'un grand prestige
en Espagne mais il est beaucoup moins connu en France.

Le codex
Calixtinus de frère Aymeric Picaud
Il
dresse une liste extrêmement précise des cours d'eau croisés ou longés par les
chemins de Compostelle, et donne pour chacun la qualité de leurs eaux. Potables
ou non potables bien sur, mais aussi, si l'on peut consommer leur poisson. Ce
qui tends à prouver l'importance de cette alimentation pour les pèlerins. A
vrai dire le moine Aymeric Picard déconseille tant de rivières que les pèlerins,
s'ils avaient suivi ses conseils, n'auraient pas bu ni manger grand chose pendant
leur voyage.
Il
est peut être une explication logique à la longue litanie d'eaux impures que
frère Aymeric a rencontré sur son chemin:
Il
explique qu'a Lorca, près du gué du Salado, les Navarrais empêchaient par tous
les moyens que les pélerins ne boivent et fasse boire à leurs chevaux les eaux
empoisonnées du fleuve. L'explication qu'en donne aujourd'hui quelques lettrés
et historiens n'aurait rien à voir avec une attitude aussi bienveillante que
désintéressée. Les Lugarenos inventait la dangerosité des eaux très vraisemblablement
pour pousser les étrangers à consommer du vin. En cette époque, tout propriétaire
d'un cheval en avait très certainement les moyens.
Ce
qui n'enlève rien à la valeur du document et à la justesse des description des
fleuves et rivières de frère Aymeric Picaud.
Alors pour revenir à notre sujet, qui de la poule ou de l'œuf enseigna le premier
la pêche à la mouche à l'autre?
Peu
importe, mais la théorie d'Emilio Fernandez Romàn, pratiquement inconnue en
Europe, pourrait expliquer le nombres d'écrits consacrés à la mouche publiés
au moyen âge et au début de l'époque moderne tant en Espagne comme Angleterre.
Mais aucune preuve autre que la déduction et la logique ne permettent d'arriver
à cette explication.......
Dans sa fougue à vouloir prouver sa théorie, Emilio Fernandez, relève le nom
d'une mouche, dans le manuscrit de dame Julyana Berners et celui d'Izaac Walton:
la shell fly, la mouche coquille. Qui pourrait être, selon lui la même que la
mouche "concha", coquillage, qui est la couleur d'une plume des coqs
de Léon. Malheureusement d'autres traités de pêche médiévaux anglais décrivent
cette mouche à utiliser à l'état naturel et comment la récolter en abandonnant
des coquillages au soleil. En artificielle elle est imité par un dubbing moir
cerclé d'un quill de paon aux reflets verts, aucune de ses couleurs couleur
ne rappellent les plumes "conchas". Elle a tout l'air d'être notre
mouche bleue (karno busho), mais il est tellement plus élégant de dire "Shell
fly".
1864
Le Grand voyage des truites
Avant d'aborder la période moderne, je me permettrai de résumer en quelque lignes
l'Histoire naturelle puis humaine de nos salmonidés. Immanquablement leur distribution
et par la suite leur expansion a influencé l'Histoire de notre pêche à la mouche.

Aquarelle de James prosek
Le genre "Salmo"
constitue avec salvelinus et ochohynchus la sous-famille des salmonidés. La
truite (salmo trutta) et le saumon atlantique (salmo salar) sont les seuls à
pouvoir jouir du nom prestigieux de truites et de saumons. Tous les salmonidés
d'origine américaine, saumon coho, truite arc-en-ciel, steelhead (salmo gairdneri),
cutthroat (salmo clarki) sont du genre Onchorhychus et salvelinus et ne peuvent
se prévaloir d'être ni des truites ni des saumons. Même si ces appellations
bien pratiques continuent à être usitées partout.

L'Ancêtre de la truite et de tous ses cousins et cousines salmonidés
serait issu d'un seul et même poisson apparu sur Terre, ou plutôt dans ses eaux,
au miocène, il y a environ entre 13 et 25 millions d'années. Cette famille de
poissons n'a existé et ne s'est développée que dans l'hémisphère nord de notre
planète. Ils sont devenus presque tous anadromes au début des glaciations. Ils
ont bien sur connu une évolution différente suivant les bassins maritimes où
ils se nourrissaient et vivaient la majorité du temps pour donner les soixante
-dix espèces connues à ce jour.

Le saumon atlantique grand voyageur
colonisa les eaux d'Amérique du Nord, côte-est et notre bonne vieille Europe.
La "Fario" qui
ne s'éloignait guère des côtes, occupa les îles proches et se cantonna sur les
côtes d'Europe et bien sur le bassin méditerranéen, Maghreb compris. Le réchauffement
de la Méditerranée l'empêchera très rapidement d'accomplir son voyage maritime.
A
cause des bouleversement climatiques et géographiques provoqués à la fin de
la dernière période de glaciation, nos Farios maintiendront leur souche anadrome
sur l'Atlantique, pendant que leurs sœurs demeurées "coincées" à l'intérieur
des terres se sédentariseront (environ -10 000 ans).
Nous
retrouvons ce même phénomène chez l'arc en ciel américaine et leur sœurs Steelhead
anadromes ou chez les ombles de fontaines de la côte-est de l'Amérique du nord
qui ont eux aussi conservé une version migratrice.

Les truites migratrices ne représentent pas une sous-espèce, mais un "écotype",
c'est à dire qu'elles ont toutes en commun une même habitude migratoire, mais
le croisement de deux migratrices ne donnera pas forcément que des jeunes migratrices.
A
ce jour, il nous a été impossible de savoir si la Fario de souche méditerranéenne
pouvait, en condition, réveiller son ancien réflexe migratoire.
A
contrario le saumon atlantique au Canada a
développé deux souches sédentaires, le Sebago (salmo salar sebago) que l'on
trouve dans les lacs du nord de la Nouvelle-Angleterre et la Ouananiche (salmo
salar-ouananiche petit saumon en montagnais) et que l'on peut pêcher
dans les tributaires du Saint Laurent. Phénomène curieux, les spécialistes disent
que la Ouananiche n'a pas été "coincée" dans les terres mais a interrompu
sa migration sans y être "obligée".
D'autres "saumons" Cohos et "truites" américaines ont développé
une souche migratrice exclusivement dulcicole dans la zone des grands lacs d'Amérique
du nord. Ils s'alimentent dans les lacs et vont se reproduire dans leurs tributaires,
sans jamais quitter l'eau douce. Les Américains les appèlent "landlocked
salmons", ou saumon "verrouillés".
Les
Cohos ou "saumons" pacifiques ont continué leur migration eau douce-océan
dans la partie la plus septentrionale de l'Amérique du nord (côte ouest). Le
Kokani est la forme dulcicole du saumon rouge (sockeye), légendaire pour ses
impressionnantes migrations - côte ouest du Canada - et pour sa livrée nuptiale
d'un rouge flamboyant.
Et
tout serait resté comme cela dans le meilleur des mondes, si une créature dite
plus évoluée n'avait développé un goût prononcé pour la pêche de ces poissons.
Chaque
colonie anglaise
se devait d'avoir sa rivière à truite et son terrain de criquet.
L'Australie, la Nouvelle-Zélande, l'Afrique du Sud, Le Kilimandjaro, le Pakistan,
le Cachemire tout comme l'intérieur des terres américaines du nord possèdent
des rivières magnifiques et malheureusement vides de salmonidés.
Tout
pêcheur, loin de son Angleterre natale devait rêver d'y pratiquer la pêche de
la truite. Ces rivières, trop éloignées des bassins où se développèrent les
salmonidés, possédaient leur propre faune et flore et toutes les variétés d'insectes
pouvant nourrir truites et smolts. Les diverses familles d'insectes "aquatiques"
que l'on retrouve dans ces continents sont en fait très proches de ceux que
nous connaissons en Europe, sinon similaires, car ils apparurent à une époque
où toutes les terres étaient encore unies. Il est étonnant de voir combien les
trichoptères, si particuliers dans leur évolution - ils construisent à l'état
larvaire un étui de graviers ou de brindilles pour se protéger - existent dans
toutes les eaux présentant la même morphologie et ce dans la plupart des continents,
pour isolés qu'ils soient. Parfaitement adaptés à leurs milieux ils n'eurent
pratiquement pas à se transformer depuis pour survivre.
Les débuts de la colonisation salmonicole furent difficiles.
Comment transporter des œufs de truites Fario anglaises dans des bateaux à voile
et sous des températures le plus souvent caniculaires?
On
essaiera tout. Les œufs dans des tonneaux plein d'eau, échec! alors on immerge
ces tonneaux dans la mer, échec! Les œufs moisissaient toujours très rapidement.
Les tonneaux furent posés sur des blocs de glace. Ces morceaux de gel étaient
descendu à dos de mulets des glaciers de haute montagne avant d'être enfermés
dans les cales des bateaux. Puis on agita l'eau avec des rames, puis avec des
plumes. On essaya les poissons vivants. Échec total! mais l'anglo-saxon est
têtu, et surtout il adore la pêche.

Enfin il découvrit le transport des œufs "à sec"...en fait maintenus
au frais entre des linges humides. Il fallait y penser. La colonisation salmonicole
des nouveaux territoires pouvait commencer.
La Tasmanie
fut le premier des territoire tenté, en 1852, mais la "greffe" ne
pris pas, elle sera réussie en 1864.
L'Australie étant
à deux pas ce fut un jeu d'enfant de faire le saut. Les saumons atlantiques
suivront dans l'année.
L'Amérique
du sud
n'était pas une colonie anglaise et l'introduction y sera plus tardive. Phénomène
étrange et merveilleux à la fois, nos souches de "fario" sédentaires
depuis des millénaires, introduites dans des cours d'eau suds américains pauvres
en nourriture, ont réveillé leur vieil instinct anadrome et sont parties se
nourrir en mer avant de revenir se reproduire dans les rivières où l'on avait
voulu les acclimater.
En Amérique du nord,
les arcs en ciel de la côte ouest furent transportées dans tous les cours d'eau
du centre du continent jusqu'à la côte-est pendant que l'on faisait de même
avec les ombles de fontaines dans le sens inverse, de l'est vers la côte ouest.
Les
"Arcs" nord américaines partaient, elles, vers l'Europe et l'océan
indien et l'Afrique anglophone bien sur.
Notre bonne vieille fario (de souche allemande), voyagera à son tour vers l'Amérique
du nord en 1883.

Les
Arcs-en-ciel arriveront en Nouvelle Zélande en 1883 et en Australie en 1894.
Les ombles de fontaine américains seront introduits en Angleterre en 1869. L'Arc-en-ciel
des Bouillouses (Pyrénées Orientales) sera acclimatée à partir de souches venues
de la côte ouest du Canada. Ce sera l'unique lieu de France où elle se reproduira
naturellement, partout ailleurs son acclimatation sera un échec.
Mais
ces populations y sont aujourd'hui en très nettes régressions et pourraient
disparaître à très brève échéance.
Malheureusement au même moment, les saumons atlantiques, cohos et steelhead
migratrices
disparaissaient d'une grande quantité des cours d'eau américains. Les saumons
atlantiques ont disparus depuis près de cent au Connecticut. Une étude a calculé
que sa reintroduction couterait environ 200 millions de dollars.
La mouche connaîtra alors une évolution différente
et bien particulière pendant 100 à 200 ans suivant les continents, les rivières
et les poissons convoités.
La France
développera de petites mouches, des émergentes et les fameux cul de canard (Suisse)
car leurs rivières moins bien entretenues et surtout ouvertes à tous de façon
très démocratique depuis la Révolution Française, rendront le poisson plus rare
et plus difficile à prendre.
L'Angleterre inventera la sèche en lancer amont et découvrira la pêche à la
nymphe dans
des rivières chalk stream où la moindre réaction de la truite peut être observé
comme dans un aquarium.
L'Espagne
popularisera ses mouches au montage à l'espagnole montées avec les plumes des
leur fameux coqs de Léon.
L'Amérique du nord
fabriquera de grosses mouches pour des truites faciles et encore peu pêchée
et inventera des artificielles en toutes sortes de poils creux, chevreuil, daim,
cerf, écureuil.
Les pêcheurs d'Australie et de Nouvelle Zélande
pratiqueront avec succès la pêche aux streamers pour capturer d'énormes truites
sauvages.
Avec
l'avènement des "routes" de communications toujours plus performantes,
ses différentes techniques seront bientôt connues de tous et mises en pratiques
par tous les pêcheurs du monde entier.
Bibliographie:
Trout an illustrated history by James Prosek Ed: Alfred A. Knopf publisher,
New York.
Le
bel inventaire des truites James Prosek Edition Aubanel
(Prix du Moulinet d'or Pêche mouche 2004).
Les
Poissons d'eau douce du Québec Louis Bernatchez et Marie Giroux
Edition: Broquet.
La
Truite biologie et écologie. J. L. Baglinière, G. Maisse Ed. INRA.
Pour
ceux qui veulent en savoir plus sur le voyage des truites aux Antipodes
L’origine
des truites dans l’Hémisphère Sud
L’homme à l’origine de la présence des truites fario et des saumons dans l’Hémisphère
Sud se nomme Frank Buckland, un anglais né en 1826 et décédé en 1880.

