Raymond Rocher:

 

 

             "légende vivante"de la pêche à la mouche

 

 

                                              

 

                                                                                                                 **************

 

 

.Luc, Vendredi 22 septembre 2006

 

« Hello?

je ne sais pas si je poste au bon endroit, mais  voilà : d'après un ancien avec qui j'ai discuté sur les bords de la Bourne, dans la ville a coté de chez moi (Tain L'Hermitage  ) habiterait Mr Rocher. Quelqu'un pourrai t'il me renseigner sur l'oeuvre halieutique de ce monsieur?

 Merci,

 a+ Luc »

                                                                                                                                ******

 

 "Voyons Luc,

 Raymond Rocher..l’auteur de la  « Bible » de la pêche à la mouche datant de 1970 : "confidences d'un pêcheur à la mouche".également  , "des ronds dans l'eau" 1999.. …..mais le premier cité est absolument incontournable !

 Fais toi offrir ces  bouquins pour Noël, tu ne le regretteras pas,  et si tu as la chance d'habiter pas loin de lui, vas le voir, c'est un Seigneur de la Palm, et un nympheur exceptionnel,  un ancien enseignant qui passé sa vie à pêcher...et  si je pouvais, moi, j'irais vite  sonner à sa porte pour avoir le plaisir de le voir et de l'entendre parler  pêche 

"Jean Paul!"

                                                                                                                                     **

 

Salut Luc,
Pour compléter la bibliographie de ce grand pêcheur qu'est R. Rocher, il reste: "La pêche à la mouche moderne en France "aux éditions de l'Orée 1987 (plus facile à trouver et beaucoup plus abordable que le monumental Confidences d'un pêcheur à la mouche),   "randonnées d'un  pêcheur solitaire"   aux éditions PEL 1984 et, pour finir, un dernier ouvrage  consacré à la pêche à la nymphe

"Jpé"

                                                                                                                                     **

 

Salut à tous,
Je sais bien que ce n'est pas le sujet ici mais RR a aussi publié un livre qui mérite bien un coup d'oeil, même pour des archisécheurs : "Pêche à la nymphe" (plein air, proxima 2001).......
Je suis certain qu'en le parcourant, vous verrez pourquoi on peut aussi sombrer dans le côté obscur de la palm !

"antisèche"

                                                                                                                               *******************

 

 

Étonné, voire peiné par l’ignorance de  Luc, jeune il est vrai,  à l’égard  de R Rocher, je m’étais finalement décidé, dans les suites de cette conversation sur un forum de pêche à la mouche,  à décrocher ce 18 janvier mon téléphone pour essayer de joindre celui qui, depuis des décennies, représente la "référence" de plusieurs générations de pêcheurs à la mouche formés et enchantés par ses écrits dont personnellement je ne me suis jamais lassé, après avoir ouvert  pour la première fois il y a…35 ans  ses « Confidences d’un pêcheur à la mouche », publié en 1970,  afin de lui parler de mon envie d’ écrire à son sujet un petit mot  à l'intention de la jeune génération de Luc!

 

                    

                                                                                           ***********************

 

Je savais que j’allais contacter un homme d’un certain âge que je m’imaginais à travers ses écrits et  les rares photos qui les illustrent  comme plutôt menu, discret, voire timide derrière ses lunettes de prof d’Anglais….et j’étais un peu inquiet de le déranger dans une retraite paisible !

 

Surpris par le ton un peu « haut perché » d’une voix quasi juvénile, tonique et qui fleurait bon le sud, je répétai ma question « Je suis bien chez Monsieur Raymond Rocher ??? »...........................................

 

 «Oui, Oui, c’est moi-même » me répondit cette voix qui, décidément, « ne faisait  pas son  âge »!!

 

 

J’avais évidemment bien préparé mon entrée en matière,  et je déclinai donc, après la formule de politesse d’usage, ma « carte de visite » puis l’objet de mon appel….  favorablement reçu…après écoute manifestement….attentive!

Premier col franchi !!

