Touche arrière, péché majeur, pour l’annuler…pouce ou index ??

                                                                       

 

              Je sais, il manque l’auriculaire !! Je vous l’ai laissé pour vous déboucher les portugaises afin de bien entendre ce qui va suivre !!

                                                                                                        

                                                                               

 

Qui d’entre vous ne s’est pas régalé en regardant « fouetter » un collègue, tant il est vrai que le geste du moucheur est bien souvent d’une harmonie qui ravit le regard par le souple mouvement de balancier de la canne, le déploiement arrière – avant de la soie dans une  boucle qui s’allonge progressivement comme par miracle avant de se déployer lors du shoot final pour s’étendre mollement à la surface en abandonnant la mouche qui se pose alors avec toute la douceur d’une plume légère… !!

                                        

 

J’ai découvert ce plaisir en découvrant les larges rivières, la Touvre, la Dordogne où il n’est pas rare d’avoir dans son champ de vision 3 ou 4, voire bien plus,  moucheurs  en action… !

 

Avec l’habitude, il devient même possible  de juger de l’action de la canne plus ou moins souple ou rapide car le geste doit bien sûr s’adapter , et le timing nerveux  d’une canne rapide d’ action de pointe se différencie bien de la nonchalance paresseuse des cannes  paraboliques

 

 Même la soie se comporte différemment selon qu’elle est plus ou moins lourde, et selon son profil …une parallèle ne se déploie pas comme une WF, le boucles ne sont pas identiques et il est perceptible que  le poids avancé d’une WF « tire » derrière elle le reste de la soie avant qu’elle  se pose moins légèrement qu’une parallèle ou une DT qui semblent, elles, plutôt « propulser » devant elles la pointe et le bas de ligne !

 

 La majorité des moucheurs sont agréables à regarder œuvrer, et parmi eux, on repère vite les véritables artistes qui ont, spontanément, le feeling d’un geste parfait où l’on ne perçoit aucun effort sur la canne, aucune rupture dans le rythme qui reste coulé, aucune fausse note dans la souplesse du déployé et la légèreté du posé… !

 

Et puis, il y a …les imperfections..du moins dans le geste, sans préjuger de l’efficacité du pêcheur…

- je déteste voir ahaner comme un bûcheron maniant sa cognée celui qui fouette tout en puissance  et dont le mouvement semble partir du talon de ses waders, ébranle  son torse  et projette son bras comme un couperet martyrisant la canne  brandie comme une arme et que je crois entendre gémir.., car elle souffre…et peut se rompre comme cela est arrivé à  un novice que nous avions formé à la mouche,  pêcheur  depuis toujours, excellent par ailleurs, et qui n’a jamais pu fouetter autrement qu’en puissance, au détriment de deux cannes explosées successivement …au cours de simples lancers !!

 

- La double traction peut avoir ses lettres de noblesse et ne pas choquer, voir même être esthétique dans les mains de certains « orfèvres «  en la matière, feeling toujours,… mais j’ai trop souvent été gêné par ce mouvement saccadé de piston de la main gauche qui s’abaisse rythmiquement,  pour « forcer » me semble t-il la canne dans ses derniers retranchements , la violer  et lui voler  sa réserve de puissance nécessaire aux très longs lancers…

 

Mais surtout je ne peux m’empêcher  de surveiller le débattement de la canne qui ne doit pas s’incliner vers l’arrière, tout juste  autorisée à dépasser un peu la verticale de 12h pour effleurer 13h en projetant la soie en haut et en arrière … !Nombreux sont ceux qui transgressent cette donnée fondamentale sans dommage et sans altérer par ailleurs la pureté de leur geste qui reste élégant mais la « touche arrière » menace celui qui ne compense pas instinctivement cette entorse à la règle….. Elle amène la mouche à claquer l’eau en arrière et à se mouiller sans que le pêcheur s’en avise, alors que la touche est visible par l’observateur lorsqu’elle griffe la surface qui éclabousse, brutale fausse note dans cette symphonie bucolique....!

                                                                             

 Sur la berge, elle se traduit le plus souvent par une casse et la perte de la mouche dans une touffe d’herbe…… !

 

Cet incident est le propre des pêcheurs qui gardent un poignet trop souple , et pourrait donc être évité chez les débutants car la comme partout, il vaut mieux prévenir que guérir,....et corrigé au besoin chez  les plus expérimentés, de façon simple et radicale:

 

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  J’ai le souvenir de mes débuts où la règle, d’origine Britannique  comme bien des choses en matière de pêche à la mouche, exigeait,  pour fouetter, de garder le coude raide et collé au corps comme s’il devait y maintenir une « pièce de Shakespeare » disions nous en potaches gouailleurs , sans qu’elle ne tombe, alors que seule la mobilité du poignet très souple devait animer la canne, ce qui donnait au pêcheur une allure guindée, pour ne pas dire coincée……très Britannique !Les touches arrières étaient fréquentes si l'on n'y prenait garde!!

Il en était d’ailleurs à l’époque de même pour la pointe des pieds qui, à cheval, devaient être dans les étriers « forcées haut et vers l’extérieur », talons bas serrés au contact du flanc du cheval…..contrainte Britannique encore….dont la règle a par la suite volé en éclats… !