[i]Aquarelle de James Prosek
Ces
salmonidés furent importés chronologiquement en Australie, en Tasmanie puis
en Nouvelle-Zélande. Je vous propose un récit historique traitant de la fécondation
de ces individus jusqu’à leur implantation dans des lacs et rivières situés
aux antipodes de la France, tout ceci grâce au courage mais aussi à la passion
de quelques pionniers de cette époque.
Buckland, bien qu’étudiant en chirurgie à l’université d’Oxford en Angleterre,
changea d’orientation se passionnant pour les sciences naturelles. Il dédia
finalement toute son existence à l’élevage des poissons. Devenu leader dans
son pays pour acclimater des espèces animales au sein de leurs biotopes respectifs,
un richissime Amiral anglais Sir Henry Keppel décida de le contacter, désireux
de voir naître des truites sur ses terres.
Ce
dernier investit alors plus de 2500 Euros (une véritable fortune à l’époque!)
dans un bassin d’architecture Néo Gothique qu’il installa au bord de la rivière
Itchen (en Angleterre) dont il dériva le lit dans sa propriété afin de réaliser
cette opération avec minutie avec l’aide de l’expert Buckland.
Mille œufs de truites furent ainsi fécondés au milieu desquels Francis Francis,
un autre passionné qui réalisa aussi l’expérience avec succès de son côté, en
ajouta deux milles supplémentaires.
En
Angleterre, l’opinion publique n’arriva pas à assimiler pourquoi ces trois protagonistes
déployèrent autant d’efforts alors que le salmonidé noble à cette époque était
le saumon.
Le
gouverneur de Tasmanie proposa une récompense de 850 Euros pour ceux qui parviendraient
à introduire le saumon en Tasmanie!
Ainsi, débutèrent les aventures périlleuses de parvenir à reproduire des œufs
de saumons dont la finalité fut de les exporter avec succès jusqu’en Australie.
Le
premier voyage, constituée de cinquante mille œufs de saumons échoua après cinquante
neuf jours de voyage, date à laquelle ceux-ci moururent.
En
1862, une seconde expédition avorta après soixante quatorze jours.
Malgré ces deux tentatives, tous les hommes impliqués dans cette expérience
réalisèrent que seule, la manipulation scientifique utilisant de la glace et
des moustiques, retarderait de cent cinquante jours le risque de mortalité des
œufs sachant que la durée du voyage par bateau à cette époque était approximativement
estimée à une centaine de jours.
C’est ainsi qu’une maison de vingt cinq tonnes de glace fut construite à l’intérieur
de laquelle furent placées cent quatre vingt une boîtes où reposèrent des dizaines
de milliers d’œufs de saumons.

Avant le grand départ, Keppel et Francis Francis ajoutèrent au dernier moment
trois mille œufs de truites bien que conscients des conséquences que cela pouvaient
impliquer du fait d’un taux de grossissement des alevins de truites plus rapide
que celui des saumons et, la crainte que ces derniers se fassent dévorés faisant
alors échoué l’opération.
Le
21 Janvier 1864, après un jour de retard (à cause des œufs de truites), la cargaison
quitta Londres pour arriver en Australie, plus précisément à Melbourne le vendredi
15 Avril.
William Ramsbottom, originaire de Tasmanie, chargé d’accueillir la marchandise,
se réjouissant de la présence d’œufs de truites, rêva déjà de voir cette espèce
se développer sur son île. Ainsi, après une journée supplémentaire de transport
entre l’Australie et la Tasmanie (soit un voyage de quatre vingt onze jours),
les premiers œufs de saumons et de truites atteignirent l’Hémisphère Sud.
A
cet instant précis, la grande question brûlant les lèvres de tous ces pionniers
: «ces œufs vont-ils éclore»?
La
réponse à cette question vit le jour le 4 mai 1864, date à laquelle la première
truite fario sortit de son œuf pour devenir la première dans cette partie du
globe. Sur la totalité des trois mille œufs, seuls deux cent se transformèrent
en alevins relâchés dans la rivière Plenty et douze réussirent à se reproduire.

Aquarelle
de James prosek
L’histoire des saumons dans l’Hémisphère Sud s’avéra encore plus émouvante pour
ces scientifiques. Trois années s’étaient écoulées depuis l’arrivage et l’alevinage
des saumons sans le moindre signe de vie. Un sentiment de désespoir hantait
les esprits après tant d’énergie dépensée pour se retrouver face à un tel échec.
Et
soudainement, le 15 Mars 1867, les premiers individus firent leur apparition
en milieu naturel, quel bonheur!
La
Tasmanie exporta alors de nombreuses truites en Australie puis en Nouvelle-Zélande.
En
ce qui concerne la présence des truites fario en Nouvelle-Zélande, voici leur
histoire.
Elles furent introduites en premier lieu dans l’Ile du Sud, dans les régions
respectives du Canterbury et de l’Otago qui alevinèrent leurs lacs ainsi que
leurs rivières.
En
1916, cinquante millions d’alevins furent relâchés dans des ruisseaux. Les districts
qui alimentèrent les premiers leurs rivières en truites furent Wellington (capitale
de la Nouvelle-Zélande située à l’extrême sud de l’île du Nord), le Canterbury
(nord de la côte Est de l’île du Sud), le Westland (la côte Ouest de l’île du
Sud), l’Otago (centre de l’île du Sud) et finalement le Southland (Sud de l’île
du Sud).
Les
truites arc en ciel quant à elles, leur origine proviendrait de la Californie,
les sources n’ont pu définir avec précision s’il s’agissait de la rivière Mac
Leod ou de la rivière Russe. L’identité biologique ainsi que le comportement
de cette espèce se rapproche sensiblement des cut-throat et des steelhead d’Amérique
du Nord.
Entre 1860 et 1890, beaucoup de truites arc en ciel furent importées des Etats-Unis
et du Canada. Visiblement, celles en provenance de Californie s’adaptèrent le
mieux au climat et au biotope de la Nouvelle-Zélande. Selon les néozélandais,
les truites arc en ciel se comportent comme des salmo truta lacustres car elles
furent déversées à l’origine dans les lacs de l’île du Nord et depuis migrent
de lacs en lacs et retournent en rivières pour pondre.
Rapidement, l’île du Sud peupla ses cours d’eau qui pssèdent également de nos
jours truites de mer et saumons.
Ainsi s’achève la merveilleuse histoire de ces poissons qui se sont parfaitement
adaptés au climat de ces îles de l’Hémisphère Sud ou ils sont encore présents
en grande quantité, dans le Sud de l’Australie, en Tasmanie et presque partout
en Nouvelle-Zélande.
Seule la région du Northland, le Nord de la Nouvelle-Zélande (du nord d’Auckland
au Cape Reinga), n’est pas peuplée de ces spécimens du fait de la température
des rivières trop élevée. [/i]
Propos recueillis par Alban BOITON, guide français en Nouvelle-Zélande
E-mail :
froggoy@hotmail.com
L'avènement
des nouveaux matériaux
1800
ce sont les balbutiements de la révolution industrielle, de nouveaux matériaux
arrivent des colonies, des machines accompagnent le travail des Hommes. On explore
tout juste les possibilités immenses qu'offre la miniaturisation.
et la canne devint fouet ….
Pendant des milliers d'années, le bois aura servi de canne à pêche, le noisetier,
le pin, le frêne. Souvent creusé au fer rouge pour créer les emmanchements.
Ils auront servi fidèlement les pêcheurs. Mais le bois est lourd. S'il ne maltraite
pas le poignet des plus forts, il finissait toujours par casser au niveau du
scion ou aux emmanchements. C'était la hantise de nos ancêtres disciples de
Saint Pierre. Pour se prémunir de cette maudite casse, les bois étaient peints,
recouverts de tissus ou de parchemins, renforcés avec des cordelettes, de la
soie, du cuir. Les emmanchements recevaient des viroles de cuivre, de bronze
et même d'argent. Elles mesuraient entre 3,50 mètres (12') et 5 mètres (16')
pour les cannes à saumons. Les anneaux apparurent relativement tard, pour la
bonne raison que le crin de cheval, en tresse plate, avait une très mauvaise
glisse. Le frottement effilochait la tresse ce qui la rendait très rapidement
inutilisable. Mais les pêcheurs, et notamment les saumoniers ont rapidement
compris l'intérêt de cette réserve de "fil". Ils ont utilisé un temps
des lanières de cuir reliées à leur ligne circulant dans un seul anneau en pointe
de canne. Jusqu'à ce que des mystérieuses mers de Chine, les grands bateaux
apportèrent un matériaux naturel et inespéré, le bambou. Bien supérieur à nos
roseaux bien que graminés comme lui, il a la faculté de sortir du sol sous toutes
sortes de diamètres. Curiosité de la nature son diamètre au sortir du sol sera
son diamètre définitif. Autre oriental mystère, il fleurit de façon tout a fait
irrégulière, et reste des années sans le faire, mais tous les bambous de la
terre fleurissent tous au même moment. Personne n'a encore découvert le mystérieux
signal qui les réveille tous en même temps. Tout d'abord il servira à l'état
brut pour remplacer avantageusement les scions (60 cm) de coudrier, de pommier
sauvage et même en fanon de baleine. Il existe mille espèces de bambou mais
seulement deux (Arundinaria amabilis et Pseudosasa amabilis) sont assez dures
et denses pour fabriquer des fouets de qualité. Puis suivant le même chemin
maritime que le bambou, la technique du refendu arrivera en Europe. La pêche
en sera totalement bouleversée. Les cannes à truites raccourciront mais pas
les cannes à saumon. Elles ne cassaient plus, elles étaient belles et vernies.
Le pêcheur pouvait s'y attacher, elles devenaient l'objet de toute les attentions,
presque le prolongement naturel de notre bras. Un objet de luxe à admirer et
à faire admirer. Lorsque le faux lancer fut découvert, la pêche à la mouche
prit un tout autre aspect. Fini ces sempiternels conseils de profiter des jours
venteux et des eaux grises pour partir à la pêche. La distance allait être multipliée
et le moucheur pourrait œuvrer hors de la vue du poisson. Mais pour cela il
fallait encore une ligne de qualité avec une bonne glisse.
et la ligne devint soie...
Entre la pêche décrite par Alien et la fin du 18ème siècle, la ligne de crin
de cheval tressée était le nec plus ultra de la pêche. Un crin en excellent
état pouvait supporter jusqu'à 1,8 kilogramme. Malheureusement les tresses finissaient
toujours par s'effilocher avant de casser. Monter un hameçon sur un bas de ligne
terminé par deux ou trois crins n'étaient pas chose aisée. La jonction entre
l'hameçon et la tresse était un point de friction qui fragilisait la ligne.
Et pour couronner le tout, le crin de cheval flotte, et les tresses flottaient
encore plus. Le moucheur en était réduit a toujours pêcher juste sous la surface.
Avant chaque partie de pêche, il fallait laisser tremper sa ligne afin qu'elle
perde un peu de flottaison et surtout qu'elle perde une mémoire exceptionnelle.
Qualité particulièrement détestée des pêcheurs, d'hier et d'aujourd'hui. Le
premier luxe arriva une nouvelle fois de Chine. Depuis 5000 ans on y élevait
un papillon, le "Bombyx morij ", dont la chenille fabrique un cocon
formé de deux poches en fils de soie de trente à quarante centimètres chacun,
particulièrement résistants, transparents et très faciles à tisser. Les Chinois
toujours ingénieux, mais comme aujourd'hui protectionnistes à tout "crin",
firent tout leur possible pour empêcher le vers à soie de sortir de leur territoire.
Mais soit par mer soit en suivant les fameuses routes de la soie, les premières
chenilles firent leur apparition en Europe. Apportées vraisemblablement par
les conquérants arabes. C'est l'Espagne qui sera le premier centre de production
de soie brute d'Europe. Les chroniqueurs de l'époque décrivent des conditions
horribles pour les jeunes femmes et surtout les enfants que travaillaient dans
les ateliers de séricicultures. Le fil de soie se tirait avec les dents, malgré
sa finesse il coupait les lèvres des fillettes, leur sang se mêlant aux humeurs
de la chenille commençant sa transformation. Leurs petites mains étaient brûlées
par l'eau bouillante utilisée pour tuer les chenilles dans leur cocon.
Le
pêcheur mélangea alors cette soie à ses sempiternels crins de chevaux. Il y
gagna en souplesse, en solidité, mais pas en glisse ni en mémoire. Les premières
machines à tisser permirent d'obtenir des tresses rondes et un "serré"
que l'Homme n'était jamais arrivé à obtenir de ses doigts. Les moucheurs ne
pourront utiliser la soie seule que lorsque des machines plus performantes arriveront
à obtenir des cordelette au rang très serré (1850). Plus la soie est serrée
plus sa masse volumique est dense, moins elle conserve de mémoire, moins elle
a tendance à s'effilocher et bien meilleure est sa glisse dans les anneaux.
La
soie remplacerait le crin de cheval pour devenir le Gut que connurent encore
nos grand-parents.