 

Non, il ne pratique pas internet, Monsieur  R.Rocher, …ni donc les forum de pêche… trop compliquée cette mécanique… mais il pose   les bonnes questions, comprend vite, et mes intentions lui paraissant manifestement « au dessus de tout soupçon », deuxième col franchi,  j’ai affaire alors à un homme disert qui me promet pour les jours à venir l’envoi d’un petit résumé de son curriculum…… (je peux même lui demander son âge, 78 ans, année 1929…..chapeau,…. manifestement bien conservée, notre « bible »,)   assorti d’un condensé de ses conclusions - convictions au décours d’une si longue et brillante carrière……

                                                                                              ***********

 

La conversation se développe un peu à bâtons rompus…..,dont je retiens  quelques confidences...

-« J’ai pris un peu de recul de recul avec l’âge,….  j’ai du mal avec les petites mouches »

 et quand j'ouvre la bouche pour lui répondre qu’il doit avoir quand même « de beaux restes », je m’entends dire  d’un ton catégorique … 

-« ne m’interrompez pas » !

 merde, cette côte là, je n’y avais pas fait gaffe………!

Il ne devait pas être chahuté lorsqu’il était   prof d’Anglais, Monsieur Rocher, et , dans sa classe, on devait entendre une mouche voler  !

 

                       12/février 2007

 

        "jb07"

 

J'ai appris vraiment à pêcher avec son livre "Confidences d'un pêcheur à la mouche"

Il est resté longtemps sur ma table de chevet , ma bible à moi.  

De plus j'ai bien connu Raymond Rocher car il était mon professeur d'anglais au lycée de Tournon !!!

Le premier texte que nous avons étudié en seconde était tout au fond du livre et il racontait : 

   *une histoire de pêche, non pas à la mouche (il n'y en avait pas dans ce manuel scolaire)

   *mais une histoire de pêche tout de même :au fond de la campagne anglaise, un jeune garçon découvrait un étang rempli de carpes !!!  ... et c'était le début de ses aventures.

   *Je le voyais aussi parfois lors de devoirs surveillés lire des livres "in english " traitant de palm ( moi je n'en voyais que la couverture )

 

Ca ne nous rajeunit pas, ça se passait il y a ........................ 32 ans !!!   

Quand j'ai eu mon bac, j'ai demandé une canne à mouche ...une Mitchell conolon..

 

 

….J’en rigole encore bien que j’aie serré les fesses pour ne plus  être pris en défaut sinon une seule fois quand même, et immédiatement  sanctionnée  par un

 -« laissez moi parler »  tout aussi énergique….belle santé !!

 

Dont acte et  c’est ainsi que j’eus confirmation de sa  bouche de ce que j’avais lu dans ses  écrits sur ses séjours en Angleterre, son amour et sa connaissance de ce pays et des amis prestigieux qu’il s’y est  faits, ainsi que sur ses voyages de pêche à l’étranger, en Autriche notamment, en complément de sa parfaite connaissance de la plupart de rivières de l’hexagone !

 

Alors que je le laissais se raconter et que je lui demandais ce qu’il pensait de sa carrière, il en vint, spontanément (vous n’imaginez pas que je l'y aurais amené de moi même..!!!) à.............. l’épitaphe dont il rêve et dont je  vous donne la « primeur »

 

 

                                                              Raymond Rocher, moucheur impénitent :

 

                                                                il fit découvrir aux Français la pêche à la nymphe

                               et  à beaucoup d'ignorants  l’importance des chironomes et des Simulides »

 

 

 

                                                                                         

                             

                                                                                                                         

 

……..     "qui prolifèrent dans nos rivières de par la dégradation du milieu" poursuivit-il, ….car vase = chironomes "! 

 

Étonnant, non, et sans commentaire, de la part d’un homme qui résume lui  même l’essentiel de sa vie en une passion,….. la pêche ......! Ça vous étonne??

 Je ne suis certainement pas le seul dépositaire de cette « confidence » un peu particulière  mais entendu, Monsieur Rocher, si je dois avoir la peine de contempler un jour votre pierre tombale, je vérifierai et…, si cette épitaphe ne figure pas, je vous promets (après confirmation des "corniauds"non, pardon, des "ignorants" puisque vous m'avez demandé de corriger votre premier propos..!) de combler cette lacune  …..mais n’anticipons pas !!

