Jean Louis Pelletier                                                                                                    

Les nouvelles du Moulin

 

                                                       

 

L'auteur: Né dans l'Oise en 1925, d'abord ajusteur à la SNCF, cet autodidacte devenu ingénieur fut un spécialiste européen des ultrasons et professeur à l'école des Arts et métiers de Paris, mais il fut également un grand pêcheur à la mouche d'après guerre et un pilier de l'association TOS où il entra en 1970 pour y défendre la nature et particulièrement les rivières à travers le droit de l'environnement dont il était devenu également un spéciaiste !
Il collabora à de nombreuses revues de pêche dans lesquelles furent publiées ces nouvelles réunies avec bonheur dans cet ouvrage!
Il fut en 1972 le co-auteur avec B Audouys du petit livre "je monte mes mouches en 15 leçons " qui me guida pour mes premiers montages et dont la qualité le révéla au monde des moucheurs, tout comme ses autres écrits sur la pêche au coup en 1958, la pêche en noyée en 1977? technique dont il représente une "référence" et en 1982 "pêche à la mouche sèche"!
Il fut également l'auteur de plusieurs articles sur la bas de ligne "mathématique" dans lesquels il détaillait et mettait en application les lois physiques présidant à son déploiement optimum..!

                                                                                                         

Défenseur opiniatre de l'environnement , fort en gueule, il fonda au sein de TOS une commission "Pollution et nuisances" et poursuivit lui même avec succès les contrevenants sans l'aide d'avocats!
Il fut également l'auteur de plusieurs articles sur la bas de ligne "mathématique" dans lesquels il détaillait et mettait en application les lois physiques présidant à son déploiement optimum..!

Il aura eu la puissante stature d'un homme simple et humble qui parlait franc et droit!

Mon opinion:.! L'ouvrage est un recueil de très courtes petites anecdotes de pêche et de voisinage "au quotidien" autour du moulin breton propriété du narrateur... quand les truites encore nombreuses montaient sur des bas de ligne de 22%..., autant de témoignages nostalgiques d'une époque révolue victime de la modernité redoutée à juste titre cet écologiste avant l'heure, qui s'est bien battu depuis son moulin à eau...contre des "moulins à vent" qui ont évidemment et malheureusent gagné!
Sans atteindre la truculence d'un Fallet ni le lyrisme et l'humour déjanté d'un Voelker , c'est sincère, "sui generis", frais et bucolique à souhaits, très facile à lire même "dans le désordre"....pour un réel plaisir au bord de l'eau et en hommage à la personnalité de l'auteur excellent pêcheur , excellent technicien (Cf ses bas de ligne "mathématiques) et inlassable défenseur de la nature ...!

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                                                                                                                                Extraits