Le gut
de nos greniers
Mais
il sera détrôné en 1930 par l'arrivée du nylon dûment patenté et commercialisé
par Du Pont de Nemours. Un Français établis aux USA à qui nous devons aussi
le Téflon et le Kevlar. La soie constituera aussi la cordelette qui entraîne
la queue de rat. Elle lui laissera son nom même lorsque celle-ci sera remplacé
par des fibres synthétiques.
Pour
la première fois il y avait dissociation entre le bas de ligne et la queue de
rat.
Encore fallait-il une réserve permettant un lâcher régulier sans emmêlement.
La récupération elle n'étant pas le vrai problème.
Et la bobine devint moulinet…
Les
réserves de lignes se tenait lovées dans la main, puis enroulées sur une planche,
un peu comme dans la pêche au cadre. Les plus ingénieux récupéraient des bobines
de soie ou de laine, qu'ils bricolaient et fixaient sur leurs cannes en adaptant
une manivelle directement sur le tambour. En 1800 les techniques artisanales
et la miniaturisation étaient à ses balbutiement mais on connaissait tous les
avantages des rouages et des poulies qui permettaient de démultiplier les mouvements.
Les premiers moulinets de cuivre firent leur apparition. Encore une fois se
sont les saumoniers qui inoveront et les utiliseront pour travailler leurs poissons.
Rapidement suivi par les pêcheurs de truites. Le débat du moment était de savoir
s'il fallait diriger le moulinet vers le haut de la canne ou vers le bas. Aux
Etats-Unis ou l'on pêchait l'omble des fontaines (brook trout) en noyé, la sèche
se développera avec l'introduction de notre bonne vieille Fario. Les premiers
moulinets seront usinés. Les premières marques feront leur apparition Pfleuger,
Lever Winch, et le fameux Perfect que beaucoup de nostalgiques considèrent comme
le meilleur moulinet à ce jour, puis naîtra la firme Orvis et bien d'autres
ensuite.
L'Amérique du nord ne dépendrait plus de l'Angleterre pour écrire sa propre
histoire de la pêche à la mouche.
Les
pêcheurs qui depuis des milliers d'années avaient été obligés de fabriquer eux-même
leur matériel, laissèrent ce travail aux machines et aux industriels. Les prix
baissèrent d'autant ce qui provoquera l'essor des boutiques spécialisées. Ces
centres culturels permirent un échange rapide des informations. Le pêcheur perdit
sa liberté de construire son propre matériel, en échange il rentrait lui aussi
dans la culture de l'objet et la société de consommation. Ce qu'ils perdaient
en initiative, ils le gagnaient en efficacité et en goût pour le beau matériel.
Mais
le pêcheur à la mouche continue à monter ses mouches lui-même, certains montent
leurs cannes à partir de blanks usinés. Il existe aussi des clubs du refendu
dont les membres construisent de véritables petites merveilles à partir du bambou
brut. Plus que tout autre sport la pêche à la mouche se pratique encore lorsque
la partie de pêche est terminée et que le pêcheur fait naître son matériel de
ses propres mains. Comme l'écrivait déjà Charles Cotton " ... le plaisir
d'attraper une truite avec votre propre mouche sera toujours supérieur à la
capture de vingts sur la mouche d'un autre".
Lorsque notre frère moucheur laisse choir sa mouche sur sa table de travail
pour vérifier l'élégance de sa chute future sur les eaux, pendant ce trop court
instant, il n'est plus chez lui, mais déjà au bord de l'eau. Il pense truite!
1800:
Scotcher "Fly fisher legacy".
1816:
George C. Brainbrige signe " The Fly fisher's guide" publié à Liverpool.
Il écrit: " la Gray drake ... doit être lancée directement au dessus du
poisson et manipulée de façon à ce que les ailes ne touchent jamais l'eau".
Une description de la pêche à la mouche sèche amont, soixante dix ans avant
la publication de "Floanting fly" d'Halford.
1825: Luis
de Pena "El manuscrito de Léon"
C'est en fait la récupération du "Manuscrit d'Astorga" (voir plus
haut), adapté et complété. Pendant très longtemps ce sera le seul témoin que
l'on connaîtra sur l'œuvre de Juan de Bergara. Au catalogue de Juan Bergara,
de la Pena a rajouté 41 mouches artificielles. Certaines, encore connues et
utilisées sous le nom de "Montage à l'espagnole". Malheureusement
l'original du "Manuscrito de Leon" a été offert au Général franco
en même temps que le "Manuscrito de Astorga", et ils ont disparu tout
les deux.
Selon le spécialiste Alfonso García Melon les imitations de Juan de Vergara
étaient des mouches sèches alors que celles rajoutées par Luis de la Pena son
noyées.
Contrairement aux oeuvres anglaises qui sont la pointe de l'iceberg d'un véritable
monde de pêcheurs en ébullition. En Espagne la pêche à la mouche sera purement
anecdotique pratiquée par une poignée d'adeptes. Il faudra attendre la fin du
vingtième siècle pour voir apparaître un véritable mouvement de passionnés de
ce sport.
[b]1836:
Alfred Ronalds publie " The fly-fisher's entomology".
La
découverte de la mouche artificielle et la multiplication des modèles imitant
la nature devait provoquer immanquablement la naissance de vocations entomologiques.

"Imitez les mouches sur l'eau conseillaient nos lettrés de la pêche. Encore
fallait-il les reconnaître, leur donner un nom, ne serait-ce que pour pouvoir
parler avec les autres pêcheurs. Les quelques essais de description de la vie
des insectes aquatiques avaient été jusqu'a cette date, plus qu'approximatifs.

C'est sur la rivière Dove (Staffordshire), celle de Charles Cotton que Ronalds
découvre la pêche à la mouche. Ce n'est pas la seule coincidence avec Cotton,
sur la Blythe river affluent de la Dove il fera construire un tout petit "fishing
cottage". Equipé de trois fenêtres donnant sur la rivière et permettant
de voir la vie des ondes sans être vue. C'est là qu'il passera ses journées
prenant notes et dessinant. Il sera le premier à écrire sur les cônes de vision
des poisssons et notamment de la truite. Ses déductions sont justes et pourraient
être publiées aujourd'hui sans guère de correction.
Ronalds observe et décrit la vie des insectes et illustre son livre de 19 planches
au cuivre, absolument magnifiques. De véritables oeuvres d'art, qui enchantent
les bibliophiles et font grimper d'autant leurs prix dans les salles de vente.

Il
décrit une cinquantaine de mouches artificielles en précisant le nom de l'insecte
imité. Malheureusement il n'aura pas connu l'essort de la mouche sèche.
De
1836 à 1877, huit éditions se sont succédées. L'auteur explique dans la troisième
édition qu'il se propose de commercialiser ses propres imitations. Ce qu'il
fera lorsque ses parents iront s'installer à Dolgelly (Pays de Galles). A la
mort de son épouse il laisse ses Shalk Streams et part avec ses six enfants
en Australie. Un des ses écrits rappelle que le voyage s'est bien déroulé puisqu'il
n'y eut "que" trois décés à déplorer sur 180 passagers.
La
disparition de sa femme et une énorme pollution industrielle en Angleterre l'auront
très certainement poussé vers des territoires ou la nature était encore sauvage.

La
sixième édition de 1862 est enrichie de plusieurs nouvelles planches. En Australie
sa fille deviendra une fabricante de mouche renommée.

1845:
John Brown "American Fishing writter".
1851:
Pulman "Vade mecum of fly fishing for trout". Premiers balbutiement
de la pêche en surface avec une mouche sèche. Il est le premier a décrire les
règles de l'art. A remarquer, une tentative de réunir de façon exhaustive toutes
les imitations de mouches artificielles connues à ce jour en Grande-Bretagne.
1857:
Stewart dans son "Practical Angler" conseille aussi le "Fish
upstream", pêcher amont, a contrario de la noyée qui se pratique 3/4 aval.
Il décrivit comment pêcher en mouche flottante (sèche). Ce sont vraiment les
début de la pêche à la mouche sèche, et ils ont lieux en Ecosse. Il fut l'un
des tout premier professionel de la pêche de loisir. Il pêchait surtout avec
des palmers, Red Palmer et qill Palmer. Il fit école car son livre très facile
à lire explique méthodiquement ses techniques. C'était un excellent pêcheur
à la mouche. Il écrira:
"
La mouche qui flotte et attrape (kills) du poisson et c'est parce qu'elle
flotte".