 

 

                                                                                                                                                                                         

Vinrent ensuite  les bas de ligne et les mouches et la confirmation de ce que j’avais retenu, ...: qu’il privilégiait la « bonne mouche bien présentée et de  la bonne taille » à une finesse excessive de la pointe, « mais vous n’êtes peut être pas de cet avis » me demanda –t –il délicatement  ce à quoi je pus répondre très honnêtement que…. si.. mais…. quelle importance, mon avis  ??

 

                                                                                          ******************

 

C’est manifestement la « Nymphe à vue » qui avait été la grande aventure de sa vie de pêcheur et la question redoutée m’arriva de plein fouet :

 

 « Vous connaissez la nymphe, bien sûr…parce que la nymphe… »

 

  Ouh la la,….le Tourmalet !!..Il  me fallait le franchir et cette fois je, n’hésitai pas à l’interrompre pour lui affirmer avec aplomb que

«  bien sûr,  je connaissais la nymphe, vous pensez… !! »

et sans vraiment mentir mais sans rajouter que…… pour connaître son existence, je m’étais cependant toujours refusé à la pratiquer en bon archisècheur convaincu et borné !!

Je le sais cependant assez fin pour n’avoir pas été dupe de mon esquive, et assez délicat pour n’avoir pas insisté......mais je fus bien obligé de lui avouer ensuite, à propos de ses écrits, que je n'avais pas lu son livre sur la Nymphe dont il me dicta le titre:"Pêche à la nymphe" éditions Proxima plein air 2001...., ce qui l'étonna, manifestement, mais Dieu merci, sans l'irriter...!

 

Encouragé par l’accueil, et en déplacement de « loisir » dans la région début février je me risquai ensuite  à lui proposer de passer le saluer……..et ce fut clair et net :

 « Ça me dérangerait » 

…échec et mat ….cette côte la non plus, je ne l’avais pas vue venir, juste après mon virage !!….

« Vous comprenez, tous les pêcheurs qui passent pour me saluer, ça interfère avec la famille »…

Bien sûr que je comprends Monsieur Rocher, et  sachez qu’une fois encore votre réaction saine, sincère et spontanée m'a plutôt fait sourire…bien que j’aurais aimé vous rencontrer !!

 

 Puis nous évoquâmes J P Péquegnot,  le Bisontin spécialiste de la Loue qui avait écrit « l’art de la pêche à la mouche sèche », ma deuxième bible ! 

J’appris, ravi, qu’ils étaient amis, bien que pas forcément d’accord sur tout comme je l’avais lu, et notamment sur l’épuisette à lui si chère et si décriée par le Bisontin …… qui, me dit-il,  pêchait désormais  moins la Loue et plus le réservoir au streamer à la recherche des carnassiers, et qui mériterait bien également un hommage appuyé!

 

Vinrent alors Henri Bresson,  le "sorcier de Vesoul" , et je pus lui confirmer que je le connaissais pour avoir fréquenté son magasin  lorsque j'habitais encore la Franche comté, et puis André Terrier qu'il tenait  en grande estime bien qu'il ait décliné l'offre de réaliser un film documentaire sur la Pêche à la mouche en Ardèche pour son émission "Destination pêche"......trop de soucis, trop de travail....trop d'artifices pour sacrifier aux nécessités des prises de vue.....et surtout, en fait, je pense,...... trop de temps à y consacrer au détriment  de  la "vraie pêche" en solitaire qu'il affectionnait!

 

 

Sur les quelques bonnes paroles qui suivirent je m’employai à le remercier encore pour tout ce qu’il avait apporté à la palm qui  manifestement avait si  bien rempli sa vie et si bien écumé les rivières à une époque où elles pouvaient supporter la pression, ou du moins on le pensait……et je pris congé avec l’assurance qu’il posterait le WE les renseignements que je lui avais demandés,  en lui proposant de lui adresser avant toute diffusion ce que j’aurais écrit pour autorisation , ce qui me semblait la moindre des choses mais dont il ne s’était manifestement pas soucié !.