 

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J’ai pêché longtemps ainsi « coincé  coude au corps »

                     - jusqu’au jour où je suis allé à Vesoul dans le magasin de Bresson chercher un ressort pour mon moulinet !Le « maître » s’est extrait du groupe de copains admirateurs qui emplissaient en permanence son magasin en discutant…pêche, pour « servir le client » et avant de me donner le ressort convoité m’a demandé : « viens me montrer d’abord comment tu lances » , comme s’il s’agissait d’une condition….. !

                         -J’avais toujours avec moi mon matériel et, canne montée, je me suis retrouvé dans le petite rue qui longeait le côté du magasin ; sous les yeux de notre vedette locale, je me suis mis, en serrant les fesses autant que le coude, à dérouler ma soie en prenant bien garde de ne pas laisser choir « Shakespeare » pour ne pas offusquer le « Maître » ! Quelques faux lancers, et je pose à 15mètres, bien correctement ma foi, malgré ma pétoche devant mon « examinateur » qui me fait recommencer une fois ..puis conclut : «  ça va, tu es un bon lanceur ...( bon pêcheur, Bresson était également très bon…commerçant !!) mais…..je vais te faire gagner plusieurs mètres   ..attends.. »

 

   *Aller retour dans son magasin d’où il ressort avec dans les mains une lanière de caoutchouc découpée dans une chambre à air avec laquelle il attache le talon de ma canne à mon poignet, avant de me faire lancer à nouveau…poignet raide par la force des choses, en m’obligeant à décoller le coude, pauvre Shakespeare, et à fouetter non plus avec le poignet mais avec tout l’avant bras, épaule souple, sans plus , et pouce allongé sur le poignée alors que je tenais jusqu’alors ma canne à « plein poing »

                     « Tu comprends, tu gagnes 30cm de bras de levier, la longueur de ton avant bras, et tu vas forcément allonger tes lancers….. » et effectivement……3m de plus sans effort au premier essai….. !

                      « Garde la lanière et attache avec le talon de ta canne pendant un mois pour t’habituer……il faut que tu apprennes à lancer « Français », et  pouce allongé qui limite un peu les mouvements « parasites » vers l’arrière de ton poignet au contact duquel doit rester collé le talon de ta canne

 

   Dont acte, puis j’ai abandonné la lanière  pour enfiler de temps à autre le talon de ma canne dans la manche de ma veste ou de ma chemise afin d’en limiter le débattement..jusqu’à ce que le pli soit pris….et je n’ai plus varié.. : poignet souple mais droit, pouce allongé  coude mobile, épaule souple également….

 

Puis apparut le lancer autrichien de Hans Gebetsroither :

 

                                                                            

 poignet raide, coude souple sans plus alors que c’est tout le membre supérieur par la rotation de l’épaule,  voire du thorax  qui anime la canne, maintenue cette fois avec, non plus le pouce, mais l’index tendu allongé sur la poignée, comme pour montrer du doigt  le gobage et le but à atteindre par la mouche au bout des très longs lancers que permet cette technique avec des cannes courtes mais puissantes et raides !

 

Nous voici bien loin du style Anglais de la nuit des temps…où la mobilité du poignet était très susceptible de conduire à la touche arrière, qui , déjà  limitée par l’allongement du pouce sur la poignée est rendue quasi impossible par l’allongement de l’index emprunté au lancer Autrichien !

 

                                                                                                  EN EFFET

 

  Dans la prise en main de « plein poing », le débattement des mouvements du poignet s’il n’est pas volontairement bloqué est important et peut coucher la canne vers l’arrière bien au-delà de la limite théorique de 11h :10h30 pour un angle de 45° avec le  verticale de 12h

 

            

 

 L’allongement du pouce sur la poignée, s’il ne limite pas la mobilité du poignet, limite par contre l’inclinaison de la canne vers l’arrière car elle « bute » sur le pouce qui la ramène en avant à 10h 45 en limitant à 35° l’angle avec la verticale de 12h

 

L’allongement de l’index sur la poignée aura un effet beaucoup plus important sur la limitation de l’inclinaison de la canne vers l’arrière car pour  ce faire, l’avant bras doit tourner de ¼ de tour vers l’intérieur :en effet:

    -si pour lancer pouce allongé la main prend la position de l’auto stoppeur qui fait signe pouce levé

   -pour lancer index allongé, la main doit prendre la position du salut Hitlérien, paume en avant, position dans laquelle l’extension du poignet qui pourrait incliner la canne vers l’arrière est très limitée et en effet l’angle avec la verticale s’abaisse à 15°, la canne ne peut dépasser en arrière 11h30

 

C’est donc le remède « miracle » contre l’inclinaison excessive de la canne vers l’arrière responsable de la « touche arrière » pour ceux qui ont du mal à domestiquer les mouvements de leur poignet, et de plus cette façon de tenir sa canne donne à la main une emprise plus étendue sur la poignée, plus précise et confortable… , et permet, après avoir définitivement éliminé Shakespeare..d’éliminer également le bout de chambre à air de Bresson sans oublier pour le reste ni l’un ni l’autre.chacun orfèvre dans sa spécialité !!

 

Pour les grincheux que j’entends couiner « si j’aurais su j’aurais pas venu », furieux de s’être farci  toutes ces lignes pour si peu, je résume :

 

 « Pour éviter définitivement la touche arrière, empoignez votre canne index allongé »

 

      Et "ça ne date pas d'aujourd'hui"...Lisez donc ce qu'écrivaient Tony Burnand et Charles Ritz en...1939 dans leur ouvrage technique "A la mouche"