Steward
W. C. le véritable pionnier de la sèche
Ce
jeune Ecossais expliqua qu'il fallait pêcher amont, avec une canne légère et
rigide d'environ dix pieds. Il avait déjà tout compris, décrivant avec 150 ans
d'avance ce que serait la "Mouche" de nos jours.
1864:
Thad Norris (U.S.A) publie "The american angler's book. L'Amérique du Nord
est encore colonie anglaise.
1867:
Francis Francis "A book of angling"
1879:
Ogden "Fly tying".
1880::
William Senior " Travel and trout in the Antipode" ou il raconte ses
expériences et ses aventures de pêche en Australie. En 1890 il publiera: "Near
and far sport and colonial". Il est diplomate et est envoyé en Australie
pour installer l'Assemblée legislative du gouvernement Hansard. Il en profite
pour découvrir les rivières australienne le fouet à la main. La truite vient
tout juste d'y être introduite.
1885:
H. P. Wells "Fly-rod and fly tackle"
La
période victorienne cède la place à l'Empire britannique. La pêche à la mouche
se pratique peu ... mais partout dans les colonies anglaises. Cependant la nouvelle
révolution qui se prépare dans le petit monde de la pêche à la mouche naîtra
encore une fois sur les berges des Chalk Streams du sud de l'Angleterre. Les
pêcheurs à la mouche anglais ne sont alors que quelques milliers. Tous de familles
riches et souvent de nobles lignées. Ils pêchent en costume de tweed trois pièces,
chaussent de belles bottes de cuir, ne rentrent jamais dans l'eau. Souvent ils
vivent à l'hôtel le temps de leurs parties de pêche. Tant que leur canne ne
leur a pas provoqué de tendinite, ce qui était très fréquent avec le matériel
utilisé alors, notamment quand ils suivent à la lettre les conseils d'Halford
qui préconise trente faux lancers pour sécher sa mouche. Certaines cannes possèdent
une pointe biseautée qui se visse sur le talon afin d'être plantée dans le pré
le temps de se reposer ou de bourrer une pipe.
Quelques découvertes vont transformer notre pêche, l'hameçon à oeillet, la soie
naturelle graissée, le bambou refendu et bien entendu le lancer arrière, tel
que nous le pratiquons encore aujourd'hui. Il permet enfin au pêcheur de demeurer
hors du cône de vision du poisson. Fini les éternelles recommandations de pêcher
les jours couverts et venteux (dapping) que nous avons rencontrées dans tous
les livres de pêche de Dame Julyana Berners jusqu'a Halford.
Deux personnages vont illustrer cette petite révolution. Qui, comme toute les
révolutions, ne se fera pas sans heurt.
1844
- 5 mars 1914 Frederic M. Halford
"Lorsque
j'ai fait mes premiers pas dans le petit monde des moucheurs, tournant mes premières
plumes et effectuant mes premiers faux lancers sous les conseils de mes pairs,
tous, unanimement, m'ont décrit avec le sourire aux lèvres, le combat épique
qui affronta un Halford partisan de la mouche exacte à un G. M. Skues pêcheur
à la nymphe. La guerre de Troie à côté n'avait été qu'un pique-nique champêtre.
J'imaginais un Halford, loupe en main, comptant les cerques et les annelures
du céphalothorax d'une mouche avant de reproduire à l'exactitude le même insecte
sur son hameçon. En me penchant sur ses écrits, je m'aperçu, bien sur, que c'était
ridiculement faux, et seul le désir de pimenter nos soirées d'apprentissage
peut encore excuser cette fable. En vérité Halford et Skues défendaient tous
deux une imitation de la mouche ou de la nymphe la plus identique à l'insecte
naturel. L'origine de la querelle n'a jamais été mouche exacte contre mouche
d'ensemble, mais de pêche en surface ou de pêche en profondeur. "
Joan
Miquel

Fils
d'une famille bourgeoise très aisée qui s'installe à Londres, alors qu'il n'a
que sept ans. Il pêche déjà car on peut encore le faire autour de la capitale
anglaise. Mais ses débuts à la mouche se feront sur la Wandle river. Une rivière
que possède un ami de son père. Il a 24 ans et sa première canne à mouche est
une 11 pieds et la soie est tressée mélant soie naturelle et crins de cheval.
Mais, très vite, ayant accés aux nouveaux matériaux, il achète une soie 100%
naturelle. C'est toujours sur la Wandle qu'il apprendra à pêcher les gobages
en sèche. Une pratique connue mais qui en est encore qu'à ses balbutiements.
Membre du Hougton club, il rencontrera Georges Selwyn Marryat.
En
1886, son premier livre voit le jour. Il voulait le signer avec Marryat, mais
celui-ci refusera, en disant qu'il préfére " rester sur la ligne de touche
(side line)". Aussitôt "Floating flies and how to dress them"
connaîtra un énorme succés de librairie. A 45 ans, il renonce à sa vie professionnelle,
sa situation familiale lui permet de se dédier totalement à ses deux passions:
la pêche et l'écriture.

Frederic
M. Halford
Cinq
livres naîtront de ce travail quotidien. Après "Floating flies" déjà
cité viendront:
Making a fishery (1895)
Dry
fly entomology (1897)
Modern development of the dry fly (1910)
The
dry fly man's handbook (1913)
Il
y expliquera, pas à pas, ses observations et ses découvertes sur le comportement
des poissons. Imaginez, un Sherlock Holmes, un peu pédant mais d'une rectitude
absolue. D'un livre à l'autre, il n'hésite pas à présenter ses excuses pour
une affirmation trop rapide ou une erreur de jugement précédemment publiées.
De ces cinq livres, le dernier seulement sera traduit en français: "The
dry fly mans' handbook" ( Précis de la pêche à la mouche sèche) en 1913
par le Fishing Club de France, réédité en 1924 (Doin) et en 1982 par (P.E.L
Plaisir de la pêche). Autant dire que parmi les pêcheurs qui ridiculisent à
souhait notre Halford, pratiquement aucun, ne l'a jamais lu.
Halford n'était pas un fanatique de la sèche ni un défenseur pathologique de
la mouche exacte. Dans aucun de ses livres, il ne traite jamais par le mépris
aucune des autres pêches. Bien au contraire.
Dans
son troisième livre "Dry fly entomology" (1897), il décrit une centaine
de modèles de mouches et la plupart sont des mouches d'ensemble. Pratiquement
les mêmes que nous utilisons encore aujourd'hui.

Photo:
http://www.billingsgazette.com/newdex.php?display=rednews/2004/03/14/build/wyoming/30-flyfish.inc#
Dans: "Modern development of the dry fly" il se fait encore défenseur
des mouches d'ensembles qu'il appelle " fantaisies" que chaque "pêcheur
possède dans ses boites, et auxquelles il croit, "car à la pêche comme
ailleurs, rien ne peut remplacer la foi"".
Le
gros défaut d'Halfort c'est sa rigidité dogmatique, et ce que les Anglais appellent
garder "la lèvre supérieure rigide en toutes circonstances". Imiter
la mouche sur l'eau lui valut une réputation juste mais trop souvent exagérée
de défenseur de la mouche exacte. En revanche il "péche" de
trop vouloir enfermer le fouet dans un carcan idéologique.
C'était un révolutionnaire, bien que cette parole lui aurait fortement déplue,
mais comme la plupart des révolutionnaires, il voulait que la révolution s'arrête
juste à l'instant ou lui-même l'avait décidé. Il respectait toute les formes
de pêche, mais en matière de mouche artificielle, seule la sèche n'avait grace
à ses yeux. Il réussira quand même à totalement bannir la pêche à la mouche
noyée des chalk streams anglais. Il y est totalement interdit de pêcher en aval
encore aujourd'hui.

Typique paysage de Chalk Stream anglais (James Prosek "On the footpath
of Walton".
Comme le remarque Raymond Rocher dans son livre " La Pêche à la mouche
moderne ", Halford ne croit pas que la truite distingue les couleurs, il
demeure extrêmement prudent sur le sujet, et conseille d'imiter la mouche sur
l'eau.
Ce
qui l'opposa à Skues, ce fut l'utilisation de la nymphe dans les Chalk Stream
anglais. Ces cours d'eau sont de véritables aquariums où la nymphe à vue peut
être extrêmement facile et trop prenante. Preuve en est, qu'aujourd'hui encore
elle demeure interdite sur la plupart des parcours. Au mieux, elle n'y est autorisée
que quelques mois dans l'année.
Halford respectait toute les pêches, en témoigne son éloge des pêcheurs à la
noyée et de leur sens de l'eau. Il décrit avec respect l'adresse des pêcheurs
au coup de la Tamise. Il se permet même de fustiger "la prétention exagérée
des pêcheurs en mouche sèche ... je serai le dernier à écrire une seule ligne
susceptible d'encourager cette prétention erronée de supériorité du pêcheur
à la mouche ". (Relevé par Raymond Rocher).
Nous
sommes loin du doux dingue décrit par les moucheurs français.
En revanche, Halford n'a pratiquement rien inventé et a couché sur le papier
des techniques déjà existantes et d'usage courant à son époque. Ce sont ses
observations et déductions à partir de ces techniques connues qu'il nous décrit
minutieusement. G. M. Skues, lui, a vraiment inventé une nouvelle technique
inconnue jusqu'alors: La pêche à la nymphe en lancer amont.
Si
cette pêche a encore beaucoup de détracteurs en Grande-Bretagne, en France elle
est considérée comme le nec plus ultra de la pêche au fouet. En Angleterre,
un très bon pêcheur à la nymphe à vue est un tricheur qui va au plus facile,
en France c'est un héros admiré par tous ses confrères! Deux visions diamétralement
opposées.
Ce
qui explique la caricature systématique que peut encore subir chez nous, un
Halford. L'homme qui en son temps, crime de lèse-nymphe, a osé être opposé à
sa pratique.

Un shalk stream typique
Peu
de temps avant sa disparition, Frederic Halford, mettra en oeuvre les conseils
qu'il donne dans "Making a fishery" pour aménager un cours d'eau à
truite (fishery). C'est sur un tronçon de la Test entre Stockbridge et Romsey,
sa "Home river", que déflecteurs, caches, aménagement de berges transformeront
et feront naître l'un des meilleurs parcours de la Test valley.
La
réputation sulfureuse de défenseur inconditionnel de la sèche , Halford la doit
surtout à son décalogue connu aujourd'hui encore comme la :
New orthodoxy
1°)
Localiser le poisson à son gobage
2°)
Observer l'insecte que la truite mange
3°)
Choisir l'artificielle la plus proche de cet insecte.
4°)
la lancer sur le poisson gobeur
"Le
succès n'étant pas dans le nombre de poissons capturés, mais dans la manière
de les prendre.
Vouloir réduire Halford à sa rigidité de pêcheur exclusif ou à sa ténacité à
vouloir imiter les couleurs des subimagos serait par trop injuste. Halford malgré
ses rigidités et peut être grâce à elles, a donné un code éthique de la mouche,
sinon appliqué au moins connu par tous les moucheurs de la planète Terre (et
surtout eau).
Si,
aujourd'hui, une revue de pêche à la mouche japonaise, irlandaise, australienne,
française ou italienne défend une même éthique de la pêche à la mouche et une
certaine philosophie pour un sport qui veut être art et manière de vivre, si
vous même vous rencontrez toujours, de l'autre côté de la planète, un pêcheur
qui partage notre civisme piscicole. C'est à Frederic Maurice Halford que nous
le devons.
1840-41
- 1896 George Selwyn Marryat
"Had
the been no Marryat, there would have been no Halford"
S'il n'y avait pas eu Marryat il n'y aurait pas eu Halford
Il
est tout a fait impossible d'écrire sur Walton sans parler de l'amitié qui le
lia à Charles Cotton, de Montaigne sans parler de La Boetie, et d'Halford sans
parler de Marryat.

