R.Rocher:
confidences d'un pêcheur à la mouche
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".......J'avise
maintenant une autre truite qui monte en eau peu profonde juste en haut de Boot
Island. Elle prend ma 929 sans trop se fuire prier-. un démarrage foudroyant
m'indique aussitôt que l'affaire est sérieuse!
En
quelques secondes,la truite est emmêlée dans les herbiers en plein courant! J'attends
quelques minutes, donne du mou et elle ressort !
Elle
sembe revenir vers moi. Je suis monté en 18/100 Orfi. C'est un bon diamètre
mais il faut être prudent.
A
présent, la truite se trouve dans notre chenal. Je la suis, mais sa défense
est toujours vigoureuse.C'est probablement une autre arc-en-ciel. Puis elle remonte
de nouveau. c'est alors que se produit l'accident.
Je
me retrouve soudain avec un poignée de canne dans la main. Mon moulinet
simple est tombé dans l'herbe et mon talon a cassé net au ras de la poignée
! Cest complet Dans ces cas la il ne faut jamais perdre son sang froid. J'abandonne
moulinet et poignee et saisis l'extrémité du talon et je continue à pomper en
traînant derrière moi ma truite et le reste!
Il
n'y a heureusèment point de ronces par ici. Ma canne plie à se rompre et je n'arrive
presque plus à la tenir par le bout du talon
La truite me traîne
ainsi jusqu'au grand saule qui marque à peu près le milieu du chenal..
Ici, ie ne puis aller plus loin, à moins ae passer la cànne d'une main à l'autre
en embrassant le tronc de l'arbre. c'est impossible dans la situation.. J'ai envie
d'appeler David, mais jamais il ne m'entendra.
I1 faut donc tirer, tirer....de toutes façons la canne n'est pas réparable
Encore
cinq minutes de ce pompage fantastique et ma truite est dans l'épuisetle.
C'est la plus
belle et la plus grosse arc-en-ciel de la journée. Je l'estime a plus de trois
livres et après l'avoir admirée un moment, je la remets délicatement à
l'eau
Nous
reprenons le chemin de Stockbridge,
La
pluie se remet à tomber....
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............randonnée....................
Les truites refusaient tout.Jean disparut. ]e continuai à pêcher la levée. ]'étais
maintenant arrivé dans les courants de tête. L'eau était assez basse pour me permettre
de prospecter en cuissardes la plupart des coups au milieu et sous les branches
qui ornaient l'autre rive. Il faisait encore grand jour. je pêchais en l4/lOO,
ce qui faisait probablement un bon 16/100 vrai. Heureusement ! Ma canne était
une Skish de Pezon et Michel, canne qui avait un scion plus long que le talon.
Une mouche de mai disparaissait de temps à autre dans la gueule d'une truite le
long de la rive opposée, mais je n'arrivais pas à voir ave certitude ce qui. intéressait
les autres poissons.
De guerre lasse, je montai un de mes petits
imagos d'éphémérelle, hameçon 16, corps orange, tout petit hackle de coq gris
roux, déjà bien défraîchi. Je me mis à bombarder chaque gobage, chaque tenue possible.
Je ne voyais pas toujours ma mouche et mon attention commençait à faiblir, lorsque
j'aperçus, ou plutôt devinai, dans la zone où j'avais posé, un pâle reflet.
Ferrage instantané et accrochage.
Pendue
! comme dirait Bresson.Je crus tout d'abord que ma pendue était une truite
de 200 ou 300 g, sans plus. Bien que j'eusse pris une autre grosse truite dans
la Bourne un mois plus tôt sur une plus forte mouche, je n'étais pas encore habitué
aux réactions des gros poissons qui, comme on sait, diffèrent passablement des
petites truites.
Au début, la réaction d'une bête de plus de deux livres n'a
rien de très nerveux, même en montagne. Parfois elle vous prend d'emblée une certaine
longueur de fil, puis elle se bat en force, et c'est seulement au bout d'un certain
temps qu'on s'aperçoit que la traction augmente.
Il faut céder du terrain
et on est pratiquement impuissant. Si la lutte a lieu dans une petite rivière
bourrée d'obstacles et si tout se termine bien, on peut être fier de sa victoire.
J'étais dans une situation très inconfortable, comme presque toujours dans
les moments difficiles. Bien que j'eusse depuis longtemps embarqué, mes mouvements
étaient limités par la prolondeur de la levée, les moustiques étaient devenus
intolérables, et surtout, je pêchais à l'époque avec.un moulinet automatique !
Comme il faflàit s'y attendre, la truite avait son gîte beaucoup plus bas, sous
l'autre rive, en eau calme et profonde. Elle tirait comme un taureau vers les
souches et j'avais déjà au moins vingt mètres de soie dehors.
Le ressort
du moulinet était tendu au maximum. Le desserrer eût été facile, je l'avais
fait maintes fois. Mais ici c'était dangereux, car comment rècupérer la soie ensuite
sans réarmer partiellement ce satané engin au Cours de la bagarre ? Les rives
étaient boisées, le fond glissait comme de la glace et je tenais à ma truite...
Pendant près d'un quart d'heure, toutefois, aucun accident ne se produisit.
La truite montait et redescendait le courant sans se presser en continuant à tirer
en force. Parfois elle s'immobilisait non loin de moi sur le fond en essayant
de se débarrasser de ma minuscule mouche par quelques coups de gueule assez mous.