 

Pour avoir lu, relu ses propres écrits clairs  nets et précis, en un Français irréprochable et de plus élégant…je sais que j’aurai la un lecteur, que dis-je, un « scrutateur »  pointu   et une fois de plus…je vais « serrer les fesses »…..mais je vais m’appliquer !

                            

                                                                                                                       *******************

 

 Christophe ,18 janvier 2007

 

Bonjour,

je peux te donner des infos sur R. Rocher que j'ai côtoyé plusieurs années sur un parcours pas très loin de chez moi.
Il est célèbre pour avoir fait connaître en France les nymphes Saywer (pt, gg, ss, killer bug); c'est un pêcheur à vue,  et un grand, mais  qui pêche autant en sèche qu'en nymphe !

 

  Ce qui est vraiment formidable chez lui, c'est la connaissance de la vie des cours d'eaux qu'il fréquente.

 En fonction des saisons, de la lune, du vent, des températures, il sait que c'est dans CETTE rivière et dans CE coin que cela va être bon, et très certainement avec CETTE mouche....impressionnant.

 Impressionnant car il faut voir les truites qu'il lève dans des parcours qui sont jugés médiocres et uniquement peuplés de petits poissons (cf rivières du massif central).
Ses mouches ? Classiques d'après ce que j'ai pu en voir, fidélité oblige à son ami A. Devaux...
Bas de ligne ? Je pense que les articles "scientifiques" sur le sujet le font sourire...en tous cas il n'hésite pas à mettre un bon 14/100è en sèche là ou d'autres sont en 10/100è.


Il fit partie d'une génération de pêcheurs  quasi "professionnels", dont certains, par la force des choses, ont du,  pendant un temps, prendre des truites et les vendre pour vivre ,mais comme il se plait à rappeler : «  Rocher n’a jamais vendu une truite »  

 

Je vais essayer de te dépeindre un peu mieux le personnage :

 

C'est un grand pêcheur, et un homme  attachant, mais très souvent dans son monde... un monde de rivières et de truites, de pêcheurs éminents et de mouches.

Il avait ses habitudes depuis de années et il voulait continuer à pêcher comme il avait l'habitude de le faire, parce que cela lui plaisait et lui suffisait.
Ses coins, ses mouches, son matériel, tout était réglé comme du papier à musique.
Il y avait ce qu'il osait dire, et ce qu’il ne disait pas mais  que savent de lui ceux qui le connaissent depuis 40 ans , des gens pleins de reconnaissance qui se souvenaient de leurs premiers pas sur la Basse Rivière d'Ain en nymphe à vue avec lui!


Respectueux du No Kill,  bien entendu,  sur les parcours  règlementés, il aimait ailleurs conserver quelques poissons, et c'était toujours le même rituel : le peson pour le poids, la taille, le carnet de prises, le panier, et d'après ce qu'il en disait, souvent la cuillère à moelle pour explorer le contenu stomacal de ses prises!!

                     La première fois que je l'ai rencontré dans les années 90, c'était voici 15 ans environ avec mon père , sur la Bourne

 

                                                                       

 

 près de sa source à Villard de Lans.IL pêchait en Nymphe depuis peut être 20 ans,  avec des  nymphes émergentes de surface « nageuses » de type Skues

 

                                                                           

                                                                                                                                       

 

                                                                    

 

 et en nymphe plongeante  légère lestée de cuivre, type Sawyer, 


Nous discutions à bâtons rompus et le temps fut venu de montrer nos mouches respectives..

 Il s'arrêta sur une petite PT casque d'or. Le casque était non pas en laiton.., mais  en plastique car c'était à l'époque de l'arrivée en France de ces petits accessoires bien utiles..et  mon père lui en donna une "juste pour l'essayer"

 

                                                                                                                     


2 lancers plus tard il avait une fario de 37cm...de quoi  être fier car un poisson de cette taille dans un ruisseau de 2m de large, il y en a peu !…

                        

 

                                                                                       

 

 Nous n'avons jamais su s'il avait vu le poisson ou pas avant de lancer.  .... Il nous dit en souriant "c'est une bonne nymphe", nous salua puis il quitta la rivière pour changer de coin...

