Poser où et comment?

                                                        

La nécessité de la légèreté du posé est une rengaine qui a bercé mes débuts de palmiste avec la même régularité que me berçaient les chansons de ma mêre pour m'endormir enfant, toutes choses gravées en moi de façon indélébile ...!

Au cours de ma longue carrière de pêcheur à la mouche cette obligation de légèreté , évidence incontournable, m'a accompagné telle une obsession que je me suis de plus acharné à transmettre aux plus jeunes..jusqu'au jour récent où, à l'âge mûr, pour ne pas dire carrément "blette"...au terme sans doute prochain d'une très longue carrière de palmiste, je suis tombé au cours de mes lectures sur une phrase des très prestigieux et regrettés Tony Burnand et C.Riz dans leur ouvrage "A la mouche" de...1939....année de ma naissance..qui m'a laissé "coi"...de stupéfaction...tant son évidence empreinte de bon sens était convaincante bien qu'elle pulvérisat sans appel ce postulat sacré!!

                                                                                                        Je vous la livre "brute de décoffrage"

                                                                          

Alors?? "Bon sang mais c'est bien sûr" comme le disait au terme de chaque enquète le célèbre commissaire Bourret de mon enfance incarné par Raymond Souplex, touché subitement par la grâce qui lui faisait élucider l'énigme, (" Eureka" aurait dit Archimède que pour le coup je n'ai pas connu )......".bon sang, mais c'est bien sûr", que n'y ai-je pensé plus tôt....!

Les" mouches" qui constituent l'ordinaire de la nourriture des poissons sont évidemment celles issues des larves subaquatiques qui avant d' éclore se transforment en nymphes ....donc elles ne "tombent" pas à l'eau.... mais montent du fond, émergent puis dérivent un certain temps avant de prendre leur envol...et alors décollent parfois maladroitement pour retomber, et lourdement, une ou deux fois, avant de redécoller définitivement, chacun d'entre nous a assisté à ces envols parfois difficultueux...!.

Le moment venu de la reproduction, elles vont pondre à la surface en la "butinant" comme chacun d'entre nous a pu l'observer au bord de l'eau....point de "légèreté" particulière non plus dans cette ponte façon "marteau piqueur" plutôt que "fleur de pissenlit"......avant de s'affaler lourdement , épuisées, ailes écartées, pour mourir en "spent du devoir accompli"...

Et les terrestres?? alors celles là, chapeau pour la légèreté....puisqu'elles "tombent" accidentellement à l'eau d'un arbre, de la rive...et le pêcheurs à la "babarote" ou à la sauterelle n' ont pas à se soucier de légèreté du posé....bien au contraire..!

Alors que reste-t-il de cette sacro sainte règle selon laquelle le posé doit être le plus "léger" possible puisque l'amerrissage, quant il a lieu, n'est pas vraiment discret, (ce qui d'ailleurs ne dissuade pas forcément le poisson surpris par une mouche "plaquée" tout près de lui qu'il gobe parfois quasiment par réflexe, au point que certains en font parfois une "technique", tout comme le dragage, honte du moucheur..., mais qui appliqué volontairement à un un sedge au coup du soir peut être si meurtrier sur les gros poisssons!!)??....Il n'en reste rien..sinon que dans le désir de couillonner le poisson en lui faisant prendre des vessies pour des lanternes, plus précisément nos grossières "imitations", non pas pour des mouches naturelles, un peu de modestie svp, mais simplement pour quelque chose de "bon manger".., il vaut mieux faire arriver le casse croûte en question dans son champ de vision en lui laisant ignorer sa provenance pour éviter de faire amerrir à sa vue un insecte qui en fait est sensé avoir "émergé"! ..........

Alors gardons le secret de cette naissance "contre nature" et accouchons loin de sa vue en effectuant le posé de la mouche ..."au bon endroit" à nouveau défini par Tony Burnand et C.Riz

                                                                              

C'était déjà également l'avis de Lord Grey of Fallodon qui dans son livre culte "fly fishing " disait déjà lui aussi en 1899:
                                                                                                                              

  

                                                                            Et ben voila, tout est dit, et pas par n'importe qui, et ça ne date pas d'hier!! Champ visuel avez vous dit??

                  En surface

Le diamètre de la fenètre de vision est réduit de par les lois de l'optique à un peu plus du double de la profondeur du poisson et
la largeur de sa plage de vision binoculaire, uniquement antérieure, est égale à la moitié de cette profondeur, soit au quart du diamètre total

                                                                                       

Le poisson que nous recherchons en rivière est rarement posté très profond, surtout quand il s'alimente, ...mais simplifions pour exemple, il sera facile d'extrapoler ensuite en fonction de profondeurs variables : à 1 mètre de profondeur, le diamètre de sa fenètre de vision est

      *d'un peu plus de 2 mètres, c'est dire qu'il ne verra tout autour de lui que dans un rayon de 1m, distance égale à sa profondeur et "grand maximum" à laquelle ce myope distingue clairement,
      *et sa vision binoculaire qui lui permet seule d'apprécier les reliefs, les volumes et les distances, orientée uniquement vers l'avant, aura une une largeur de seulement 50cm !

toutes dimensions réduites par une profondeur bien moindre, ce qui est le cas la plupart du temps, et à une profondeur plus habituelle de 20cm le poisson ne verra plus que dans un rayon de 20cm également....d'où la nécessité alors d'un posé précis..!
Il suffira, très généralement, de réaliser ce posé à 1mètre à l'amont de sa position pour être sur qu'il ne l'effraiera pas car bien en dehors de sa fenètre de vision avant que le courant n'y amène la mouche comme n'importe quelle mouche qui aurait "émergé"

Si le posé est un peu latéralisé et que la mouche passe dans la plage de vision monoculaire, alerté par son mouvement le poisson se déplacera pour la capter en binoculaire, l'examiner alors en détail et décider de son sort......et c'est sans doute bien plus la maladresse du posé de la soie lorsqu'elle est plaquée bruyamment et surtout lorsqu'elle le coiffe dans sa fenètre de vision qui fait fuir le poisson, d'où la nécessité de ne pas pêcher plein amont mais plutôt un peu travers et d'avoir une pointe la plus fine et la plus longue possible , en tous cas plus longue que le rayon de cette fenètre, 1m minimum.!

Ceci dit, même si le "ploc ploc" de la plongée des nymphes lourdes ne fait la plupart du temps curieusement pas fuir "à toutes jambes" la truite postée à 2 ou 3m du bord et du Nympheur à vue qui la convoite......il n'est pas obligatoire de "saloper" exprès son posé....mais il n'est pas non plus nécessaire de faire une névrose autour de sa "légèreté"..

                                                                                   .........."In medio stat virtus", comme toujours !!