Par deux fois j'essayai de cueillir la truite par derrière à l'aide de ma Simplex,
mais chaque fois le poisson s'échàppa au contact du fer. Je n'étais pas assez
fàrt pour pousser mon épuisette déployée à contre-courant si près du fond.
Il
fallut le secours de l'ami Jean pour mettre fin à la corrida. Il avait fini
par répondre à mes appels, et dès qu'il eut compris ce qui se passait, il se mit
à l'eau. Mais il lui fallut cinq bonnes minutes pour sortir la. bête. Celle-ci,
bien qu'épuisée, repartit une fois au largè. Je la ramenai doucement près du bord
dans 50 cm d'eau. Jean essaya de la faire glisser dans l'épuisette, elle retomba
deux fois hors du filet !
Mon cæur battait à se rompre. fe priais saint
Pierre pour que la mouche et le bas de ligne tiennent le coup. Ce n'est qu,en
coiffânt la truite par le haut que Jean put enfin la sortir ! Mais là il commit
une deuxième erreur qui aurait pu nous être fatale. Au lieu de revenir calmement
vers la berge, il lança tout sur le pré. ]e n'eus que le temps de voir un paquet
gigotant passer devant moi et retomber au bord de l'eau. Je lâchai la canne et
je sautai sur l'épuisette. La truite, cette fois, était prise.
Elle pesait tout près de 1 250 g. C,était la réplique exacte des petites
truites de notre beau Lignon, elle avait une forme et des couleurs merveilleuses.
Elle n'était sûrement pas la seule de cette taille dans la levée...............................
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...................................Cinq
minutes plus tard, tout excité, mais sans trop y croire, je
me mettais en observation sur les schistes de l'autre rive, armé de mon refendu,
d'un Tru-Art (!) et d'une pointe de platil de 14/lOO. Je n'eus pas longtemps à
attendre le retour des poissons repérés. Plusieurs mouchetées fario et arc-en-ciel
se mirent à moucheronner sous mes pieds ou à portée de lancer, mais elles refusèrent
mes mouches sèches et mes nymphes avec mépris.
Une ou deux suivirent
seulement le bug de Sawyer.
Elles prenaient certainement des saletés.
Bien
caché, je m'installai sur un gros rocher pour y voir mieux, et aussitôt j'aperçus
ma grosse. Elle montait lentement le long du chenal puis redescendait, et au bout
d'un moment le manège recommençait. De temps à autre elle gobait, et lorsqu'elle
disparaissait sous les branches dangereuses qui pendaient le long de ma rive en
aval de mon rocher, je l'entendais éclabousser la surface pour prendre quelque
chose.
.Je mis une Altière 14 et je parvins, en lançant juste au bon moment,
à la faire monter deux fois, mais je la ratai ou elle ne prit pas ! fe cafouillais
de plus en plus, j'accrochais les branches à l'arrière et je réussis même à faire
un næud à ma soie. La truite avait disparu. j'èn profitai pour défaire ce frceud
et changer ma pointe. Je conservai le 14/100 car ce poisson me paraissait pàrticulièrement
éduquê. Quand j'eus terminé ce petit travail, j'aperçus de nouveau ma truite à
portée de lancer. EIle semblait ne pas m'avoir vu. L'Altière et le bug furent
dédaignés. Je pêchais ce poisson depuis une demi-heure maintenant.
M'étant
souvenu que les truites arc-en-ciel sont très sensibles à la couleur rouge,
j'eus l'excellente idée de monter une Red Tag de ma fabrication. Au prochain passage
cette artificielle lui fut présentée et elle monta lentement la prendre tel un
petit sous-marin qui fait surface. Il était 17 heures.
Ce
fut une lutte épique. La truite piqua à plusieurs reprises vers le large en
sautant deux ou trois fois à cinq minutes d'intervalle. Là tension du ressort
de mon moulinet automatique était telle que je dus évidemment désarmer celui-ci
au cours de la bagarre pour le réarmer ensuite. C'était la seule manæuvre possible.
fe ne pouvais pas me permettre de me déplacer le long de la rive en risquant d'emmêler
la ligne dans les buissons. Ce jour-là, je crois que la chance fut vraiment de
mon côté. A un moment, il ne me restait plus un centimètre de soie disponible
sur le moulinet.
Vers 17 h 25 j'arrivai tant bien que mal à descendre
tout près de l'eau et au risque de plonger dans le lac, à faire basculer la truite
dans me petite raquette. Elle était plus grosse que je ne croyais, courte et grasse,
1 600 g pour 50 cm.
L'autopsie révéla une chair remarquablement
saumonée, comme celle des autres truites d'ailleurs, deux imprudentes abeilles,
un gros coléoptère terrestre et quantité d'araignées d'eau (gerris). C'était la
première fois que je trouvais autant de ces insectes dans l'estomac d'un poisson...........
En voyant ma belle truite, un vieux faucheur de Castanet me déclara que
depuis .sa vidange récente, le lac contenait beaucorrp moins de grosses pièces.
Javais, semble-t-il, raté le coche. Cela n'empêcha pas un de mes amis d'y prendre
à la mouche sèche plusieurs belles fario jusqu'au poids de 85Ô g dans les jours
qui suivirent. Ces truites s'avérèrent, elles aussi, particulièrement sélectives.
Elles n'étaient pourtant pratiquement jamais sollicitées à la mouche artificielle.
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