 

Je l'ai croisé régulièrement ensuite pendant 4 ans sur une petite rivière du vercors.

 

                                                                       


Jamais avare pour évoquer ses souvenirs de pêche (bien que très discret sur ses longues relations d'amitié avec F. Sawyer)

                                                                                        

 

                                                                                                           

 

 il pouvait cependant oublier de vous dire bonjour ou au revoir, tout absorbé qu'il était par ses pensées et il pouvait  brusquement mettre fin à une longue conversation pour  rendre  sur un autre  spot à telle heure précise!


Il était dans un coin le matin, et en fonction de l'évolution de la météo, pouvait  être à 50km de là dans l'après midi...mais toujours à l'endroit où il fallait être.

                                                                                                       

 

R Rocher a fait prendre conscience aux moucheurs français de l'époque que quelque chose de fascinant était à faire sous la surface de l'eau, et cela a donné naissance à une multitude d'approches de la nymphe, à vue, au fil, à la ratafouillette, développées par ses héritiers tels Terrier, Piam, etc...

 

Avant lui, on ne connaissait que la sèche et la noyée, et les puristes tiraient encore à boulets rouges sur la nymphe légère émergente type Skues considérant déjà cette pratique comme déloyale !

Alors rends toi compte que lorsqu’il a  évoqué en France la nymphe immature lestée type Sawyer, ce fut une révolution, comme cela ressort de ses propos :

 

« IL fallut attendre 1958, avec la publication de « Nymphs and the trout » du génial Frank Sawyer, garde-pêche sur le parcours des officiers sur le haut Avon pour voir chanceler le rempart du purisme traditionnel. Sawyer eut l’immense mérite de simplifier et de populariser la pêche à la nymphe, et il réussit à en faire admettre l’intérêt et le caractère sportif……..et ma traduction du livre de Sawyer en 1969 a contribué à la faire connaître dans notre pays. Ainsi naquit, pour la plus grande joie des puristes passionnés, la véritable pêche à la nymphe, la seule pêche qui  ait le droit incontestable de siéger au même rang que la pêche à la mouche sèche dans la hiérarchie des pêches sportives »

 

 ILa pêché dans d'innombrables rivières partout en Europe, était reçu  dans les clubs privés les plus prestigieux. Je crois savoir qu'il pêchait en Slovénie avant ma naissance...

  Il a évidemment également fait rêver et instruit plusieurs générations  de moucheurs, dont je fais partie, par ses articles dans les revues halieutiques et ses livres, dont la fameuse bible « Confidences d’un pêcheur à la mouche »  qui fut le livre de chevet de tant de moucheurs comme toi et moi!

 

Comme le confirme l’épitaphe dont il rêve,

 

                Cet homme n'a vécu que pour la pêche et c’est ainsi qu’est née sa légende !.

 

 

                                                                                            ******************

Je m’inquiétais un peu pour n’avoir pas reçu les documents promis  qui, postés le 20 n’arrivèrent finalement que le 27……peut être en raison de cette  semaine de neige et de froid , mais je ne regrettai pas mon attente au reçu d’ une grande enveloppe agrémentée au verso d’un petit dessin de la main de l’expéditeur et représentant…..un poisson et une mouche!!

                                                                                                      

 

…….et dans laquelle  je trouvai la photo « inédite » qui siège en en tête de ce texte, un mot manuscrit dans lequel transparaît à l’évidence le caractère bien trempé qui conférait à la voix du téléphone cette  d'énergie qui m’avait séduite et fait sourire,

 

     

 

 

et 5 pages dactylographiées de « curriculum  …., précieuses évidemment d’autant qu’elles sont annotées de sa main,….annotations dont  certaines ne manquent pas de sel et dont je pense qu’il serait très dommage de vous priver ……et que .je vais donc reproduire  « in extenso »…. …mais il me faut  « de ce pas » aller en donner la raison et en demander l’autorisation à l’auteur lui-même en espérant…et …en « serrant les fesses » une fois encore…..car, ……il sait ce qu’il veut,  et il dit ce qu’il pense…. Monsieur Rocher, et le fait savoir haut et clair.............:

                                           

 

(mais…….ce fut acquis au reçu de la missive du 5 février….)