avec
l'aimable autorisation de: http://www.flyfishinghistory.com/marryat.htm
George Selwyn Marryat :Veste
"knicker-bocker" poivre et sel et béret "Tam o' Shanter".
La
rencontre entre les deux personnages, telle que la raconte Halford, a eu lieu
exactement le 28 avril 1879 dans la boutique de John Hammond à Winchester. Une
boutique de matériel de pêche, il ne pouvait en être autrement. Frederic Halford
à 35 ans, à peu près le même âge que Marryat. Cette première rencontre pour
Halford fut une révélation, tant et si bien qu'il lui fut très difficile de
se résigner à rentre chez lui.
En
fait, comme Cotton est le vrai grand pêcheur de l'époque Walton, Marryat sera
le très grand de la période Halford. Le monteur de mouche, l'innovateur, l'observateur
accompli de la vie des rivières. Mais il restera toujours dans l'ombre, refusant
même de signer le premier livre d'Halford comme celui-ci le lui propose.
Il
est de Winchester, ville enchâssée dans le dédale des chalk streams. Après une
courte vie militaire, qui l'envoie en Inde servir comme Lieutenant du 6ème dragon,
il profite de l'aubaine pour voyager jusqu'en Australie. Il revient chez lui
en 1870, rapportant dans ses bagages une peau d'opossum qui lui permettra de
monter la Pale Watery Dun, connue aujourd'hui comme "The little Marryat".
Très rapidement il acquiert une réputation de meilleur pêcheur à la mouche de
la région et de très grand monteur d'artificielles. Dans une lettre à Henry
S. Hall, en novembre 82 il décrit sa nouvelle mouche, les ailes sont faites
à partir de deux portions de plumes d'ailes de canne, à partir d'une plume de
l'aile droite et de l'aile gauche de l'oiseau. Il monte aussi des ailes à partir
de touffes de soie qu'il sépare en deux avec le fil de montage. Avec Henry Sinclair
hall, ils fabriquent le premier hameçon a oeillet, car les soies montées directement
sur l'hameçon s'usaient très vite pendant les faux lancer. Fini les lignes montées
avec la mouche que l'on doit transporter dans un porte-feuille, les mouches
pourront enfin être classées en rang d'oignons dans des boites comme celles
qui remplissent nos gilets. Marryat disait de l'hameçon: pour être bon, il faut
qu'il soit assez fin pour être invisible et assez fort pour capturer un taureau
dans un pré de dix acres". Il est le premier, bien avant Skues à imiter
la nymphe de la mouche de mai. Son ami Halford, plus théorique que physique,
n'était pas un très grand pêcheur, en témoignent ses livres de prises si on
les compare à ceux de Marryat. C'est la complémentarité des deux qui est à la
base de l'œuvre de Frederic M. Halford.
Un
Marryat qui aurait pu tomber dans l'oubli par excès de modestie et qui meurt
prématurément à l'âge de 56 ans emporté par une épidémie de grippe. Il est enterré
dans la cathédrale de Winchester, non loin d'Izaac Walton.
13
aout 1858 - 9 aout 1949 George Edward Mackenzie Skues
Attendez un instant ce truc de la mouche sèche est en train de devenir une vraie
religion, rien à voir avec un sport, si j'en attrape, qu'importe que ce soit
comme les vieux pêcheurs à la noyée?
G.
M. Skues
Skues lui est bretteur de prétoire, un avocat hâbleur et très imbu de sa personne.
Il n'hésitera pas à attaquer Halford, directement, même après la mort de celui-ci.
Mais personne ne lui enlèvera qu'il fut l'inventeur d'une technique de pêche
révolutionnaire: la pêche à la nymphe "émergeante".
Il
est né au Canada, mais ses parents reviennent s'installer en Angleterre. La
profession du père le pousse à voyager dans les colonies, et le jeune George
Edward doit le suivre jusqu'a ce qu'il soit admis à l'école de Winchester. C'est
là au coeur des chalk streams qu'il achètera ses premiers hameçons à blanchaille,
chez Hammond, la même boutique ou se rencontreront Marryat et Halford. Plus
tard, ses premiers achats pour la mouche seront, une 11 pieds, une ligne de
soie et de crins de cheval et une Wickam's Fancy. Presque les mêmes achats qu'Halford.
En 1887, grâce à une invitation, il pêchera l'Itchen, qui deviendra sa "Home
River".

G. M. Skues un innovateur
Il
pêche à la mouche depuis 30 ans, en Angleterre, mais aussi en Europe lorsqu'en
1910, il publie ses premiers écrits "Minor tacties of the chalk streams".
Il y a trois ans que Halford a publié son dernier livre. Il commence à décrire
les nouvelles possibilités de la pêche à la nymphe. Il cherche déjà la bagarre
et dédit son livre à " Mon ami le puriste de la mouche sèche et à mes ennemis,
si j'en ai". Qu'il se rassure, il en aura. Le titre même est une provocation
" Minor tacties" contre les "Majors tacties" des élitistes
de la pêche en sèche.
L'homme éprouve un véritable désir d'en découdre qui le pousse à écrire de la
façon la plus agressive qui soit.
De
Walton, qui était véritablement une personne délicieuse, ce qui se reflète dans
tous ses écrits, il n'hésite pas à écrire: " Un misérable vieux "plagieur"
qui a écrit la première partie de son livre en copiant dame Julyana et la seconde
est de Charles Cotton". C'est un taureau mal embouché, et Haldford qui
l'a parrainé pour entrer au Fly Fishers' Club - on n'y entrait pas sans le parrainage
d'un membre prestigieux - sera le centre de toutes ces attaques. Halford est
un gentleman, au début il jouera avec lui comme un torero qui esquive les charges
d'un taureau. Préférant aux disputes sur la voie publique les échanges de lettres
... parfois venimeuses.
Dans
ce premier livre Skues nous décrit sept mouches à ailes, ce sont encore des
mouches noyées mais qu'il appelle nymphe: de la Greewell's Glory à la Black
Gnat. Il y écrit aussi qu'au mois de juillet 1908: " J'ai pris sur l'Itchen
un poisson et en examinant sa bouche, je trouvais une Dark Olive Nymph. J'avais
mon matériel de montage avec moi, et pris de la fourrure de phoque et l'ai mélangé
à des poils d'ours marrons foncés et laineux, afin de reproduire exactement
les couleurs de l'insecte naturel. Aussitôt j'attrapais six poissons sous la
surface". Il essaie alors en sèche, et rate deux poissons, il reprends
sa nymphe et capture à nouveau six poissons en peu de temps . C.Q.F.D.
Avant Skues, une truite qui nymphait était considérée "infaisable".
Il sera le premier à comprendre et à expliquer que lors d'une "éclosion",
la prise de la nymphe sous l'eau est la première activité, visible ou non, et
ce n'est que plus tard qu'aura lieu la prise en surface. Il utilise des plumes
de poules pour monter ses mouches.
Ce
qui choquera son auditoire viendra surtout de son affirmation qu'un pêcheur
à la nymphe se doit de ferrer pratiquement sans voir sa prise, un écart du poisson,
un éclair sous l'eau ou le plus souvent d'instinc. Une véritable hérésie au
temple de la sèche.

Skues est aussi un excellent écrivain, très facile à lire, ses descriptions
sont précises et minutieuses, sans fioritures inutiles. Quand il conte une anecdote,
c'est uniquement parce qu'elle vient appuyer ses théories. Un vrai travail d'homme
de loi qui doit parer au plus précis. Contrairement aux nombreuses mouches d'Halford
qui sont tombées en désuétudes, les nymphes de skues sont utilisées encore aujourd'hui.
Selon Skues, si une truite ne prends pas votre mouche, 20% des causes viennent
de la mouche, mais 80 viendront de la présentation. En revanche notre Skues
ne s'est intéressé qu'a la nymphe émergeante, c'est à dire dans la partie supérieure
de la rivière. Il semble ignorer tout de la vie larvaire et des premiers temps
de la métamorphose. Il ne pêche que les poissons intéressés par l'ascension
de la nymphe juste avant qu'elles n'atteignent la surface.

La nymphe
de Skues, imitation de Michel Flénet
En
1921, Skues publie " The way of a trout with a fly". Il raconte parmi
toutes ses expériences comment, lors d'un repas il trouva une cuillère à moelle
qui lui permit d'aller chercher directement dans l'œsophage et l'estomac des
truites les dernières mouches qu'elles avaient avalées. Une grande partie ne
sont pas des subimagos mais des nymphes.
Trois autres livres verront le jour:
Nymph fishing for Chalk Stream Trout
The
pratical angler
Side-lines, sides-lights and reflexions
Mais
son ultime livre édité (1932) ne sera qu'un règlement de compte avec Halford
qui est décédé depuis déjà dix-huit ans. Il prendra chaque point défendu par
ce dernier dans ses écrits et leur portera contradiction. C'est devenu une véritable
obsession. Le Fly Fishers' club tentera de l'expulser et il sera interdit de
pêche sur certains parcours de la Test et de l'Itchen. Pas seulement à cause
de sa nymphe mais surtout pour son manque d'éducation et sa goujaterie envers
halford. Si Halford pêchait par son rigorisme, Skues, lui, se prenait vraiment
trop au sérieux. Mais il ne sera pas expulsé du club ou Halford le fit admettre,
par égard à son grand âge. Il venait d'avoir 80 ans. Une délicatesse dont il
n'a pas su faire preuve envers Halford.
Une
dernière pensée du maître: " Le jour ou la truite ne confondra plus
la mouche artificielle avec l'insecte qu'elle est en train de manger, la pêche
à la mouche aura perdu tout intérêt".
Les
leurres comme le streamer ou les perles dorées agissant sur le comportement
agressif du poisson restaient encore à découvrir.

"En
Mémoire de G.E.M Skues qui pêcha ses eaux de 1983 à 1938. Un homme qui partagea
son chemin avec une truite". (Allusion à son livre "The Way of
the trout).
(Photo prêtée gracieusement par
http://www.danica.com) .
1890: Théodore Gordon "Quill Gordon".

1913 : Muriel Constance Foster (1884 - 1952).

En
1913, elle commence son journal de prises comme tout bon pêcheur minutieux et
constant, il durera 37 ans et traversera deux guerres mondiales.

Collection
Agustí Jausas Barcelona.
C'est Agustí Jausas bibliophile à Barcelona qui le présenta lors d'une conférence
devant l'Association des Bibliophiles de Catalogne.
Ce
journal est une petite merveille. Non seulement Dame Foster note le temps, la
mouche du moment, ses imitations de types Elisabetains, la rivière péchée, mais
elle décore patiemment les pages de son journal de merveilleux petits dessins
à la plume. Animaux rencontrés, mouches utilisées, plantes et fleurs, et bien
sur ses plus belles prises. Vous y trouverez dessinée "la plus belle truite
de sa vie" pourtant après un combat mémorable, elle cassa le fil et s'enfuit
dans les ondes. Mais l'imagination et l'art permettent parfois de réaliser ce
que le sort et l'adresse de notre adversaire n'auraient pas permis autrement.

Elle
décrit aussi ses parties de pêche en dapping avec une mouche de Mai vivante,
sur les loch Irlandais. Car elle pratiquait toutes les formes de pêches sportives
avec le même enthousiasme. Ses dessins de poissons de mer ou de bateaux de pêche
sont tout aussi merveilleux. A travers ces petites oeuvres d'art en couleur
c'est toute la philosophie de la pêche à la mouche qui s'exprime. Jusqu'a ce
que le journal s'achève sur un coup de couperet : " Fini Artritis".
Maladie terriblement handicapante, terreur des moucheurs. Lorsque nous avons
ressenti cet amour qu'elle avait pour les rivières et leur vie intime, il est
difficile de ne pas avoir le cœur serré par ces deux dernières paroles.

Franck
Sawyer
La
pêche à la mouche est pratiquées des Antipodes aux Etats-Unis d'Amérique. Des
chercheurs et des usines perfectionnent un matériel de pêche qui se vends de
plus en plus. Nous pourrions imaginer sans peur de se tromper que la prochaine
évolution ou révolution peut surgir de n'importe quel coin du globe.
Pourtant, c'est encore de la vieille Angleterre et de sa petite région bénie
des Dieux, le triangle des Chalk Streams, au sud du pays, que naîtra le père
de la "Pheasant tail", Frank Sawyer.
L'autre révolution bien involontaire celle-là et que nous pouvons attribuer
aussi à Frank Sawyer, sera d'ordre social. Pour la première fois la mouche quittera
le rang des nantis, de la noblesse et des propriétaires terriens pour être pratiquer
par un roturier issus des milieux les plus pauvres d'Angleterre. Bien sur, il
y avait déjà des pêcheurs à la noyée qui vendaient leur poisson pour améliorer
une vie plus que modeste. Mais la "mouche fouettée" telle que nous
la pratiquons aujourd'hui, pénètre, encore que très timidement, les couches
sociales plus humbles avec Franck Sawyer. La multiplication des moucheurs apparaîtra
surtout avec les congés payés.
Comment est acceptée cette intrusion dans un domaine réservé aux grandes fortunes?
parfaitement bien, d'une part parce que Franck Sawyer sera à "leur"
service en étant garde pêche et leur fera profiter de ses découvertes et de
sa technique, ensuite et comme l'a si bien dit l'écrivain américain Thomas McGuane
"les riches ne respectent que deux pauvres, le dresseur de chien de chasse
et le guide de pêche". Parce qu'ils leurs sont supérieurs dans les hobbies
qu'ils chérissent le plus.