                                                                                                                    Le puriste

Je le rencontre pour la première fois: son costume élégant, ses manières aisées, son langage châtié, sa canne en refendu signée d'un bon faiseur, son large sourire le rendent sympathique. Après de banales politesses, nous abordons le problème des divers modes de pêche. Il s'en suit une longue tirade où tout y passe: "lancer = quincaillerie, vers = destruction, insecte = mesquinerie, etc..
- Moi, monsieur, je ne pêche qu'à la mouche, je suis un pur, jamais vous ne me verrez au bord de l'eau avec un autre appât.
Très heureux de cette affirmation, je continue sournoisement mon petit examen. Après les modes de pêche, nous en venons aux mouches. Je comptais ne voir dans les boîtes de mon interlocuteur que des mouches sèches. Quelle erreur ! Au fond, de nombreux casiers figuraient: des mouches "vairons", des mouches "à hélice", des mouches "larves", des mouches "nymphes", des mouches "noyées" ! Je posai insidieusement cette question:
"Considérez-vous un vairon comme une mouche ?" J'avais mis dans le mille.
- Monsieur, la pêche au vairon est une pêche de braconnier, il n'y a rien de tel qu'un bon vaironneur pour vous vider une rivière. Mais à la mouche "vairon", ce n'est pas pareil, je n'ai qu'un hameçon simple sur ma mouche et ne blesse pas les petites truites.
- Alors, si je pêche au vairon naturel avec un hameçon simple, je suis dans les mêmes conditions que vous?
- Mais vous n'avez pas compris, pour cette pêche, je me sers de mon matériel mouche et d'un leurre qui est ma "mouche vairon".
- En employant le terme de "mouche vairon", vous me faites penser aux pêcheurs au coup avec leur "plume en porc-épic" et aux mécaniciens avec leur "cheval vapeur" et leur "paille de fer". Une mouche est une mouche, un vairon un poisson, une petite bête une larve, une mouche à hélice de la quincaillerie.
- Oh ! cette fois, vous allez trop loin, ce sont quand même des leurres que l'on lance avec la canne à mouche.
- Bien, pour vous, c'est le matériel qui détermine le mode de pêche! Pouvez-vous me dire comment vous appelez un pêcheur à la mouche qui pêche au ver avec sa canne à mouche?
- C'est impensable, c'est un non-sens, vous envenimez la discussion, je ne dirai plus rien.
- Eh bien! je vais conclure. Les termes mêmes qui définissent notre mode de pêche sont assez explicites en eux-mêmes. "Pêche à la mouche" c'est tout dire, et pêcher avec autre chose qu'une mouche naturelle ou artificielle, s'appelle "pêche à la larve, au vairon, à l'asticot, à la quincaille".
- Assez je vous l'accorde, je ne suis pas un "pur", je ne suis qu'un pêcheur qui prend du poisson à l'aide de son matériel mouche. Vous avez raison, je n'avais jamais envisagé le problème ainsi. .................

                                                                                                                                Etats d'âmes

Elle arrive sur le flanc, ma mouche, ma petite, toute petite grise, bien plantée dans la barrette. Son œil me regarde sans haine, plutôt surpris et c'est la terreur: «L'homme est là.» . Un grand frisson la secoue et elle repart, tente vainement de sonder les herbes, je la tiens ferme, bien sur le raide. Je ressens chacun des ses à-coups jusque dans le creux de la main. Puis, elle monte vaincue, la bouche ouverte. Je m'accroupis dans la végétation, la saisis juste derrière les opercules et la dépose doucement dans le trèfle. Ma main gauche monte sur son dos, le pouce de ma main droite s'introduit dans sa gueule. D'un coup sec je lui casse le cou. Un frémissement, une caudale qui s'agite et cette merveille de la nature a cessé de vivre. Le sang coule par les ouïes et la gueule, je retire mon pouce tout strié et entamé par ses dents pointues comme celles d'un jeune chat. La nausée au cœur je la lave au fil de l'eau. Quelques poignées d'herbe sur un chiffon blanc voilà son linceul. Le vert de l'herbe fait ressortir ses couleurs. C'est la belle grosse blonde Normande au profil de carpe, au ventre doré, au dos ardoise, le tout tacheté d'une éclaboussure de sang corail.

Pourquoi ai-je détruit? De quel droit? Parce que je l'ai leurrée. J'ai utilisé toute mon intelligence, tous mes dons, pour en arriver là. Dire que je ne la mangerai même pas. Aujourd'hui, cela me fait vraiment quelque chose, j'ai envie de la ressusciter, je n'ai plus le goût à pêcher. D'ailleurs, depuis quelque temps je pêche mal, sans sentiment, je repêche comme il y a 20 ans, en tueur, avec une bien meilleure technique. L'échec ne me stimule plus mais me lasse.