 

                                                 

                                                                                            

 

 

Et puis……..

 

                                                   

 

 

                                

  

« Publicité » non,  Monsieur Rocher, il ne s’agit ici que d’un simple  hommage, et combien  mérité……!!

quant à la « Légion d’honneur »…je suis bien sûr que vous lui préférerez savoir que justice vous est rendue.... qui vous place « à l’honneur » dans le cœur d’une…légion de pêcheurs à la mouche…..Je sais….ce jeu de mot que je n’ai pu éviter n’est pas d’une extrême qualité, et je me demande(en "serrant les fesses", encore) s’il va provoquer  un sourire en coin indulgent, un  haussement d’épaules agacé ou un froncement de sourcil irrité chez l’ancien prof  que j’imagine avoir été aussi exigent envers ses élèves qu’envers lui-même……mais puisqu’ il ne retire rien de votre qualité à  vous…et qu’il traduit une réalité…….je  ne le retirerai pas !!

Enfin,  je ne sais le nombre de « grosse têtes dans la pêche »,…mais j’en sais au moins une "bien pleine" qui, pour n’avoir pas  gonflé,   est restée…très bien faite: c'est celle qui repose.... sur vos épaules .. !

 

                                                                 

 

Vous excuser ??Sachez que ce petit mot manuscrit me ravit….. mais que je suis navré pour vous de cette arthrose que monsieur Miramont, un autre  grand pêcheur rencontré sur ce parcours « entre Goudet et Arlempdes » que j’ai découvert grâce à vos « confidences », accusait hélas  lui aussi….de le priver trop souvent du plaisir de «  fouetter »

                                                                    

 

                   Cette fois, Monsieur, c’est l’élève qui va reprendre le professeur et lui donner un conseil :               

                           Hâtez vous, mais très lentement…, vos « adeptes » vous en voudraient trop…. !!

 

 

                                                                                                           ************************************************

 

 

 

Que rajouter….sinon..

 

Merci Monsieur Rocher, le  « Grand de la palm » que  vous  êtes ne pouvait pas être banal par ailleurs et, vous l’avouerai-je, vous ne l’êtes vraiment pas… !!

 

Je formule le vœu, s’il m’est donné d'atteindre votre âge, de garder à votre image cette  énergie et cette « fraîcheur intellectuelle»  qui m'ont ravi!

 

Bon vent, et j'ose rajouter " bonne pêche",  car, à vous, cela ne peut porter malheur…… et sachez que j’envie Luc, auquel j'avais recommandé avant Noël votre lecture,  et auteur de ce petit mot du

 

 22 janvier 2007:

 

 «  Jean-Paul , je te contacte dés que j'aurai vu Mr Rocher car au mois de décembre il a eu la gentillesse de me dédicacer deux de ses livres que ma femme allait m'offrir pour Noël et quand elle lui a dit que j'aimerais le rencontrer il lui a répondu qu'il m'attendait avec plaisir. Je pense donc que je vais prendre sans tarder rendez nous avec ce grand monsieur ».

 

dimanche 30 novembre 2008 18:00

Hello Jean-Paul, Hier je suis allez voir RRocher il était de très bonne humeur. Il a renvoyé l'épreuve corrigée du livre(confidences d'un moucheur impénitent) dans la semaine et à choisi la couverture,ça a pris du retard pour cause de changement de direction chez l'éditeur,mais ça ne devrait plus tarder.

A+ Luc

 

                .........................................Veinard, ce Luc !!

 

 

                                                    §§§§§§§§§§§§                                 

                                                  CURRICULUM 

                           

                                                 

 

                                                              L’ENFANCE

 

Né le 30 avril 1929 dans une famille de soyeux Lyonnais d’un père Ardéchois et d’une mère Lyonnaise, R Rocher vit pendant 6ans une enfance montagnarde en Velay où abondent les cours d’eau à truites noires aux gros points rouges auréolés de clair, et c’est l’émerveillement !