Franck
Sawyer est né en 1906 au Mill cottage, à bulford,
sur les bords de l'Avon, Chalk stream qui agira sur lui comme un véritable aimant.
Il dit lui même que le chant de la rivière sera le premier son qu'il entendra
en venant au monde. Fils de garde pêche, absent au début de sa vie pour cause
de guerre de 14-18, il raconte sa prime enfance et la naissance de sa passion
pour les ondes dans une autobiographie, savant mélange entre Marcel Pagnol et
la guerre des boutons. Une enfance dans le dénuement le plus complet, que l'absence
du père ne pouvait qu'aggraver. Où le vol d'un bout de coton pour servir de
ligne était puni avec la plus grande sévérité.
Le petit Franck passera son temps couché
dans l'herbe, le nez à ras de l'eau pour observer et capturer, avec toutes sortes
de pièges, ses amis les poissons. En gardant toujours un oeil sur son ennemi
juré: le garde pêche du parcours des officiers. Parcours qui appartient toujours
à l'armée anglaise et géré par l'Association de pêche des officiers pour le
plus grand bonheur des militaires pêcheurs. Franck ne sait pas encore que dans
quelques années c'est lui qui deviendra garde et devra faire la chasse à des
chenapans qui lui ressemblent comme deux gouttes d'eau de l'Avon River.
Ce mêtier lui permettra de
consacrer tout son temps à sa passion et à améliorer au maximum le cours d'eau
des sociétaires qui lui fournissent gîte et couvert. Ces années d'observations
et de braconnage n'auront pas été vaines. Il sera l'inventeur d'un traitement
à la craie des cours d'eau à truite afin de faire baisser l'acidité de l'eau,
ce qui détruit les algues parasites et favorise la flore et multiplie la micro
faune benthique. D'ou une croissance optimum des ombres et des truites. Mais
la pêche à la mouche le passionne toujours. Disciple de l'école de Skues, il
veut tout comme son maître traquer la truite sous la surface puisque c'est là
qu'elles se nourrissent la plupart du temps.

Un
petit aparté sera peu être nécessaire à ce moment de ce récit:
Aujourd'hui, même si la télévision est traité d'instrument d'acculturation à
cause de divertissement pas toujours du meilleur goût, nous ne nous rendons
pas toujours compte de son pouvoir de vulgarisation du savoir. A l'époque de
Franck Sawyer, les populations ne connaissaient absolument rien de la vie des
insectes et de la plupart des animaux sauvages. Si aujourd'hui tout un chacun
a déjà vu des dizaines de fois la métamorphose d'un papillon, au début du vingtième
siècle, rare était le paysan qui faisait le lien entre la chenille et l'insecte
parfait. Ne parlons pas des insectes subaquatiques. Il est très étonnant en
lisant Skues, pape incontournable de la pêche à la nymphe, ignorer tout des
différentes métamorphoses, et négliger totalement les insectes vivant au fond
des rivières. Lieux réputé impêchable avec les techniques de son temps. Franck
Sawyer, lui c'est en culotte courte, à l'école de la nature et au milieu des
orties qu'il a appris à observer.

La Pheasant
Tail
A
quatorze ans, le jeune Francki quitte
l'école pour devenir apprentis menuisier, mais l'élastique qui le lie à sa Home-river
finit par gagner. Il devient d'abord garde-adjoint auprès d'un disciple d'Halford
qui n'apprécie que très moyennement son goût pour la pêche à la nymphe. Quand
la place de garde se libère au parcours des officiers, c'est tout naturellement
qu'il postule et à son plus grand bonheur et pour celui de tous les moucheurs
de la terre, il obtiendra le poste. Franck Sawyer n'aura jamais vécu à moins
d'une dizaine de kilomètres de sa rivière. Lorsque, pour cause de guerre il
sera appellé à servir sous les drapeaux, il souffrira de dépressions à répétition.
De retour au pays, il n'en sera plus jamais question. Sa notoriété internationale
sera obtenue sans avoir pratiquement quitté son Avon
Deux personnages vont aider au
maximum de leurs possibilités Franck Sawyer à devenir le Sawyer que nous connaissons.
Sir
Grimwood Mears
qui le poussera à écrire. Une vrais torture à ses débuts car quelques années
d'études de plus lui auraient grandement facilité la tâche. C'est Mears qui
le fera entrer à la BBC.
Franck Sawyer, en autodidacte absolu, s'imposera une discipline de fer. Il publiera
trois livres, près de 200 articles et réalisera une cinquantaine d'émissions
de radio et une douzaine de reportages télévisés, dont certains en direct. Prendre
une truite sous l'oeil de la caméra, en direct, c'est à dire en temps réel,
c'est la magie Sawyer.
L'autre
personnage sera G.E.M. Skues.
Sawyer ne rencontrera le maître de la nymphe alors que ce dernier vient de fêter
ses 90 ans. C'est Skues qui se servira de sa notoriété pour convaincre une maison
d'édition de publier Sawyer. Les deux savants es-nymphes ne cesseront jamais
de correspondre jusqu'a la mort de Skues.
Avec
Charles Ritz,
le patron des Hôtels Ritz ce sera une autre forme d'amitié, de complicité. Ritz
sera au refendu ce que sera Sawyer à la nymphe, un innovateur. L'amitié entre
le nabab et le plus que modeste garde-pêche sera sans faille, c'est la magie
de la mouche. Etrangement, c'est Ritz qui aura une gouaille de roturier extraverti
alors que Franck Sawyer aura toute sa vie la retenue d'un vrai gentleman
Nymphes et techniques de pêche.
Lors
de ses longues heures d'observations, Franck Sawyer avait bien remarqué que
les truites et ombres capturaient de minuscules proies sur le fond des rivières,
entre deux eaux et à ras du gravier des Chalk stream. Skues avait marqué le
pas avec ses nymphes de surface ou dans la couche supérieure de la rivière avec
ses nymphes non plombées. C'était encore une pêche visuelle.
Lorsque Sawyer monte sa fameuse
"Pheasant
tail"
il veut qu'elle s'enfonce, pour aller chercher la truite là où elle se trouve
et se nourrit la plupart du temps. Il n'utilise pas de fil de montage, mais
lie les fibres de queue de faisan avec un fil de cuivre. Sur un hameçon de 14,
15 ou 16, il leste d'abord sa mouche avec plusieurs couches de fil de cuivre
et superpose plusieurs couches à la hauteur du thorax pour imiter le sac alaire.
Il recouvre le tout en tournant les fibres de faisan et finit de lier le tout
avec le même fil de cuivre. Les reflets métalliques rendent les montage encore
plus attrayants pour notre carnassière.
Toujours perfectionniste, il avait acheté un microscope d'occasion, grand sacrifice
pour son petit budget. Il élevait des mouches dans des aquariums et avait remarqué
que lors de leur ascension elles gardaient leurs pattes plaquée le long du corps.
Pour cette raison, aucune de ses mouches ne possède de pattes.
La Grey Goose
autre création emblématique, se décline en 14, 15 et 16, et ressemblerait en
tout point à la "Pheasant Tail" si elle n'était montée avec les fibres
d'une plume de l'aile d'une oie grise. Le fil métallique est doré.
La killer-bug.
est la troisième, destinée à capturer et détruire les ombres des Chalk streams.
Il l'utilisait sur des hameçons 9 et 10, afin de capturer les truites de lac
et les truites de mer. Le fil était en cuivre rouge et la laine, un mélange
de nylon et de laine cardée beige ou du coton a repriser dont il donne les références
"Chadwicks ref. 477" qui est introuvable depuis, et les quelques pêcheurs
qui en possèdent encore le conservent comme une relique.
Bien
sur il fit et inventa d'autres mouches, mais ces trois là lui permettaient d'attraper
tout les poissons qu'il désirait.
En
allant traquer des poissons invisibles sur le fond, ces nymphes échappent également
au champ de vision du pêcheur et pour cette pêche en aveugle, il fallut qu'il
invente une nouvelle technique de pêche.:
La nymphe au fil!
Il
explique alors qu'il faut fixer le point du fil qui flotte juste là ou il brise
la surface pour s'enfoncer. Au moindre arrêt ou accélération de la descente,
il faut ferrer. Mais il obéit très souvent à son sixième sens qui le prévient
quand une truite a pris sa nymphe..Il apprend aussi à ses amis à pêcher en
Nymphe à vue,
en calculant la vitesse de descente de la nymphe et la vitesse du courant afin
d'apporter l'imitation, difficile à voir, devant la bouche d'un poisson qu'il
a surpris et voit en train de se nourrir. Exactement comme nous procédons
encore aujourd'hui.

Les trois
modèles en différentes tailles, la plupart des nymphes utilisées aujourd'hui
sont dérivées de celles-là.
Sawyer fut donc le précurseur de la NAV (Nymphe à vue) et de la NAF (nymphe
au fil),
nec-plus-ultra de tout pêcheurs français.
Souvent surnommé
"l'ami de tous les animaux", il ne supportait pas qu'un pêcheur laisse
agoniser un poisson sans l'achever proprement pour abréger ses souffrances.
Pour
éliminer les lapins qui pullulaient il inventa un piège qui capture sans souffrance,
car il détestait les pièges à palettes qui brisent les os. Il passa sa vie entière
à vouloir faire homologuer son invention et faire interdire l'instrument de
torture utilisé par tous. Mais les administrations sont lentes, quand enfin,
à la fin de sa vie il vit ses efforts aboutir et obtint gain de cause, la myxomatose
fit son apparition et élimina des millions de lapins dans des souffrances pire
encore que l'ancien piège à palette.