Je suis dans une période folle où j'aime et je déteste à tour de rôle ce poisson qui fait partie intégrante de mon plaisir de vivre.
J'ai du mépris pour cette truite en poste que je sais prendre au premier posé, et de haine pour cette petite dédaigneuse qui monte n'importe où toutes les 5 minutes.
J'aime, par contre, j'adore la belle du virage qui prend sa mouche à elle, à un centimètre de la mienne, et va se cacher au deuxième jet.
J'aime aussi celles du grand plat qui prennent d'invisibles spents ou de petites larves. Elles m'obligent à vider toute ma boîte.
La nuit arrivée, j'atteins au plaisir suprême quand je leurre malhonnêtement deux ou trois étourdies en draguant un gros sedge à demi immergé. C'est d'avoir trompé, et surtout d'avoir trompé deux fois qui me réjouit.

Peut-être un bon psychiatre trouverait dans ce comportement bien des complexes de jeunesse.

                                                                                                                  Le coq et le boulanger

On a volé le coq gris de Marzin ! La nouvelle n'a pas mis dix minutes à faire le tour du canton. Un œuf ramené d'Espagne! Couvé par une poule naine ! Un coq de sept ans! vous vous rendez compte! C'est le boulanger qui a donné l'alarme. Ce matin, Cocorico n'était pas là au moment du coup de balai dans le fournil. Tous les jours cette sale bête traversait la route pour picorer les miettes, en réveillant tout le quartier de son chant criard. Dès le lever du jour une battue s'est organisée. Heurté par une voiture; il a dû aller crever dans un fossé ou un fourré! Chaque pêcheur espère le retrouver même mort, car Marzin ne manquera pas de lui octroyer quelques belles lancettes de cet incomparable gris-bleu qui faisait la réputation de Cocorico. A neuf heures les recherches se terminent au café du coin surun échec...
A midi, le pain vendu, le boulanger reçoit ses clients derrière son comptoir.Il a triste mine, ce coq faisait partie de son univers. On sent qu'il réfléchit. Quel est celui qui a pu faire cela? - Un touriste? Pas à cette heure, je l'aurais entendu.
-Job? Oh non! ne court pas assez vite.
- Le fils Roudouallec ? C'est qu'il est vicieux ce sale gamin, voleur de fruits. L'année dernière, il m'a vidé ma réserve à vairons. Il faut en parler à l'instituteur pour qu'il interroge ses élèves.

A deux heures la bombe éclate, une lettre anonyme a été déposée dans la boîte de Marzin ; «Le coq est chez le cocu.» Alors, toujours au café du coin, chez le boulanger, qui maintenant est couché, on s'interroge. Pas facile d'énoncer les cocus, tout le monde se regarde en souriant bêtement. Certains, vexés, haussent les épaules, paient hâtivement et s'en vont. lls restent à trois... célibataires. Trois vieux garçons de plus de soixante ans.
A dix-neuf heures le boulanger est debout, autour du comptoir, l'ambiance est revenue et le coq presqu'oublié. Demain c'est la fête de la chasse, tout le comité est là. A 22 heures le boulanger s'excuse, le pain n'attend pas.
Dix minutes après il apparaît tout blanc, comme roulé dans la farine. Sous son bras aussi blanc que lui, Cocorico qui, coincé entre deux sacs, était bloqué là depuis le matin. Qui a mis le mot dans la boîte aux lettres de Marzin ? Pas moi, pas moi, pas moi... Pas moi.

                                                                            On ne saura jamais qui, mais depuis ce jour le boulanger surveille sa femme.

 

B.Audouys et JL Pelletier: Je monte mes mouches en 15 leçons
(SEDETEC 1972-PEL 1979)

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Excellent petit ouvrage à l'intention du "tout débutant".....avec lequel j'ai débuté le montage de mes toutes premières mouches.......

 

                                                        

 

Mon opinion:

Il ne "paye pas de mine" mais sa simplicité et la clarté des explications et des illustrations à propos du montage des quelques "mouches principales" en fait un instrument idéal pour le tout débutant.....qu'il prend par la main pour ses premiers pas...! Absolument nécessaire, et totalement suffisant...pour débuter et donc remarquable à ce titre, bon marché à l'époque de sa publication à mes débuts..introuvable actuellement..mais qui sait..??.!!