 

Puis il habitera Tain l’hermitage pour  entrer en 6ème à Tournon  au moment de la guerre au cours de laquelle son père achète la maison du vieux moulinage de soie de son village natal dans laquelle jusqu’au bac en 1947 il passera toutes ses vacances scolaires de juin à octobre à pêcher au ver ou au ver d’eau les petites rivières affluents du Rhône et de l’ardèche bourrées de poissons, avant de prendre ses premières truites au lancer dans la Claduègne et le Doux. Puis il pêchera à la mouche avec une canne à ver en bambou, un moulinet manuel, une ligne parallèle trop légère et de grosses mouches rousses et noires qu’il monte avec des hackles issus des coqs du poulailler et devient un redoutable pêcheur de gros chevesnes de l’Ardèche !!

 

                                                           LE PROFESSEUR

 

De 1947 à 1949 il préparera en faculté de lettres à Lyon le professorat d’Anglais puis part comme lecteur deux ans en Angleterre   où il découvre sans les pêcher les chalk streams du sud et le livre du major Hills « A Summer on the Test »

 

De retour en France en aout 1951, il poursuivra ses études, nommé maître auxiliaire dans l’académie de Grenoble, il réussit le professorat pour faire ensuite carrière et exercer dans l’académie de Reims, puis Clermont Ferrand, et enfin Grenoble pour prendre en 1989 sa retraite dans le lycée de Tournon, en face de Tain l’hermitage, où il était entré en sixième !

 

                                                               LE PÊCHEUR

 

Pendant ces 38 années de professorat se déroule parallèlement une exceptionnelle carrière de pêcheur !!

 

      *Il continue à pêcher les rivières à truites et ombres de sa région pendant les vacances et sa passion ne faiblit pas, commence à explorer sérieusement et avec un succès grandissant les nombreuses rivières des cévennes( Ardèche et Lozère surtout), du Dauphiné (Bourne surtout), de l’ain et du Jura (Ain, Loue),et abandonne bientôt la noyée pour ne pêcher plus qu’en sèche avec une « vraie canne à mouche », et découvrira les rivières de Corrèze et observera ses premiers chironomes !

 

-         *Il se lie d’amitié avec Aimé Devaux le grand pêcheur et monteur de mouches de Champagnole dans le Jura

 

                                                                                            

 

-     *Il commence à fréquenter les rivières Allemandes et Autrichiennes en se faisant de  nombreux amis dans ces pays,  et pêche deux années en Yougoslavie !

 

-     *Il découvrira les rivières Bretonnes en 1970, sauvages et  peu fréquentées pour y rendre beaucoup de truites en sèche et en nymphe, et leur rester fidèle même après leur déclin !

 

En 1964, évènement le plus important de sa  carrière, il rencontre le garde pêche Franck Sawyer avec lequel il avait correspondu auparavant, de cette rencontre naitra une longue amitié avec celui qui lui apprit toutes les subtilités de la pêche à la nymphe à vue ou au fil dans les eaux peu profondes et claires du haut Avon !

 

Les chalk streams du sud de l’Angleterre, berceau de la pêche à la mouche sèche, étaient des rivières très différentes de celles qu’il avait pêchées jusque là ! Il les pêche chaque année pendant un mois en fin de saison et découvre le haut Avon de Sawyer, la Test, l’Itchen la X Wylye et l’Anton. Il pêcha ces rivières à la mouche et à la nymphe jusqu’en 1991

 

 

 

 L’AUTEUR.

 

A partir de sa rencontre avec Sawyer, il se mit à écrire régulièrement des articles dans la presse halieutique, ainsi que plusieurs livres et traductions.,

 

"confidences d'un pêcheur à la mouche"..1970,   "randonnées d'un  pêcheur solitaire" 1984  ,  « La pêche à mouche moderne en France 1987 »

  "des ronds dans l'eau"   1999.. ,   «  Pêche à la Nymphe »   en 2001…..et enfin en 2008   "Confidences d'un moucheur impénitent"   

                                   

C’est lui également qui avait  traduit en 1969 le livre de Frank  Saywers « Nymphs and the trout-1958» et «Frank Sawyers au bord de sa  rivière »

 

Ses deux livres préférés  restant confidences d’un pêcheur à la mouche et randonnées d’un pêcheur solitaire. En 2001 « pêche à la nymphe » fut surtout destiné à dépoussiérer le sujet et à révéler au public les nouvelles techniques car il avait auparavant  non seulement appliqué le style Sawyer upstream sur ses rivières Françaises dont certaines riches en mouches et nymphes nageuses comme la Loue ou la  haute Seine étaient particulièrement bien adaptées à cette nouvelle méthode, mais par ses articles et ses traductions du livre de Sawyer et d’Olivier Kite il avait contribué à révéler cette pêche à ses compatriotes !!