Pendant plus de cinquante ans, notre garde servira au mieux la rivière, ses
habitants et les pêcheurs du Parcours des officiers, avec zèle et abnégation
et a titre gracieux !
Lorsqu'il prendra sa retraite, il recevra plusieurs décorations qui le rempliront
d'aise.
Le
18 avril 1980, accompagné de son chien Shandy, il se rendit sur son parcours
favori à Choulston. On le découvrit allongé dans l'herbe sur le dos, sa canne
encore dans la main, comme s'il avait été endormi. Son visage était paisible
.il était mort depuis deux heures, il était cinq heures.
Un
simple banc de bois sans aucune inscription a été installé là ou il fut découvert
afin de permettre à ses amis pêcheurs d'attendre les gobages..
Oliver Kite
Oliver
Kite est l'antithèse de Frank Sawyer. Autant Franck possède la maîtrise d'un
parfait gentleman anglais, autant Olly est hâbleur, extraverti et aime éblouir
son entourage. Sawyer préfère se tenir à l'écart des discussions tapageuses,
Kite les domine et les anime à loisir. Portant les deux grands pêcheurs furent
amis, à tel enseigne qu'Oliver Kite choisit de s'établir à Netheram, le village
de Sawyer, les deux maisons se faisant face. Oliver passa des heures chez Sawyer
à discuter de nymphes et de réactions des poissons. Il se fit expliquer en long
et en large toutes les expériences de Sawyer, car Kite n'était pas un homme
à passer des heures à observer. Puis un jour l'amitié se tarit, et les deux
voisins ne s'adressèrent pratiquement plus la parole. Oliver Kite dans les traces
de Sawyer écrivit un livre excellent "Pratique de la pêche à la nymphe"
traduit en français par Raymond Rocher. Mais nous n'y retrouvons rien de plus
que ce qu'avait découvert Sawyer, avant lui, ce que Kite reconnaît sans doute
en écrivant "Tout le livre rend hommage à Sawyer". Puis Kite se consacra
à la télévision, où il connu un succès certain. Son émission touchait tous les
aspects de la vie au grand air, mais réservait une grande place à la pêche et
à son incontestable adresse à capturer les poissons. C'était un vrai génie de
la télévision, inventif et sachant captiver son public même s'il fallait pour
cela faire du "tape à l'œil". Sa réussite, il voulait que tout le
monde la voie et pour cela il acheta une jaguar blanche, magnifique. Il était
vraiment tout l'opposée de Sawyer qui ne serait jamais tombé dans ces ostentations
de nouveau riche. Sawyer aimait la discrétion, même s'il considérait qu'un petit
salaire dévalorisait son travail. Mais il considérait que s'enrichir grâce à
la pêche était immoral. Les deux anciens amis quittèrent ce monde de la même
façon, du bord de leur rivière préférée. Oliver Kite le fit des berges de la
Test à Overton (Hampshire) ou il eut sa dernière crise cardiaque. Ils donnèrent
tous deux, de façon diamétralement différente et parfois en opposition totale,
le maximum de plaisir à leurs amis moucheurs.
Kite avec ses débordements était un homme comme les autres avec ses talents
incontestables et ses défauts alors que Franck Sawyer était un homme exceptionnel!
1852:
Les premiers écrits français
La pêche à la noyées à trois mouches peut être considérée
comme traditionnelle en France, mais au début du vingtième siècle, la pêche
à la mouche sèche n'en est encore qu'à ses balbutiements. Si pour la noyée,
les techniques s'apprennent de bouche à oreille et au bord de l'eau, l'apprentissage
de la mouche sèche s'accompagne de livres, de schémas, de descriptions de mouches
et même d'entomologie.
Nous avons
trouvé tout au long de nos recherches quantité d'ouvrages halieutiques parus
postérieurement et faisant référence à des textes en français beaucoup plus
anciens, nous ne les avons pas trouvés, ou peut être n'avons nous pas su les
découvrir. Aucune des références données ne correspondent à des manuscrits répertoriés.
Aussi, et jusqu'à preuve du contraire, cette date jalonnera les débuts de la
pêche à la mouche dans l'histoire de la bibliophilie française.
Le "de
Massas" (1852)et le "Perruche"(1922) sont
les premiers ouvrages français originaux consacrés à la pêche à la mouche, publiés
respectivement 356 et 426 ans après l'œuvre de dame Julyana Berners
De
la civilisation du cheval à celle du chemin de fer, nous avons vu disparaître
tout un monde, et pourtant la pêche en France n'a pratiquement pas connu d'évolution
depuis les descriptions qu'en a faites Izaak Walton.
Charles
de Massas dans ce tout premier livre français de 1852 : "Le pêcheur
à la mouche artificielle .... dédié à la
pêche à la mouche,
nous explique, tout comme
l'a fait Walton avant lui, comment fabriquer nous-mêmes presque tout notre matériel.
Canne, ligne et même hameçons. Car, ces derniers, en petites tailles, n'existent
pas encore dans le commerce. Il faut pallier le manque du marché pour pouvoir
s'attaquer aux poissons à petites bouches comme la vandoise, l'ablette ou l'ombre.
Et l'auteur de nous apprendre comment les forger à partir d'aiguilles, exactement
comme le faisait dans son livre Dame Julyana Berners.
Mais ceci explique peut être cela,
Charles de Massas est très près de ses sous. Son livre est une longue litanie
sur la cherté du matériel à mouche.
Il est vrai qu'a la fin du IXXe.
siècle, les ouvriers et les petits paysans n'ont absolument pas de temps libre
et vivent une vie misérable. Les pêcheurs sont divisés en trois catégories,
les ouvriers agricoles et petits paysans qui arrivent de temps en temps à s'échapper
de leur travail et pêchent alors pour apporter un complément de nourriture à
leur famille, les pêcheurs professionnels qui vendent leurs poissons et les
riches oisifs issues de la noblesse ou de la bourgeoisie qui puisent dans l'héritage
familial. Beaucoup des grands noms de la pêche sont à particule.
Charles de Massas, fait partie de
la dernière catégorie,
ce qui ne l'empêche pas de nous
apprendre comment fabriquer soi-même sa canne à mouche "rubanées".
Elle est en bois et enveloppée de toile pour éviter les brisures, tout comme
Charles Cotton conseillait de le faire cinq siècles auparavant. Puis il se livre
à de savants calculs arithmétiques pour nous convaincre des sommes qu'il arrive
à économiser en procédant de cette façon.
Ce qui démoralise notre pêcheur,
c'est que les Anglais qui viennent pêcher en France, ont donné aux moucheurs
une réputation de nabab. "Si vous rentrez dans une auberge de campagne
avec une canne à mouche, explique t'il, pour un repas à 2,50F on vous
en demande 12!".
La canne et la soie.
Le bambou est a peine cité, car,
curieusement, seul le scion est en refendu tout le reste de la canne est encore
en bambou naturel. Il est lourd et dans les lancers appuyés il finit pas se
fendre. Il y a quand même une différence majeure entre Walton et de Massas,
désormais le pêcheur fouette avec un long lancé arrière pour étendre sa soie
sur l'eau. On a découvert la soie naturelle qui sert de cordon pour entraîner
le bas de ligne, mais on y mêle encore le crin de cheval. Selon de Massas les
deux matériaux ne répondent pas de la même manière une fois mouillés et la pression
se fait surtout sur les brins de soie qui finissent par s'effilocher. Il préfère
acheter de la cordelette de soie de grège ( à 3 francs l'écheveau de 70 mètres)
qu'il imprègne à cœur de graisse, et nous fait encore part de toutes les belles
économies qu'il réalise ainsi.
Les meilleurs hameçons
sont irlandais et appelés "Limericks". Il faut les acheter sans palette
pour profiter d'une longue hampe où monter sa mouche. Il n'existe qu'un seul
fil de pêche, le crin de Florence qui est en soie naturelle.
Le bas de ligne
est en trois brins dégressifs en tresse ronde. Il existe encore les plates que
l'auteur déconseille. Tous les nœuds, y compris ceux du bas de ligne doivent
impérativement être renforcés par des tours de soie poissée. Ils doivent être
constamment vérifiés et renforcés pendant la pêche.
En revanche, Charles de Massas,
consacre au moulinet un long article accompagné de croquis. Non pas pour
comparer les différents modèles existants, mais tout simplement pour expliquer
son utilisation et tous les avantages qu'un pêcheur peut tirer de ce tout nouvel
ustensile.
Les mouches
.
Lorsqu'il va à la pêche, Charles
de Massas ne s'embarrasse pas de nombreux portefeuilles regorgeant de modèles
différents d'artificielles. Il n'y croit pas. Pour lui une truite a tellement
d'insectes différents qui passent à sa portée que n'importe qu'elle imitation
peut arriver à la tromper. Les hameçons n'ont pas encore d'œillets et les mouches
sont montées déjà liées au brin de fil qu'il faudra rattacher au bas de ligne.
Deux modèles sont décrits :
- un palmer qu'il appelle chenille,
corps de quill de paon et hackle de coq. Il nous confie qu'en Angleterre,
on ajoute un léger fil doré (tinsel) du plus bel effet qui "attire les
truites comme tout ce qui brille attire les humains".
- La seconde est une mouche,
car l'auteur fait la différence entre la mouche et la chenille (palmer). Hackle
plus fin, prise sous la barbe d'un vieux coq et deux portions de plumes de
canard pour former les ailes, corps, à nouveau, en barbe de plume de paon :

"
J'établirai bientôt que, pour le but que le pêcheur poursuit, rien ne lui est
moins nécessaire que de multiplier à l'infini ses richesses artificielles; qu'il
n'a que faire de tirer d'Asie ou d'Amérique des plumes bigarrées à nuances éclatantes,
et qu'en un mot, pourvu qu'une fois l'an il se procure pour le corps de ses
insectes, une plume de paon ou d'autruche; pour les ailes, la défroque d'une
poule ou d'un canard, et, enfin, pour leurs pattes, la cravate d'un vieux coq,
il aura tout ce qu'il faudra pour fabriquer des mouches et des chenilles … aussi
diverses, aussi bizarres, aussi coquettes, que son caprice aura pu le désirer."
Qu'en de termes
galants ces choses là sont dites !

La plupart des récits de pêche de
Charles de Massas décrivent des foules médusées de voir pêcher d'une aussi drôle
de façon. Le plus souvent, les pêcheurs du cru sont persuadés que les graisses
destinées à faire flotter lignes et mouches, sont des recettes secrètes qui
rendent fous les poissons. Sinon, pourquoi se jetteraient-ils ainsi sur des
pompons en plumes de coq?
Sieur de Massas est un excellent
conteur. Les pêches qu'il nous raconte avec luxe de détails nous font rêver
d'une époque où le poisson et les rivières étaient encore sauvages et où les
"éclosions" pouvaient masquer le soleil.
La deuxième partie est consacrée
à la pêche aux appâts naturels et en exclusivité
il nous décrit un article tout nouveau qu'il a vu de ses yeux fonctionner, et
à sa grande stupéfaction, tromper de nombreux poissons. Il s'agit d'une palette
de fer blanc qui tourne sur un axe armé d'un hameçon triple appelée « cuillère. »
Et enfin, le troisième chapitre
réunit les meilleures histoires de pêche de l'auteur,
le cœur du livre fourmille déjà d'anecdotes vécues. Il écrit bien, dans le langage
châtié de l'époque, c'est un vrai régal!
Quand à la dernière partie, signée
Albert Larbalétrier, elle nous initie à une toute nouvelle science présentée
comme le futur de la pêche " Le repeuplement des cours d'eau et la pisciculture".
Hélas!
L'ouvrage est illustré de 80 vignettes,
gravures naïves et bucoliques de scènes de pêche et de divers poissons.
La pêche à la mouche fouettée
en France est pratiquée des passionnés toujours plus nombreux, comme en témoignent
les rééditions des premiers livre dédiés à cette pêche. Mais elle a encore
dix à vingt ans de retard sur celle qui se pratique en Angleterre. Surtout au
niveau du matériel et des mouches. Ce qui peut surprendre car nos pêcheurs hexagonaux
gardent toujours un œil sur la mère patrie des moucheurs. De Massas inclut par
exemple un extrait traduit du "Perfect angler" de Walton dans son
livre. Les problèmes de communication et les menaces de guerres avec les voisins
d'outre-Rhin sont peut être les raisons de ce retard.

Lucien perruche:
La Truite et le saumon à la mouche artificielle: / éditions halieutiques. paris
1922
"Aucun
auteur français n'a encore publié d'étude détaillée de la fabrication des mouches
artificielles pour truites et saumons … c'est pour cette raison que cette question
a reçu ici quelques développements" L. Perruche

Lucien Perruche
signe un manuel d'apprentissage relativement réduit, 143 pages, mais décrivant
tout ce qui se sait à ce jour sur la vie des truites et des saumons. Il donne
des cours de lancer avec croquis à l'appui mais ne fait qu'ébaucher les rudiments
du montage des mouches artificielles. Il ajoute un aperçu des différents poissons
que l'on peut capturer à la mouche artificielle, truite de mer, ombre, vandoise
et chevesne, l'ouvrage connu un grand succès et nous connaissons au moins cinq
rééditions de ce livre.
Dès la seconde
édition (242 pages) il supprime la partie pêche aux appâts naturels et devons.
Une présence qui lui fut imposée, précise t'il. L'éditeur aura sans aucun doute
trouvé qu'un livre uniquement consacré à la pêche à la mouche risquait de n'intéresser
qu'un nombre réduit de lecteurs, erreur funeste vu le nombre de réédition de
l'ouvrage.
La partie consacrée
à la pêche de l'ombre est signée du grand spécialiste de son époque J. d'Or
Sinclair, pseudonyme de Paul de Beaulieu. Les pêcheurs d'ombres n'étaient pas
légion à cette époque, et à la mouche fouettée encore moins.
Le livre de
Lucien Perruche est une véritable anthologie des connaissances et du matériel
utilisé au début du vingtième siècle en France. Docteur es science, Lucien Perruche
précise dans sa préface " Les opinions exprimés dans ce livre … sont
celles qui m'ont paru les meilleures … elles ne sont pas définitives".
Le matériel:
Lucien Perruche
est fortement anglicisé par le contact direct avec le monde des moucheurs anglo-saxons
et la lecture de leurs manuels et revues. Au sujet du lancer, il précise que
les techniques françaises sont très primaires et apprises de façon empiriques,
alors que nos voisins ont développé toute sorte de lancers, qu'il décrit avec
leurs noms anglais.
Pour le
fouet, il nous apprends que le bois est encore largement utilisé "
greenhart (ébène), hickory (noyer blanc d'Amérique) et lancewood" (acacia),
mais le bambou (on ne disait pas encore refendu) est présenté comme le nec plus
ultra. Bambou d'Inde pour les fouets anglais et bambou du Tonkin pour les américains.
Bien que plus économiques les "américains" (1 dollar aux USA et de
6 à 20 francs en France) sont considérés de moindre qualité face a la technicité
anglaise.
Les cannes
en bois sont plus fragiles, ce que nous savions déjà mais de moindre coût. Selon
Perruche: "Il vaut mieux une "greenhart" de qualité moyenne qu'
un refendu à bas prix".
Même en bambou,
ces cannes étaient lourdes, certaines cannes étaient équipées d'une "lance"
de cuivre qui se visse sur le talon, ce qui permet de piquer sa canne en terre
le temps de bourrer une pipe, de changer de mouche ou de réparer un bas de ligne.