 

                                                 L’EXPERIENCE D’UNE VIE

 

Pêcheur conservateur et moderne à la fois, R Rocher  pêchait soit en sèche, soit en nymphe, selon les circonstances, mais prenait dans ses rivières 85% de ses poissons en sèche , alors que chez Sawyer sur le haut Avon en été par exemple, on prenait 8O% des truites et ombres en nymphe, le reste en sèche,  mais sur la moyenne Test à la même époque , la proportion était inversée !

Quant à la  Loue, il a jugé bon de rajouter de sa main :  

                                                                                                                                        

Il a toujours beaucoup utilisé les imitations de mini moucherons sensées représenter  simulides et chironomes devenus dix fois plus nombreux depuis la dégradation des eaux, et affectionnait les cannes graphites de 9 pieds d’action parabolique  et les bas de ligne pas trop fins !

 

Après 1991 il retournera en Autriche 3 ou 4 fois et en France ne pêchera plus guère que la haute Bourne, son affluent la Vernaison dans la Drôme et les Orons en Isère, car  les rivières qu’il a fréquentées autrefois s’étant dégradées il pêche en lac et en enclos piscicoles !

 

Maintenant qu’il peut faire le point, ses souvenirs le ramènent de plus en plus vers les rivières qu’il a le plus aimées pour leurs qualités piscicoles et leur décor, l’Eyrieux en Ardèche, l’Altier et le Chapeauroux en Lozère, le Lignon en Haute Loire, La Bourne en Dauphiné, la Loue en Franche comté, l’Ellée en Bretagne et vers les rivières de l’étranger où il a vécu ses moments les plus merveilleux : la Traun en Autriche, la Wiesent en Allemagne et en Angleterre l’Oter dans le Devon qui surclassait la Loue, le haut Avon, la moyenne Test et le haut Itchen !……………………………

 

Depuis qu’il vieillit, il est revenu aux cannes de 8 pieds moins fatigantes, et s’il considère que  le matériel  et les matériaux de montage n’évolueront plus beaucoup, il y a beaucoup à faire dans la gestion et la protection des eaux !

                                                                           

 

Puriste, il déplore tout comme Sawyer,que la pêche à la nymphe classique décrite dans son dernier livre s’accommode de subterfuges qui la rendent plus facile tels que lignes lestées et indicateurs de touche qui la rapprochent de plus en plus de la pêche aux appâts avec flotteur !C’est triste dit-il …..,et en raison de sa santé, il pêche de moins en moins et pratiquement plus qu’en sèche :                         

                                                  

                                                                                                                                       

 

Et pour clôturer cet hommage, les dernières lignes de son livre culte,…. dernière confidence de l’homme de cœur que le pêcheur, technicien d’exception, ne saurait occulter :

                                     

 

*****************

 

Ce 11 mai 2015, ce grand Monsieur Né le 30 avril 1929 vient de nous quitter alors qu'il venait de fêter ses 86 ans.........

 

Pour mémoire, je reproduis ici la dernière "confidence" qu'il m'avait faite il y a quelques années; alors que je le laissais se raconter et que je lui demandais ce qu’il pensait de sa carrière, il en vint, spontanément (vous n’imaginez pas que je l'y aurais amené de moi même..!!!) à l’épitaphe dont il rêve et dont je  vous donne la « primeur »

                      

 

        Raymond Rocher, moucheur impénitent :

 

              il fit découvrir aux Français la pêche à la nymphe et  à beaucoup d'ignorants  l’importance des chironomes

et des Simulides »

 

                                                      

 

 

Sa famille accepterait elle qu'il en soit ainsi??