La soie,
toujours naturelle, bien sur, est tressée, imperméabilisée à cœur à l'huile
de lin. L'auteur préconise déjà la soie "queue de rat" terminée en
fuseau.
Le bas de ligne
est en Florence ou en racine. Ces deux produits sont tout simplement en fil
de soie. Ce qui est plus étonnant c'est la façon de récolter ce fil de soie
tel que nous l'explique Lucien Perruche. La soie n'est pas dévidée du cocon
, mais retirée directement des glandes salivaires du ver avant qu'il ne commence
à filer. "Par des mains expertes" précise t'il, on le comprendra!
La meilleure des soies vient de Murcie en Espagne. Les soie tissées sont traitées
au carbonate de soude. Les purs pêcheurs en sèche préfèrent la Florence naturelle
non passée par les filières, car elle est peu brillante, plus solide et s'effiloche
moins rapidement, la plaie des pêcheurs en ce temps là. Mais la Florence ne
peut atteindre la finesse d'une bonne racine qui est conseillée par eau claire
et en période d'étiage.
Les Mouches
" Il
n'existe pas en France de noms populaires pour désigner les insectes dont les
imitations sont employées par les pêcheurs de truites. Comme on ne peut songer
à employer les dénominations scientifiques, force est de les désigner par leur
nom anglais". L. Perruche.
Perruche décrit
tout le matériel nécessaire à la fabrication des artificielles, fourrures, plumes
et dresse une liste de tout les différents colorants que l'on peut se procurer
chez l'apothicaire: éosine, acide picrique, fluorescéine, tartrazine … Malheureusement
toutes les mouches décrites sont des mouches anglaises, aucune n'est d'inspiration
française: Blue Dun, Spent drake, Sherry Spinner, Olive Spinner, Pale Watery,
Spinners, Red Spinner ... même l'oreille de lièvre appelée "Hare's ear"
est un montage anglais.
Lucien Perruche
s'évertue d'ailleurs à apprendre à ses lecteurs tout le vocabulaire anglais
de la pêche à la mouche. C'est un excellent pêcheur et la plupart de ses observations
peuvent être appliquées aujourd'hui sans que nous n'y changions un iota.
Cette deuxième
édition qu'il nous a été donné de consulter comprend un paragraphe plus important
sur la pêche au saumon. Les mouches à saumon décrites sont toutes anglaises
et de type victorien, Wilkinson, sun Fly, Gold Riach, Jock Scott … Perruche
fait une brève allusion à des mouches locales sur l'Allier ou en Bretagne, mais
il précise qu'elles sont montées avec des matériaux naturels récupérés dans
les basses-cours et à la chasse. Elles ne possèdent pas les vives couleurs des
mouches anglaises, ce qui est à ses yeux un défaut tellement rédhibitoire ,
que, hélas, il ne donne aucune description de ces montages!
Lucien Perruche
était sans aucun doute un excellent pêcheur de truites et de saumons, il pratiquait
des rivières françaises d'une richesse que nous pouvons tout juste imaginer
aujourd'hui, mais ce scientifique prévoit déjà la dégradation des cours d'eau
français et espère que les générations futures prendront conscience et saurons
protéger les eaux douces. Rien de changé depuis, car nous aussi espérons encore
et toujours … des générations futures. Avec son ami Paul de Baulieu le pêcheur
d'ombres, ils sont disciples exclusifs de Halford, ils connaissent et appliquent
en France la pêche qui se pratique outre Manche. Comme Halford ce sont des pêcheurs
en sèche exclusive et aucune allusion n'est faite à la pêche à la nymphe ni
aux ouvrages de Skues qu'ils connaissent sans aucun doute.
Le livre compte
seize photographies noir et blanc pleine page et de nombreuses gravures sur
cuivre notamment pour nous permettre de suivre le montage des mouches sèches
.
C'est
un premier livre de pêche français décrivant la mouche fouettée. Toutes les
expériences personnelles commentées par l'auteur sont judicieuses. Lucien Perruche
est un excellent pêcheur, et son travail aussi pertinent aujourd'hui. Mais toute
la partie technique n'est encore qu'une copie des manuels halieutiques anglais
de l'école Halford.
1939
Les mouches à truites de Ryvez (pseud; Henri Edouard VEZE)
Pêche à la mouche sèche. Entomologie des mouches à truites. Utilisation des
mouches artificielles. Fabrication des mouches artificielles.
Préface de M. le professeur Roule. Dessins de MM. Thor, Planet, etc...
116 pages.
C'est le troisième livre français, et comme les deux autres, inconditionnel
de l'école Halford, pas une seule allusion n'y est faite à la pêche à la nymphe.
Lee Wulf, (1905-1991), le père du "No Kill".
"Game fish are too valuable to be caught
oly once" :
Un poisson de sport est trop important pour n'être capturé qu'une seule fois.
Lee
Wulf est né à Valdez en Alaska en 1905. Un territoire où l'eau et la terre
n'ont pas de limites. Difficile de dire si le petit Lee apprit d'abord à marcher
ou à pêcher. Son père encourage sa passion et pour ses neuf ans, il lui achète
sa première canne à mouche en bambou refendu. Il se jette alors sur les catalogues
de "Chasse et Pêche" afin de trouver des images de mouches artificielles
à imiter. Il monte à la main et sans étau, il procédera ainsi toute sa vie.
Il voyagera dans le monde entier, pêchant et capturant tout ce qu'il peut qualifier
de poisson de sport, s'obligeant à utiliser le matériel le plus léger possible.
Il pointe ainsi les normes de la pêche sportive en mer et en rivière
.

Lee
Wulf et un 14 livres sur un cure-dent en bambou refendu
. Au début des années 30, il monte les premières mouches de la collection
Wulf: Grizzly Wulf, Black Wulf, Brown Wulf, Blonde Wulf et bien sur la. Mouche
parfaite pour les eaux rapides et agitées.

Royal Wulf
Insubmersible et très visible grâce à son toupet blanc. Elle
connaîtra et connaît encore aujourd'hui un vrai succès en Nouvelle-Zélande et
aux États-Unis, beaucoup moins en Europe où les truites sont plus regardantes
et se laissent difficilement tromper par de tels plumeaux, même en eaux rapides.
Monter une mouche aussi complexe sans étau est vraiment un travail d'artiste.
À peu près au même moment il fait construire une collection de fouets en refendus
par un ami facteur de canne, bambou du Tonkin et liège du Portugal.
Dans les années 60 avec son
inséparable compagne de pêche, sa femme Joan - que certains n'hésitent pas
à déclarer meilleure pêcheuse que lui - ils découvrent Boca Paila (Caraïbe Mexicaine).
Ils entreprennent la prospection des flats à la mouche et découvrent les incroyables
atouts du permit (Trachinotus falcatus), du bonefish (Albula vulpes)
et du tarpon (Megalops atlanticus) capturés avec une canne à mouche.
Il invente ses premières artificielles "eaux salées" et vante leurs
qualités sportives dans toutes les revues du monde anglophone. Les résultats
ne se font pas attendre et les années suivantes, les flats à bonefish, du monde
entier, deviennent le nouvel Eldorado des moucheurs aisés.
No Kill
L'anglais J. C. Mottram au début du XXe siècle relâchait ses prises, il disait
défendre des principes moraux. L'américain Harold T. Pulsifer, à la même époque,
cassait son ardillon pour relâcher ses prises "vivantes". John Alden
Knight dans son livre "The modern angler" défend l'idée qu'un pêcheur
désireux de jouir de son sport des années durant, doit impérativement relâcher
une partie de ses prises. Enfin en 1939, Lee Wulf écrit son immortelle phrase
dans son livre "Handbook of freshwater fishing".
Peut-être ne fut-il pas l'inventeur du No Kill, mais sans aucun doute il en
sera le meilleur propagateur à travers le monde entier.
Il meurt à 86 ans en 1991 dans un accident d'avion au Canada, en se rendant
sur un lieu de pêche, fidèle à l'image de pêcheur aventurier qui le rendit si
populaire. Aujourd'hui encore, il jouit d'un véritable culte chez les pêcheurs
d'Outre-atlantique et d'Océanie.
Sa femme continuera seule l'entreprise familiale, auteur de manuels et de DVD
pour apprendre toutes les techniques du lancer, créatrice d'une soie Triangle-taper
qui connaît bon nombre d'inconditionnels. Les soies synthétiques produites par
la firme Lee Wulf sont parmi les meilleures du marché.

Le logo
du Wild trout trust (GB).
Que pourrions-nous écrire aujourd'hui sur le "No kill" qui n'ait
déjà été écrit et commenté des milliers de fois. Peut-être pourrait-on souligner
l'intérêt psychologique que représente la "graciation"?
Pour les chasseurs-cueilleurs que nous sommes, ce simple geste représente une
rupture radicale avec une tradition de plus d'un million d'années. C'est casser
avec une peur séculaire de manquer, demain, de nourriture. Relâcher aujourd'hui,
c'est avant tout un geste généreux et une révolution face à "l'utilité
de l'action". Libéré de tout esprit de lucre et de rentabilité, le pêcheur
ne pêche plus que pour le plaisir du jeu. Il tourne le dos à une pêche productiviste.
Les conversations entre adeptes changent du tout au tout. Nous ne nous remboursons
plus le permis, nous ne remplissons plus les quotas autorisés, nous ne
mesurons plus nos prises en jurant pour un demi centimètre qu'il manque "pour
faire la maille". Si notre vie professionnelle nous oblige à la rentabilité,
l'oublier à la pêche c'est la liberté. Mais il n'est jamais facile de rompre
avec un système qui gère entièrement notre vie.
Le
No Kill, c'est évidemment sauver la vie de notre partenaire. D'adversaire le
poisson devient compagnon. À son corps défendant, bien sûr, car lui, il continue
à souffrir, ce que nous ne devons jamais oublier. La bonne conscience du relâcher
a une limite, les souffrances que nous imposons aux poissons. Le stress d'être
accroché, de ne plus coordonner ses mouvements et de se rapprocher inexorablement
et à bout de force vers son ennemi mortel, peut tuer. Il paraît qu'une truite
Fario trompée de trop nombreuses fois, arrêterait de se nourrir. Les parcours
No Kill doivent être étendus sur de longues distances pour éviter que le poisson
ne soit massacré par de trop nombreuses captures.
Enfin, le No Kill, comme l'entretien des cours d'eau, est la philosophie qu'il
manquait à la pêche à la mouche pour devenir un vrai loisir écologique

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